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Le Bon Marché dans la glace

Le Bon Marché dans la glace

16 janvier 2022 | PAR Laetitia Larralde

Le Bon Marché invite Mehmet Ali Uysal pour une carte blanche qui inonde le magasin. Préparez-vous à une plongée sous les glaciers.

Il y a environ 150 ans, Aristide Boucicaut, le fondateur du Bon marché, créait le Mois du Blanc, des promotions sur le linge de maison, aussi blanc que la neige de janvier, mois pendant lequel se tenait l’évènement. Pour lui rendre hommage, le Bon Marché donne depuis sept ans maintenant une carte blanche à un artiste, avec pour contrainte de travailler sur le thème du blanc. Après Ai Wei Wei, Chiharu Shiota, Leandro Erlich, Joana Vasconcelos, Nendo et Prune Nourry, c’est au tour de l’artiste turc Mehmet Ali Uysal de se prêter à l’exercice.

Architecte et sculpteur de formation, Mehmet Ali Uysal travaille sur l’espace et la mémoire et l’énergie qu’il conserve de ses occupants, de son histoire. Débuté il y a deux ans, son projet mêle donc l’histoire du Bon Marché, symbole historique du consumérisme en tant que premier grand magasin, et la rébellion de la nature qu’incarne la pandémie. Impressionné par les images de la grande crue de 1910 à Paris, l’artiste a imaginé que le niveau de la mer était monté au point de remplir tout le magasin.

L’histoire que nous raconte Mehmet Ali Uysal se déroule en trois temps. De la rue, on découvre les vitrines remplies d’eau par un système en trompe l’œil qui aurait pu être plus convaincant. Si l’on sait pertinemment que transformer les vitrines en aquariums n’est pas possible, on reste malgré tout un peu déçus que l’eau ne soit pas physiquement plus présente dans l’installation. La narration se poursuit à l’intérieur du magasin avec deux icebergs suspendus aux verrières, miroitant au-dessus de nos têtes. La sculpture est à la fois imposante et légère, menaçante et poétique. Enfin, dans les hauteurs du magasin nous attend un bateau en papier, frêle esquif au bord duquel nous échapperons à la puissance de l’inondation.

L’œuvre de Mehmet Ali Uysal réaffirme la puissance de la nature, que nous avons tendance à oublier alors que les catastrophes climatiques s’abattent sur les pays les plus pauvres. En faisant se télescoper nature et consumérisme de luxe, l’artiste modifie le cadre de la catastrophe et nous montre ce que cela pourrait donner si la calotte glacière fondait entièrement. Faudra-t-il apprendre à faire flotter nos villes, ou allons-nous enfin modifier nos comportements ? Si tout appel à la prise de responsabilité environnementale est bon à prendre, le mettre au cœur d’un symbole de ce système qui entraîne le réchauffement climatique est pour le moins audacieux.

Avec Su, Mehmet Ali Uysal nous montre l’écart entre la réalité du climat et notre mode de vie, ses icebergs tels des coins à fendre creusant le gouffre. Mais malgré cette vision délicate et poétique de l’apocalypse, l’artiste nous laisse un espoir. A nous de le saisir.

Su, Mehmet Ali Uysal
Du 8 janvier au 20 février
La Bon Marché Rive Gauche – Paris

Visuels : Exposition SU par Mehmet Ali Uysal au Bon Marché Rive Gauche – Photo: @ Le Bon Marché Rive Gauche

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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