Théâtre

Angélica Liddell reprend La Casa de la fuerza à L’Odéon

Angélica Liddell reprend La Casa de la fuerza à L’Odéon

26 mars 2012 | PAR Christophe Candoni

Présenté au Festival d’Avignon en 2010 dans le Cloître des Carmes, « La Casa de la fuerza » est le spectacle qui a fait connaître Angélica Liddell au public français sous le choc devant cette artiste singulière, à la fois sidérante et effrayante, signataire d’un spectacle fleuve et libre comme on en voit peu. Aujourd’hui débarquée à l’Odéon, le bulldozer Liddell n’est plus une inconnue. D’elle, on a découvert « Maudit soit l’homme » l’été dernier, « L’année de Richard » au Rond-Point, et cela modifie notre perception de ce spectacle à la lisière de la fascination et du repoussoir. Car si l’artiste espagnole demeure époustouflante pour la performance réalisée, tétanisante par ce qu’elle représente en scène, son propos doloriste reste immuable, ses vociférations et hurlements redondants.

La pièce est une longue traversée dans la violence, l’excès, la colère, la souffrance, la détestation que porte en elle une auteure, metteuse en scène et actrice à la personnalité complexe et aux ressources sans limites, rejointes sur scène par deux comparses, princesses déchues dans leurs longues robes colorées. Il ne se passe pas grand chose, surtout dans la première partie au cours de laquelle elles apparaissent attablées au centre du plateau, elles enfilent les bouteilles de bière, reproduisent les mêmes gestes (font des haltères) mais échangent peu, murées dans le silence et une solitude non partageable mais éprouvée. Seule la musique, très présente, demeure leur langue commune. Un concert de mariachis sert de tour de chauffe aux interprètes. Quelques belles images saisissent et la première heure se clôt sur une peinture vivante et corporelle (sûrement inspirée d’une iconographie religieuse de mater dolorosa) formée par les trois femmes aux seins nus.

Dans la deuxième morceau du spectacle, plus agressif, furieux, elles hissent la représentation dans les sphères de l’extrême, se livrent sans ménagement, se dépassent dans une course sans fin sur des chansons pop, dans le déménagement très physique de nombreux sofas pour ne rien en faire puis d’innombrables sacs de gros cailloux dans la poussière. Angelica Liddell s’y met à mal en se scarifiant sur scène à petits coups de lame de rasoir sur le corps.

Le propos décousu sait aussi se faire touchant par moment et dit le besoin d’aimer de femmes spoliées, humiliées, violentées par les hommes. Elles en sont revenues de l’amour inconditionnel et la déception causée par le don de soi sans retour qui les a plongées dans l’amertume et la douleur. Il y a quelque chose de déconcertant à se prendre en pleine face un discours aussi rageur qui frôle la folie. Cela ne manque pas de force et a le don d’intriguer, de déranger, de bousculer mais aussi d’épuiser sur scène comme dans la salle.

Photo Christophe Raynaud De Lage

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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