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Tal Bruttmann : « D’un point de vue mémoriel, Emmanuel Macron semblait être dans les traces de Chirac et Hollande, jusqu’à hier »

Tal Bruttmann : « D’un point de vue mémoriel, Emmanuel Macron semblait être dans les traces de Chirac et Hollande, jusqu’à hier »

08 novembre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Tal Bruttmann est historien de la Shoah et de Vichy, il a récemment publié Les 100 mots de la Shoah aux éditions Que Sais-Je ? avec Christophe Tarricone. Il revient sur la volonté, avant de se dédire, du chef de l’état d’honorer la mémoire de Philippe Pétain, en tant que figure de Verdun, lors des célébrations défendant l’hommage rendu aux maréchaux de 14-18, prévu ce samedi dans le cadre du souvenir de l’armistice de 1918..

Aviez vous senti les choses arriver ?
Non, j’ai été complètement sidéré.

Pensez-vous qu’un président puisse avoir une méconnaissance de l’indignité nationale dont Petain est marqué en 1945?
Je pensais que c’était acquis concernant Pétain. Surtout,  je pensais que la question de Vichy et la France était réglée depuis 1995. Depuis plus de dix ans, ce n’est plus le cas. La position de Chirac a été remise en cause par Sarkozy mais Emmanuel Macron a tenu au Vel D’Hiv un discours qui était dans les pas de Chirac. Rien ne laissait penser qu’une telle déclaration serait faite.

Pouvez-vous rappeler les relations des chefs d’états français à la mémoire nationale de Pétain à la fois Maréchal en 14-18 et président du conseil des ministres du Gouvernement de Vichy ?

Quand Pétain est condamné à mort en 1945, il est frappé par l’indignité nationale qui lui retire son titre de Maréchal. Ensuite il y a une différence de positionnement. De Gaulle connaissait Pétain. La vision gaulliste s’explique par le rapport que Pétain et lui avait avant la guerre. Il a défendu la face première Guerre Mondiale de l’homme. Sous les présidences de Pompidou et Giscard, la tombe de Pétain était fleurie régulièrement, mais pas tous les ans. Mitterrand la fleurit tous les ans discrètement. Serge Klarsfeld le découvre et cela a participé à la révélation des scandales : Bousquet, le Vel d’Hiv en 1992. Chirac n’a pas été acteur de la guerre, il est en rupture avec tous les prédécesseurs. A partir de Chirac on passe dans un après qui va connaitre des oscillations, Sarkozy fait un discours en disant que la France n’a jamais connu de génocide et n’a jamais participé à un génocide. Sarkozy n’a jamais été au Vel d’Hiv.

Est-ce qu’Emmanuel Macron se rêve en Charles de Gaulle ? Je veux dire, veut-il réinstaller l’idée que la France était occupée, pas qu’elle collaborait. En bref , réinviter l’idée d’un État Français qui n’était pas la France ?
D’un point de vue mémoriel, il semblait dans les traces de Jacques Chirac et François Hollande. Jusqu’à hier.

Visuel : Tal Bruttmann

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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