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Delacroix et l’Antique : le corps mis à nu

Delacroix et l’Antique : le corps mis à nu

14 décembre 2015 | PAR Araso

Dans le décor intime de l’atelier d’Eugène Delacroix rue de Fürstenberg, le musée organise en partenariat avec le département des antiquités grecques, étrusques et romaines du Louvre une exposition qui lève le voile sur la relation étroite de l’artiste à l’antiquité. Le peintre, reconnu par beaucoup comme un esprit romantique libre, vouait aux antiques une admiration muséale, qu’il cultiva à Londres et à Paris, au British Museum et au Louvre. Prenant appui sur le corps et ses représentations comme medium, Eugène Delacroix rend hommage aux artistes de l’antiquité tout en s’en affranchissant pour développer son propre style. 

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Nichés dans les couloirs étroits de l’ancienne demeure d’Eugène Delacroix au 6 rue de Fürstenberg se trouvent disséminés quelques trésors qui mettent en lumière les liens étroits qu’entretenait le peintre avec les maîtres antiques, sur lesquels il s’est appuyé pour réaliser esquisses, dessins préparatoires et études telles le Polonais. Une tâche ardue, un art compliqué source d’une inépuisable inspiration. Car qui d’autre mieux que les antiques a travaillé à ce point l’anatomie, le corps, le sens du détail sublimé? Delacroix écrira : « D’où vient cette qualité particulière, ce goût parfait qui n’est que dans l’antique » puis, citant son contemporain Goethe en 1843: « Ces nobles figures étaient pour moi comme un antidote mystérieux contre le faible, le faux, le maniéré ». Et c’est dans le nu que s’exprime cette noblesse, qui, à défaut d’être réaliste – on connaît le goût des maîtres pour l’exagération du muscle saillant, du nez aquilin et du regard impérieux, témoigne d’un soin inégalé au détail.

Si Delacroix appartient à la longue lignée des révolutionnaires qu’a produite la France, sa nature est complexe. Son journal atteste qu’il ne s’accommoderait pas du simple titre de pourfendeur de l’académie même s’il récuse les imitations complaisantes de l’esthétique greco-romaine. Il est d’ailleurs très critique vis-à-vis des néoclassiques et de la peinture de David, « où l’épiderme manque partout ». Et c’est bien de représentation incarnée, voire charnelle, qu’il s’agit lorsque Delacroix s’attèle au corps. Dans son journal, il signale une visite chez M. Auguste en date du 30 juin 1824, au cours de laquelle il observe de « belles études d’après les marbres d’Elgin »: « Les belles cuisses d’hommes et de femmes! Quelle beauté sans enflure: incorrections qui ne se remarquent point ».

L’exposition où le corps est présent partout suit le fil d’inspirations croisées. On y trouve des esquisses de Géricault, que Delacroix admirait beaucoup, issues de la mythologie antique, des études réalisées par Delacroix lui-même, et des oeuvres de peintres dont le travail puise directement dans celui de Delacroix: La Mort de Sardanapale de Frédéric Villot ou, plus connues, les études pour Les Femmes d’Alger de Picasso. L’exposition se double d’un parcours pour enfants avec des cartels illustrés qui feront le bonheur des adultes néophytes et se partage en deux volets, séparés par le jardin: le bâtiment principal et l’étude. L’espace demeurant exigu, le parcours s’apprécie en cas de faible affluence.

Delacroix et l’antique, Musée national Eugène-Delacroix, 6 rue de Fürstenberg, 75006 Paris, jusqu’au 7 mars 2016

Visuels:

Jean-Baptiste Louis Gros, Détail de la frise des Panathénées, © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Roger Fenton, The Discusthrower, © The trustees of the British Museum

Eugène Delacroix, Léda et le Cygne, © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Michèle Bellot

Eugène Delacroix, Thésée vainqueur du centaure Euryte, © Musée des Beaux-Arts de Dijon / Françoise Jay

Eugène Delacroix, Cortège bachique, d’après l’antique, © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Adrien Didierjean

Eugène Delacroix, Etude d’homme nu, dit aussi Polonais, © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Tony Querrec

 

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