Expos
Exposition l’Été de la collection, la polymorphie de l’Impressionnisme

Exposition l’Été de la collection, la polymorphie de l’Impressionnisme

01 août 2022 | PAR Jane Sebbar

Jusqu’au 2 octobre 2022, le musée des impressionnismes Giverny accueille l’exposition L’Été de la collection, pour revenir sur les excursions de ce mouvement pictural fugitif qu’on appelle l’Impressionnisme. Découvrez ici, dans une galerie virtuelle aménagée spécialement par les soins de la rédaction, cinq oeuvres qui font dialoguer Impressionnisme et art contemporain. 

« Un matin, l’un de nous manquant de noir, se servit de bleu : l’impressionnisme était né. » (Auguste Renoir)

1873. Une mer, un ciel qui s’épousent et se perdent l’un dans l’autre, dilués dans des touches de bleu et de vert. Une silhouette qui propulse une barque à la godille. Plus loin, une seconde silhouette, indistincte. Un disque solaire qui perfore le tableau d’un pigment orange, presque sanguin, laissant une traînée incandescente dans le clapotis de l’eau. Le port du Havre se noie dans la brume d’un camaïeu gris bleuté. Dans les lignes de fuites, se débattent des mâts de grands voiliers à quai, des grues sur des docks et des cheminées d’usines. Saisir cet instant fugitif avant que la lumière aveuglante du jour ne fige le paysage … 

Ça vous rappelle quelque chose ? Impression, soleil levant, de Claude Monet. L’oeuvre manifeste de cette esthétique de la rapidité et du flou qu’on appelle l’Impressionnisme, mouvement pictural des années 1860 qui cherche à représenter le caractère éphémère de la lumière, ses effets sur les couleurs et sur les formes. On sait que c’est noir et pourtant on ressent bleu. La réalité laisse la place à l’instantanéité, à la réaction épidermique. Alors, sur le tableau, ça ne peut pas être noir, ça ne peut être que bleu.  

Un dialogue entre impressionnisme et art contemporain 

L’exposition ne peut être accueillie qu’à Giverny, dans ce musée enchanteur aux milles et un jardins, situé à quelques mètres de la maison du maître de l’Impressionnisme. L’allée centrale distribue différentes chambres monochromes, du rose, du jaune, du bleu, du noir et du blanc. Au fur et à mesure de votre promenade, vous découvrez des univers éclectiques. Le jardin blanc, envahi de tulipes et de lys, offre une atmosphère apaisante. Le jardin noir, garni de sureaux, surprend par son originalité. Les parterres bleus répondent aux couleurs chaleureuses des massifs jaunes. Le jardin rose, rempli de mufliers et d’œillets vous mène au pied d’un vaste coteau de Giverny. 

La nature est indispensable à l’Impressionniste. Loin de son atelier, le peintre pose son chevalet à l’extérieur afin de mieux capturer cette nature changeante au gré de la lumière.

Mais à la différence du Clos Normand, du jardin d’eau ou du pont japonais de Claude Monet, conservés tels quel, les jardins du musée épousent une certaine modernité, entre agencement contemporain et recherche de structure, de frontière, s’éloignant quelque peu d’un mouvement flou et fugitif. 

Le musée des impressionnismes Giverny s’attache à l’étude de ce courant majeur de l’histoire de l’art, à ses débuts autant qu’à ses suites, avec en ligne de mire, les deux plus grands représentants du cercle impressionniste : Claude Monet et Camille Pissarro. A travers l’exposition l’Été de la collection, vous êtes invités à découvrir des oeuvres méconnues, vous montrant à quel point le dialogue est possible entre Impressionnisme et art contemporain, autant qu’il l’est pour les jardins. 

Galerie virtuelle 

Toute la Culture vous propose de découvrir, par ordre chronologique, un fragment de l’exposition. 5 oeuvres qui montrent à quel point l’Impressionnisme traverse le temps et l’espace, raisonnant différemment selon les sensibilités de chacun. 5 oeuvres qui révèlent la polymorphie de ce mouvement pictural qui épouse les esthétiques et les univers d’artistes du monde entier. 

