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Arts et Cinéma : Joanne Snrech et Sylvain Amic nous parlent de ces « Liaisons heureuses »

Arts et Cinéma : Joanne Snrech et Sylvain Amic nous parlent de ces « Liaisons heureuses »

20 janvier 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 10 février, le Musée des Beaux Arts de Rouen présente Arts et cinéma, les liaisons heureuses. Joanne SNRECH, commissaire, et Sylvain AMIC, co-commisaire répondent à nos questions.

C’est une exposition que vous accueillez, elle a déjà été montrée en Espagne. Comment accueille-t-on une exposition qui n’a pas été pensée pour un lieu précis ? Est-ce un défi ?

La Cinémathèque française, qui est notre partenaire pour cette exposition, a effectivement déjà montré cette exposition en Espagne, à Madrid et à Barcelone, en 2017, mais celle-ci a été largement adaptée pour son étape rouennaise car il était impossible de reprendre une exposition qui avait été conçue pour autre lieu, plus grand et dont les contraintes techniques ne sont pas les mêmes. Nous faisons donc bien plus que simplement accueillir l’exposition, elle a véritablement été repensée. Nous avons ainsi décidé de ne traiter que de la période allant de la création du cinéma à la Nouvelle Vague, considérant que les années 1960 faisaient entrer le cinéma dans une autre ère, celle de la diffusion de masse, et qu’il s’agissait d’une rupture chronologique assez logique. Si le parcours est globalement chronologique, nous avons cependant axé chaque salle sur une thématique bien particulière, et contrairement à l’exposition espagnole, nous nous sommes concentrés sur des rapprochements historiques, en laissant de côté l’art contemporain, qui est abordé dans l’exposition Remake du FRAC Normandie Rouen. Nous avons également largement fait appel aux collections publiques et privées françaises, qui ont été très généreuses, pour compléter celles de la Cinémathèque. Un visiteur de l’exposition espagnole qui viendrait à Rouen aurait ainsi bien des nouvelles choses à découvrir !

Le titre étonne, le cinéma est un art, avez vous souhaitez interroger la définition de l’art même ?

Le titre de l’exposition n’a évidemment pas vocation à remettre en cause le fait que le cinéma est un art, il faut le comprendre comme « Arts plastiques et cinéma » puisque l’exposition rapproche le septième art de la peinture, de la sculpture, du dessin ou encore de la photographie. L’exposition tend au contraire à inclure le cinéma parmi ces autres formes d’art plus traditionnelle, au lieu de le reléguer à une position plus extérieure, comme on le voit souvent dans les expositions.

Quels sont les liens les plus forts que vous avez révélé ?

L’exposition met en scène de nombreux rapprochements très intéressants, mais il y en a deux que nous trouvons particulièrement spectaculaires. D’abord, le parallèle entre les Etudes colorées de Leopold Survage, des dessins préparatoires à ce que l’artiste espère être le premier film abstrait, où apparaissent des formes organiques qui se métamorphosent doucement d’une image à l’autre, avec la Danse Serpentine de Loïe Fuller, qui existe depuis la fin du 19e siècle et qui transforme le corps de la danseuse en une simple forme en mouvement. Et puis, un parallèle qui est celui qui clôt presque l’exposition, entre une Anthropométrie de Klein et la scène finale de Pierrot le fou de Jean Luc Godard, où Belmondo alias Ferdinand se peint le visage en bleu. C’est un rapprochement que Dominique Païni (co-commissaire de l’exposition à Rouen et à l’origine du projet en Espagne) avait déjà fait dans la première version de l’exposition, mais qui nous a semblé lumineux et totalement emblématique de ce que nous voulions montrer dans l’exposition.

Quel est le parcours de l’exposition ?

On est accueilli dans l’exposition par une œuvre de l’artiste Henri Foucault, Donne-moi tes yeux, composée à partir de milliers de génériques de films puisés dans toutes les cinématographies du monde et dans tous les genres de cinéma. Dans la première salle, on a d’abord un aperçu des dispositifs qui précèdent l’invention du cinéma, où l’on voit déjà qu’il y a des liens évidents avec les arts plastiques et notamment la peinture. Puis on arrive aux débuts du cinéma et au rapprochement entre les premiers films des frères Lumière et la peinture impressionniste, et l’on se rend compte de la proximité des thèmes choisis par les artistes et des similitudes de cadrage, entre autres. On passe ensuite dans les années 1910, avec une salle consacrée à la figure de Charlie Chaplin, qui inspire aussi bien Fernand Léger que Picasso lorsqu’il réalise les costumes de scène du ballet Parade. Puis, il y trois salles qui, chronologiquement, se situent plutôt dans les années 1920, qui est un grand moment de rapprochement enter les arts et le cinéma. La première aborde la thématique du film abstrait, où l’on découvre le travail de Viking Eggeling, de Hans Richter et de Oskar Fishinger. La seconde s’arrête plus spécifiquement sur l’Allemagne et sur les grandes œuvres expressionnistes que sont Metropolis de Fritz Lang et Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene, à travers des objets et des dessins exceptionnels prêtés par la Cinémathèque, et notamment la maquette du décor du Cabinet du docteur Caligari. Elle a été récemment restaurée et est présentée au public pour la toute première fois. Enfin, la troisième salle se penche sur l’art des affichistes russes et leurs images si dynamique, auc ôtés de monuments du cinéma soviétique comme Le Cuirassé Potemkine d’Eisenstein et L’Homme à la caméra de Dziga Vertov. Nous passons ensuite dans une salle consacrée au surréalisme, où nous nous sommes concentrés sur le motif de l’œil, omniprésent chez les surréalistes, tant dans les films (l’œil tranché dans Un Chien andalou, la scène du rêve et le décor d’yeux monumentaux réalisé par Dali dans Spellbound de Hitchcock) qu’à chez des artistes comme Marcel Jean (Le Spectre du Gardenia) ou Man Ray. Enfin, l’exposition se termine avec une salle sur la Nouvelle Vague et le Pop Art, avec plusieurs parallèles qui éclairent la façon dont Jean Luc Godard a puisé son inspiration chez les artistes du Nouveau Réalisme.

Comment dialoguent les oeuvres filmée et les oeuvres fixes ?

Les films et les œuvres plastiques dialoguent dans l’exposition selon plusieurs modalités. Les rapprochements que nous avons faits sont parfois formels, parfois thématiques, ou sont parfois effectués parce qu’artistes et réalisateurs ont collaboré autour d’un projet. La scénographie, réalisée par Maud Ribaut, permet de rendre ce mélange entre les œuvres filmées et les œuvres fixes aussi harmonieux que possible, en variant les supports : les films sont présentés sur des écrans de différentes tailles et à différentes hauteur, par des projections qui s’insèrent parfois au milieu d’autres œuvres et permet de rendre encore plus évidents certains rapprochements, ou de créer la surprise pour le visiteur au détour d’une salle.

 

Visuel : Site du Musée des Beaux Arts

( Article partenaire)

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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