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« Les promesses d’Hasan » : les chemins du pardon

« Les promesses d’Hasan » : les chemins du pardon

01 août 2022 | PAR Rachel Rudloff

Semih Kaplanoglu, dans Les promesses d’Hasan, (Un Certain Regard, Cannes 2021) nous propose une belle contemplation « d’un univers cosmique où chaque chose tourne autour d’une autre« . En salle le 3 août.

L’arbre de la résistance

Les Promesses d’Hasan est un tableau à plusieurs plans ; il raconte des histoires qui s’entrecroisent, se nourrissent. La première, celle du combat d’Hasan (Umut Karadag), agriculteur turc contre l’urbanisation, incarnée dans l’installation d’un pylône électrique dans son champ. Sa solitude crève l’écran : presque toujours isolé au centre de plans larges. Au milieu des champs, des vergers, au milieu de la route. Face à lui, des dizaines de pylônes électriques qui s’étendent à l’horizon et se rapprochent petit à petit de son terrain. Au cours du film, les négociations avancent, puis s’enlisent, reculent souvent. A l’image, ce combat perdu d’avance de la ruralité contre la ville qui la dévore se matérialise dans la destruction d’un arbre centenaire qui trône au milieu d’un champ. Dès le début, on comprend que sa résistance est vaine. Son déracinement, bruyant, se fait dans la violence et se heurte à l’installation silencieuse du poteau électrique dans un plan à la lenteur presque insoutenable à la lumière d’un coucher de soleil. Mais, l’opposition de cette nature face à l’industrialisation ne tombe jamais dans la caricature. Au contraire, le film de Semih Kaplanoglu dévoile toute sa subtilité dans l’image qu’il donne à voir de la campagne, du monde de l’agriculture, dont il dresse un portrait complexe et plein de douceur.

L’été brûlant

Il le dit lui-même, la nature est un personnage à part entière dans Les promesses d’Hasan « « [Filiz Bozok] je pense qu’elle n’a pas joué Emine, elle l’a incarné. Comme les arbres, la terre et le ciel dans cet endroit particulier ». La poésie du film s’incarne tout autant dans les dialogues et les relations des personnages que dans la manière qu’à le cinéaste de rendre compte des textures et des sensations. On sent l’odeur de la chaleur des pins. On ressent l’étouffement. On pourrait presque goûter la saveur des fruits. On admire la lumière vermeille, toujours claire et intense du soleil qui tombe ou qui se lève. La nature, autant que le reste fait partie intégrante du scénario et du processus d’écriture du réalisateur « La nature, les visages, les véhicules, les ombres et lumières, les ponts au-dessus des rivières, les vergers, les sons de la nuit, des arbres et des animaux vous éloignent des mots du scénario pour vous emmener dans l’univers du film. » Le film, sensoriel, impressionne par la beauté de ses plans, chaleureux, dans lesquels ceux qui travaillent la terre ne font plus qu’un avec elle, leurs corps penchés comme courbés par le vent.

Sur les traces du pardon

Mais, l’histoire de la nature vient se mêler à celles des hommes et des femmes, et surtout à leurs failles. « Mes histoires s’intéressent aux conflits humains que nous traversons tous, quelles que soient nos origines. » Au-delà de la résistance face à l’urbanisation, Les promesses d’Hasan fait le récit d’un lien entre deux frères qui est sur le point de se briser. « Les promesses » du titre évoquent encore l’espoir, réparateur, comme un pansement possible sur le mensonge, la douleur, l’impuissance. Mais le film, toujours subtil, raconte aussi les échecs et les péchés des personnages, principalement ceux d’Hasan, plein de remords. « Pour moi, c’est important de faire ressentir au spectateurs ce que ressent tout être humain, la douleur, les remords, les angoisses, tandis qu’à l’image j’essaie de filmer leurs conflits et leurs contradictions. Je pense que l’origine de la souffrance a quelque chose à voir avec le lien authentique et invisible qui nous connecte les uns aux autres. »

Ainsi, le film pose à plusieurs reprises la question de la nature des intentions, et de l’inconditionnalité de nos relations. En racontant l’histoire de ce personnage et de sa femme, tous deux en quête de pardon, Les promesses d’Hasan se transforme en parcours initiatique sensible, dans lequel chacun peut se reconnaître. Avec jamais plus de deux ou trois personnages par scène, Semih Kaplanoglu s’attache à filmer l’intimité. Il se glisse dans les relations personnelles et leurs les failles, leurs mensonges et leurs trahisons. Les acteurs, choisis avec soins pour leurs visages expressifs, n’en finissent plus de nous toucher : pas besoin de dialogues. En dehors des quelques scènes d’argumentation, tout se joue dans les regards. Les secrets, notés à l’ombre des arbres ou de la nuit dans des petits carnets, sont toujours révélés à demi-mots, et les pardons, souvent proférés à voix basses ou sous-entendu dans des dialogues de dos, toujours dans la lumière tamisée du coucher de soleil.

Visuel : affiche du film

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Rachel Rudloff

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