Parterre de marguerites, 1893 

Spectaculaire et immersive, l’oeuvre de Gustave Caillebotte a récemment bénéficié d’une grande campagne de restauration afin de retrouver ses dimensions d’origine. Le peintre compte parmi les intimes de Monet, avec qui il jardine à Giverny et dans son propre jardin au Petit-Gennevilliers. Passionnés d’horticulture, les deux artistes sont à l’affût de nouveautés, apprivoisent des plantes exotiques et échangent des astuces.

Dans la continuité du réalisme, le courant impressionniste se présente pour saisir la raison dans sa concision : la peinture en plein air, déterminée par les jeux de lumière, rompant, tous comme les réalistes, avec les représentations lisses de l’académisme. Le Parterre de marguerites de Gustave Caillebotte met à plat ces jeux de lumière qui parcourt le jardin de fleurs. Les tons bleu qui tirent vers le vert créent du mouvement au sein de cette constellation d’étoiles blanches. La nature dans toute sa splendeur étant la première source d’inspiration des Impressionnistes, le Parterre de marguerites est bien plus qu’une parcelle de terre, c’est aussi un paysage céleste et nocturne ou une mer déchainée qui crache de l’écume … 

Mademoiselle Rose Worms, 1900 

Mademoiselle Rose Worms, c’est la fille de deux sociétaires de la Comédie Française. Posant pour Maurice Moutet de Monvel dans un écrin vaporeux d’hortensias, les couleurs de sa tenue s’harmonisent avec celles des fleurs, au cœur des tons pastel. Son visage poupin au teint crème résonne avec les couleurs douces de son environnement juvénile. Seuls détonnent les deux fentes à la couleur indescriptible qui lui servent d’yeux. Le regard limpide presque vide de l’enfant focalise l’attention et révèle le mystère de son monde intérieur. Inscrit dans un paysage traité à la manière impressionniste, ce portrait au charme symboliste annonce l’exposition qui sera présentée au musée au printemps prochain : Les enfants de l’impressionnisme. Au-delà des images (31 mars – 2 juillet 2023). 

Les Quais à New York, le soir, 1915

Si les débuts de l’Impressionnisme se rattachent à la première exposition du groupe en 1874 à Paris, son influence s’étend rapidement à d’autres régions du monde. Dès les années 1880, des artistes américains choisissent d’étudier en France et orientent rapidement leur style sous l’influence de Claude Monet. Il attire vers lui une foule d’admirateurs et de peintre, notamment américains, formant une véritable colonie d’artistes. Parmi eux, Theodore Earl Butler qui suit les cours de l’académie Julian à Paris, avant d’adhérer aux principes portés par les Impressionnistes. Butler s’installe à Giverny et devient rapidement l’un des intimes du maître des lieux. Il peint les quais de New York, tantôt par un temps lumineux, tantôt dans une atmosphère vaporeuse et nocturne, appliquant une touche fragmentée et un coloris chatoyant à la silhouette massive et angulaire de la ville qui ne dors jamais. 

Giverny, l’étang de Monet, couleurs d’été, 2015 

C’est en 1994 que Hiramatsu Reiji découvre les Grandes Décorations (1914-1936) de Monet au musée de l’Orangerie à Paris. Dès lors, il retourne inlassablement à Giverny. Il arpente les jardins du maître de l’Impressionnisme. Au cours de ses déambulations, il remplit ses carnets de croquis dont il s’imprègne de retour à l’atelier. Les paysages d’eau et de reflets, ainsi que le thème des quatre saisons deviennent ses motifs de prédilection. 

Si ce sont les Grandes Décorations qui ont le plus inspiré l’artiste japonais c’est sûrement parce que Les Nymphéas de Monet font l’objet d’une étrange circulation des influences entre l’Occident et le Japon. Le Japonisme commence après l’ouverture du Japon aux Occidentaux, dès 1853. Beaucoup de Français vont explorer ce pays et en rapporter des objets comme du thé, des gravures ou des vêtements. Monet est fasciné par la culture japonaise. Il a une grande collection d’estampes issues du pays d’extrême-Orient et le pont qui est souvent représenté dans la série des Nymphéas est un pont japonais. 

