Arts

AB, une oeuvre de Philippe Thomas à la Galerie mfc-michèle didier de Paris

AB, une oeuvre de Philippe Thomas à la Galerie mfc-michèle didier de Paris

12 mai 2014 | PAR Celeste Bronzetti

Du 29 avril au 31 mai la Galerie mfc-michèle didier de Paris présente un œuvre de Philippe Thomas : AB. Création en évolution perpétuelle, l’artiste l’a conçue à travers six expositions qui ont eu lieu entre décembre 1978 et juin 1980. Première œuvre connue de Philippe Thomas, AB annonce beaucoup de thèmes présents tout au long de sa production artistique, marquant la réflexion contemporaine autour du statut de l’œuvre dans la société de consommation.

_CHD3326 LDSoucieuse d’ouvrir son espace à des jeunes artistes ou curators, la galerie mfc-michèle didier a accueilli la proposition d’Emeline Jaret quand elle leur a soumis le projet de AB. Doctorante en histoire de l’art et spécialiste de Philippe Thomas, dans cette expo Emeline Jaret met en pratique les recherches qu’elle entretient dans le cadre de sa thèse. « AB » nous explique Emeline, « est une œuvre très souvent méconnue de Philippe Thomas » : si l’histoire de l’art contemporain est en partie coupable de cet oubli, la figure de Philippe Thomas, auteur à la signature évanescente et insaisissable, y est aussi pour quelque chose.
Tout au long d’une réflexion sur la disparition de l’artiste et de son nom au profit de l’œuvre d’art, Philippe Thomas a inventé une pratique destinée à devenir un véritable style. Le collectionneur ou un simple signataire s’appropriait son invention et l’objet artistique devenait le véritable protagoniste du marché de l’art.

Co-créateur de IFP (Information Fiction Publicité), Philippe Thomas avait ouvert à Paris en 1988 une agence appelée les ready-made appartiennent à tout le monde® (succursale française de l’agence américaine readymades belong to everyone® créée en 1987). C’est en suivant les traces de Marcel Duchamp et tant d’autres, que Philippe Thomas ré-interprète à sa façon une fiction hors du cadre de la littérature ou du cinéma, et implantée dans le champ des arts plastiques.
L’œuvre de cet artiste, partiellement présentée en ce moment au Mamco de Genève, interroge des problématiques fondamentales de l’art du XXème siècle, notamment la centralité du spectateur et de son expérience artistique et les contours de la fiction que tout objet artistique tend à tracer.
AB, contient en germe toute la réflexion de Philippe Thomas, parce qu’elle s’interroge sur le contenu de l’œuvre et sur le rapport que celle-ci entretient avec son support. Et au travers de ses métamorphoses, AB présente déjà les questionnements de l’artiste autour des frontières du langage et du résidu inexprimable de toute expérience verbale.
Pour présenter AB à la galerie mfc-michèle didier, Emeline Jaret a reproduit en facsimilé les 41 feuillets format A4 que l’artiste français avait exposé au Onze rue Clavel à Paris, du 9 au 16 décembre 1979. Sur ces pages Philippe Thomas a reproduit les deux lettres avec une machine à écrire en les éloignant progressivement l’une de l’autre, symétriquement, jusqu’à la disparition de celles-ci de l’espace blanc de la page. Le dispositif recréé dans la deuxième salle de la galerie, en revanche, consiste en deux couplets de lettres A et B en vinyle adhésif noir et d’un carton-titre collé sur la porte d’entrée de la galerie. A travers un déploiement tridimensionnel, AB déborde du cadre et s’approprie l’espace tout en s’adaptant aux proportions géométriques de celui-ci.

_CHD3299 LDAu centre de la galerie, deux vitrines présentent un ensemble de photos et d’annotations de l’artiste même qui, organisés chronologiquement, donnent un aperçu du travail autour de AB et de six expos qui l’ont présenté. Ces documents appartiennent au Fonds Philippe Thomas de la Bibliothèque Kandisky et ont été prêtés à Emeline Jaret à l’occasion de cette expo.
« De nos jours », nous explique Emeline Jaret lors du vernissage de Philippe Thomas : AB (1978-1980) « beaucoup d’artistes contemporains travaillent encore sur la question de la figure de l’artiste et l’idée d’effacement du nom, par exemple en se regroupant dans un collectif, ou en adoptant un nom fictif… ». C’est pour cette raison qu’Emeline a décidé d’organiser un événement autour de son expo et de donner la parole aux artistes qui poursuivent de nos jours cette réflexion sur la fiction, l’effacement du nom de l’artiste et de la signature. Jeudi 15 mai de 18h à 20h, AB et l’espace de la galerie mfc-michèle didier, seront le cadre dans lequel nous pourrons nous interroger tous sur l’art qui est en train de se faire. « L’idée est de donner la parole aux artistes qui poursuivent aujourd’hui beaucoup de réflexions inaugurées par Philippe Thomas. C’était la meilleure façon de faire revivre cette œuvre, mais surtout de montrer sa vitalité et son actualité ».

© (courtesy galerie mfc – michèle didier) Charles Duprat

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