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« L’Art du dessin » nous mène à travers les âges à la rencontre d’une pratique intemporelle

« L’Art du dessin » nous mène à travers les âges à la rencontre d’une pratique intemporelle

08 novembre 2018 | PAR Gabrielle Degeorge

Le musée des Beaux-Arts de Rouen révèle aujourd’hui une série d’expositions centrées autour de l’art du dessin et de ses pratiques du 16e siècle à la période contemporaine.

Après une exposition dédiée au dessin français du 18ème siècle sortie en 2013, le musée des Beaux-Arts de Rouen se penche une nouvelle fois sur cette pratique souvent laissée pour compte. Cette fois-ci, le choix a été fait de ne pas se centrer uniquement sur une période de l’histoire du dessin, mais plutôt d’appréhender la thématique du dessin dans son intégralité, sous toutes ses facettes. Six expositions indépendantes explorent donc la multiplicité de cette pratique.

L’exposition principale « L’œil et la main : chefs-d’œuvre du dessin français des 16 et 17ème siècles », dévoile un fond de collection impressionnant. La conservation difficile des œuvres sur papier fait que celles-ci ne sont sorties qu’exceptionnellement et pour une période de temps limitée. Pour cela elles sont rarement révélées au public et constituent en quelque sorte la face cachée des collections. Près de 140 dessins sont ici révélées, l’occasion de mettre en avant la collection impressionnante d’œuvres en papier du musée. L’exposition montre au visiteur l’évolution stylistique importante de l’époque d’Henri IV à la fin du règne de Louis XIV et met en évidence le travail considérable d’identification qui a été effectué ces dernières années afin de faire ressurgir des artistes peu connus du grand public.

Jacques de Bellange, Cavalier, Plume et encre brune, lavis brun, 31.3 x 22.9 cm, Donation Henri et Suzanne Baderou, 1975. Jacques de Bellange, Cavalier, Plume et encre brune, lavis brun, 31.3 x 22.9 cm, Donation Henri et Suzanne Baderou, 1975.

D’autres expositions viennent s’ajouter à la première : deux d’entre elles mettent en lumière des artistes Rouennais au style distinctif et visionnaire, Jean-Jacques Lequeu et Gabriel Martin. C’est l’opportunité de découvrir ces figures, peu connus du public, mais qui viennent ajouter leur nom au patrimoine artistique et culturel de la ville.

Gabriel Martin, Étude de composition pour Les Énervés de Jumièges, Pierre noire et estompe sur papier vergé, 23.5 x 58.4 cm, 1869. Gabriel Martin, Étude de composition pour Les Énervés de Jumièges, Pierre noire et estompe sur papier vergé, 23.5 x 58.4 cm, 1869.

Les trois autres expositions sont consacrées aux œuvres d’artistes contemporains. Bien qu’ils se distinguent des expositions précédentes du fait de leur modernité, leur travail se relie de façon inattendue à la thématique du dessin.

Le travail de Jérôme Zonder, virtuose de la pratique du dessin, se concentre autour du portrait de Garance, personnage énigmatique que Zonder ne cesse de renouveler et de redécouvrir. Après avoir suivi son évolution de petite fille à adolescente, on la rencontre désormais en tant que jeune femme. D’un flot continue d’images ressort un personnage à part entière, une figure fantomatique inspirée de plusieurs modèles. A travers le personnage de Garance, Zonder s’interroge sur la place de la femme dans l’histoire de l’art en tant qu’objet sur lequel l’artiste pose son regard. Les premiers cadres exposés sont une série de trois dessins, chacun représentant différentes parties du corps nu d’une femme. En cassant la continuité de ce portrait, Zonder semble briser le concept classique du nu féminin, et ce faisant il remet en cause la place habituelle de la femme en tant qu’objet. Zonder s’interroge ainsi sur ce qui constitue une personne en tant que sujet, et y cherche une réponse à travers ses oeuvres.

Jérôme Zonder, Portrait de Garance #23, Fusain, mine de plomb sur papier, 150 x 200 cm, 2017. Jérôme Zonder, Portrait de Garance #23, Fusain, mine de plomb sur papier, 150 x 200 cm, 2017.

L’exposition de Sarkis se différencie des autres puisqu’il ne s’agit pas ici de dessins à proprement parler mais de vidéos qui s’interrogent chacune sur la nature même du dessin. Celles-ci évoquent la pratique du dessin et sa nature éphémère en se penchant sur les notions d’effacement et de disparition.

SARKIS, D’après Hokusai, Danseuse de Shirabyöshin (F146), Vidéo de 49 secondes, Edition de 4 + 2EA, 2008 SARKIS, D’après Hokusai, Danseuse de Shirabyöshin (F146), Vidéo de 49 secondes, Edition de 4 + 2EA, 2008

Enfin, l’œuvre de Gilgian Gelzer, dessinateur Suisse installé à Paris, s’intéresse lui à la ligne, fondement même de la pratique du dessin. Il dévoile leurs possibilités infinies en jouant avec l’épaisseur de celles-ci, leurs couleurs ou leur densité. Ses œuvres poussent à la contemplation, et chaque dessin présente un nouvel enjeu, un nouveau format, d’autres rythmes… En somme, c’est en explorateur que Gelzer se lance dans la création d’une œuvre, s’intéressant tout autant au processus qu’au résultat fini auquel il mène.

Gilgian Gelzer, Sans titre, Crayon de couleur sur papier, 140 x 110 cm, 2015 Gilgian Gelzer, Sans titre, Crayon de couleur sur papier, 140 x 110 cm, 2015

Chacunes de ces six expositions se reflètent et se font écho. Un effort a été fait pour mener le visiteur à travers un parcours cohérent, qui raconte l’histoire du développement du dessin. A travers l’exposition, il devient évident que l’intérêt du dessin est de retrouver la « main » de l’artiste, ses tentatives et ses défaites dans l’élaboration de son œuvre. Il permet ainsi d’être témoin d’un processus artistique, d’entrer dans les coulisses de la création d’un peintre.

« L’art du dessin » est l’occasion de voir des œuvres rarement exposées et de découvrir les différentes dimensions du dessin, du dessin en tant que travail préliminaire au dessin compris comme une fin en soi, une technique à part entière.

Ces six expositions au musée des Beaux-Arts de Rouen seront gratuites et resteront ouvertes du jeudi 8 novembre au 11 février 2019.

Visuels: photos de l’exposition.

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