Le point de vue aérien impose une perspective nouvelle. La configuration extrêmement géométrique de la végétation avec des zones de couleur très précisément délimitées renouvelle l’esthétique de l’impression. Le travail des reflets se fait sentir sur la nappe vert-bleu qui s’étale sur le tableau comme de la marmelade. La perspective aérienne est déconstruite par les quelques larmes de feuilles en premier plan. Une certaine illusion de la précision et de la constance … 

Giverny, une année au jardin, 2021 

Le musée des impressionnismes Giverny vous propose de découvrir les dernières oeuvres entrées dans les collections. En juin 2021, à l’invitation du musée, la photographe américaine Terri Weifenbach entreprend un travail d’une année consacré au jardin de l’institution. Ses photographies révèlent, au fil des saisons et des heures du jour, la vie cachée de cet écrin de verdure, une beauté changeante et fragile capable de surprendre même les habitués du lieu. 

On pourrait croire que la photographie se situe à l’opposé de ce que recherchent les Impressionnistes. Il est vrai qu’il n’y a rien de plus réaliste qu’une photo. Or, le peintre impressionniste ne représente pas la nature telle qu’elle est, il représente la nature telle qu’il la perçoit. Mais ici, Terri Weifenbach joue avec les règles du net et du flou. Le fragment de buisson qu’on distingue précisément au premier plan nous apparaît futile par rapport à la masse couleur foin qu’on peine à observer au second plan. On a envie de saisir cette forme qui nous échappe et qui pourtant prend toute la place sur la photo. Et cette feuille qui tombe, qui ne s’arrête jamais de tomber … Saisir l’instant, l’instant du mouvement, l’instant du flou, il n’y a rien de plus impressionniste.

 

Visuels : © affiche de l’exposition l’Eté de la collection 

Gustave Caillebotte, Parterre de marguerites, vers 1893 © Giverny musée des impressionnismes / photo : F. Doury Maurice Boutet de Monvel (1850-1913), Mademoiselle Rose Worms, vers 1900. Huile sur toile, 71,5 x 41,5 cm, Giverny, musée des impressionnismes, acquis avec l’aide de la Société des amis du musée en 2022, MDIG 2022.1.1 © Giverny musée des impressionnismes / photo :Jean-Charles Louiset

Theodore Earl Butler (1861 – 1936), Les Quais à New York, le soir , 19 1 5. Huile sur toile, 81,5 x 81,5 cm, Giverny musée des impressionnismes, legs de Françoise Lemaire, 2022, MDIG 2022.2.2 © Giverny musée des impressionnismes / photo : Jean – Charles Louise

Hiramatsu Reiji (né en 1941), Giverny, l’étang de Monet, couleurs d’été , 2015. Nihonga , paravent à deux panneaux, 179,9 x 170 cm, Giverny, musée des impressionnismes, MDIG 2018.1.2 © Hiramatsu Reiji © Giverny musée des impressionnismes / photo : Takemi Art Photos

Pierre Bonnard (1867-1947) et Claude Terrasse (1867-1923), Petit Solfège illustré, 1893. Publication, 21,5 x 28 cm, Paris, Quantin, Giverny, musée des impressionnismes, MDIG 2019.0.1 © Giverny musée des impressionnismes / photo : Guillaume Onimus

Édouard Vuillard (1868-1940),Allée aux Clayes, vers 1932-1938. Pastel sur papier, 25 x 32 cm, Giverny, musée des impressionnismes, MDIG 2021.4.1 © Giverny musée des impressionnismes / photo: Jean-Charles Louiset

Terri Weifenbach (née en 1957),Giverny, une année au jardin, septembre 2021. Impression jet d’encre, 76 x 50 cm, Giverny, musée des impressionnismes, MDIG 202 2.4.1 © Giverny musée des impressionnismes / photo : Terri Weifenbach

« Lieux » de Georges Perec : Bi-carré latin d’ordre 12
« Les promesses d’Hasan » : les chemins du pardon
Jane Sebbar

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture