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Daniel Steegmann Mangrané au IAC de Villeurbanne : Il ne voulait prendre ni forme, ni chair, ni matière.

Daniel Steegmann Mangrané au IAC de Villeurbanne : Il ne voulait prendre ni forme, ni chair, ni matière.

17 février 2019 | PAR Lou Baudillon

Commence dès aujourd’hui la première exposition d’ampleur consacrée à Daniel Steegmann Mangrané. L’artiste barcelonais exilé à Rio donne à voir son travail pour la seconde fois à Lyon, celui-ci ayant déjà fait parti de la sélection de la dernière Biennale d’art contemporain.

L’oeuvre de Daniel Steegmann Mangrané est polymorphe. Dessin, sculpture, films, installations, Steegmann Mangrané s’est adonné à tout, mais un questionnement persiste : celui de la sensibilité du vivant et du rapport aux environnements. Passionné de biologie et d’entomologie, il découvre en 2004 le Brésil et la pensée amérindienne qui modifient radicalement sa vision du monde. La question des liens entre nature et culture, entre objet et sujet cheminent dans son esprit jusqu’à nourrir son travail d’artiste. Sa rencontre avec le phasme, insecte « brindille » qui se fond dans son environnement en prenant la force d’une branche ou d’une feuille est décisive. Son oeuvre A transparent leaf instead of the mouth présentée à la biennale de Lyon met l’insecte au cœur de sa démarche : une forêt recréée dans un vivarium à la forme organique et qui abrite ses petites bêtes qu’on ne remarquerait même pas si l’on ne prenait pas le temps de l’observation.

Au IAC de Villeurbanne, Ne voulais prendre ni forme, ni chair, ni matière est une oeuvre radicalement différente. Tout l’espace de l’institut est exploité et remodelé pour elle seule. Déroutante au premier abord, on appréhende l’oeuvre seulement lorsqu’on arrête de la chercher. Elle est là, autour de nous, en partie en notre propre présence et on est invité à y déambuler. Sorte de sculpture architecturale immersive, les espaces sont modifiés par des cloisons, des formes géométriques et des ouvertures percées pour l’occasion. Il n’y a rien à voir mais tout à ressentir. Le visiteur est invité à créer son propre cheminement dans cet espace modifié, à en explorer les recoins plus ou moins éclairés. La lumière y joue d’ailleurs le rôle premier, elle modèle les espaces de sa présence et appelle à la suivre toujours.

Sensibiliser les espaces, prendre du recul sur le dualisme entre les objets et les êtres pour inviter à prendre conscience de son environnent, c’est ce à quoi aspire cette expérience. Pour Daniel Steegmann Mangrané, il s’agit aussi de repenser le monde actuel touché par les désastres écologiques : modifier radicalement son rapport à la réalité et casser les frontières entre culture et nature, entre architectural et organique. « S’il n’y a plus de sujet ni d’objet, il n’y a plus de spectateur ni d’oeuvre d’art, mais des processus de relations de transformations mutuelles » nous dit-il.    

Au centre de l’installation labyrinthique, seul artefact en la présence d’une vidéo dans laquelle évoluent de nouveau la figure des phasmes, tour à tour intégrés à un environnent naturel puis essentiellement culturel, fait de petites sculptures géométriques de l’artiste. La vidéo questionne et fait métaphoriquement écho à notre propre expérience de l’exposition ; l’insecte dans sa fragilité présente tout de fois une force d’adaptation peu commune à un milieu qui n’est absolument pas le sien. Une manière de nous dire que, nous aussi, spectateurs pris dans l’apparente absurdité d’une telle exposition, nous pouvons nous adapter et repenser notre réalité.

 

Exposition à découvrir jusqu’au 28 avril, à l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne, Rhône Alpes. Dans une volonté d’adaptation au projet de l’artiste, les horaires d’ouverture et de fermeture changent chaque jour en fonction du rythme du soleil. Les informations sont donc à retrouver ici.  

 

 

Visuels : ©LB

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