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What is serious ? La fabuleuse et subversive histoire de Serious Publishing (2)

What is serious ? La fabuleuse et subversive histoire de Serious Publishing (2)

16 novembre 2014 | PAR Aaron Zolty

Rockabilly, Teddys, chats, ours, ANgels, Rebels et Risques n’Roll    

Serious publishing dans le monde impitoyable et narcissique de l’édition a une place sérieuse : celle de  la contre-culture, voire la subculture de par leur esprit subversif et créatif : quand le populaire devient légendaire. Après le culte Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques en 16 & 35 mde Christophe Bier,  leur goût pour les luchadores mexicains du ring et leurs masques légendaires (catcheurs) en passant par les Bikers, leurs Harleys et autres orgasmes, Filo loco et Jimmy Pantera, les maîtres d’œuvre du Serious  abordent dans deux ouvrages phares de référence  la vie des Cats et Teddy boys  du dernier train pour Menphis au son du Rockabilly via Evreux, Paris, sa banlieue et ses graines de violence. Deux albums photos savamment commentés – mais pas trop – sur une jeunesse sans marge sous les objectifs sans fards de Gilles Rigoulet et Gilles Ellie Cohen. Quand l’art est à son apogée anthropologique. Authentique de jours et de nuits. Deux ouvrages qui ont leur place dans toute librairie d’art. La référence absolue.

Depuis un mois, chez Serious Publishing, l’édition prend un goût de Risque & Roll. Leurs deux ouvrages, fruits des reportages incandescents et authentiques de la Rockaille des 80’s à Evreux et Paris est en souscription sur le site Ulule. Nos deux éditeurs, sans compromis, ne cherchent que le plaisir de faire ce qu’ils veulent, quand ils le veulent, avec qui ils le veulent et sans concession que celle du sujet à nu. C’est une réussite totale. Totale et puissante, voire mythique mais risquée car à l’heure de cet article ils n’ont potentiellement que soixante pour cent du capital qui leur permettra d’éditer ces deux monuments sur la jeunesse des 80’s, celle qui précéda et annonça la culture rap des banlieues.

Ambiance générale

Quatre-vingt-un, quatre-vingt-deux,  les clans et tribus font leur revival. Groupuscules politiques, groupes musicaux, individus liés par un héros, un mythe musical dont la culture de gauche est poreuse à toute la société, génération 68, génération djebel, rebelles, punks, rockers,  maoïstes, trotskystes, situationnistes, anarchistes. Des chats habillés de nuits, déambulant et collant des affiches, retrouvant les garages pour libérer des riffs rageurs, à pattes de velours ou griffes sorties pour la conquête d’un quai de gare, d’une salle des fêtes, d’un bar, d’une boîte, d’une rue. Ici, la loi des territoires a un dessein plus large que le périphérique. La culture devient et reste la première source d’apprentissage, de connaissance. Elle se crée, inséparable de la nostalgie d’un ailleurs. Un ailleurs paradoxal. Un ailleurs qui ne nous appartient pas, mais que l’on s’approprie pour le cultiver pour ses rites, ses gestes, ses références musicales, son Tout fétichiste, sa mode et ne pas entendre le grondement de la génération qui précède faisant de la mémoire un mausolée imposant et vivace. Dead vétérans. A coup de concerts, de défilés en bandes organisées, de tracts, de discours, de radios pirates, d’attitudes, de guitares Gretsch ou Fender, de perfecto ou de vestes tweed, de vestes cuir RATP, de motos américaines, d’amplis Vox ou Orange, de terrains vagues, d’usines désaffectées, de shit d’herbe ou d’amphétamines, de sous-sols et d’amplis. L’énergie. L’amplification. Tous branchés. Electrique est le mot clé. Violence le mot de la fin.

Ambiance rockab

Il y a fort à parier qu’ils et elles furent nourris, comme dans ce  titre de Dr Feelgood[1] « Milk & Alcohol » tant du lait vitaminé des origines que des alcools qui entretiennent les mythes. Et à n’en pas douter ceux d’un « Rock contre la montre » brutal, juvénile et sans concession. On pourrait se croire en mille neuf-cent cinquante-cinq dans l’ambiance de Jungle Blackboard(Graine de violence) de Richard Brooks si une photo n’arborait pas une vignette automobile quatre-vingt-un. Ce film est une étude réaliste et vigoureuse de la délinquance juvénile dans les milieux urbains populaires et les rapports entre les jeunes selon leurs rapports ethniques. Sur fond de rock n’ roll, attribué à la jeunesse contre le jazz attribué aux adultes, l’image et la narration imposent à tous, acteurs et spectateurs de nous libérer d’une coquille empreinte de tabous et de racisme latent. Novateur dans son approche sociologique et psychologique, il est porté par le tube de Bill Haley & His CometsRock around the clock qui à l’origine n’était que la face B d’un quarante-cinq tours. Premier single de l’histoire du rock à se classer no 1 au Billboard Hot 100 (Le magazine de référence de la musique US, encore en activité qui fit longtemps un classement ethnique des titres, jusqu’au succès des premiers titres rockabilly), le 9 juillet 1955. Ce morceau est devenu emblématique de la naissance du rock ‘n’ roll.

Montrer un lien

Leur lien c’est le rebel beat, le rockabilly, l’insouciance, l’électricité, la radio, l’image, le baby-boom, cette idée de génération avec les stigmates qu’ils pointent eux-mêmes de la tête et des jambes. Des têtes duckhair style (bananes) sur des piquets de Quand être jeune peut être le stigmate d’infamie. Bad boys entre jungle et garages. Le rock a cette capacité à produire « la baston », l’envenimer, et surtout laisser vivre la fureur. Le travail photographique exceptionnel de Gille Rigoulet et Gilles Elie Cohen offrent une visibilité et une écriture sans ponctuation. Quelque chose qui à avoir et donne à voir comme la beat generation née d’une maison de correction du Colorado en en 1945, Buena Vista exactement. Quand le bruit de la jeunesse, avec ses chanteurs Hillbilis, son boogie woogie, ses riffs jungle, ses états d’âmes noires du blues et du RnB, de la Caroline du sud à Memphis en passant par Cincinnati, Detroit, Boston, Pantin et La Villette couvrent les derniers grondements de Pearl Harbour, de la guerre d’Algérie, de la Révolution des œillets, loin d’être digérés. On parle dans la langue de Kerouac, Ginsberg, Burroughs et parfois Steinbeck dans l’insouciance violente et poétique et l’espérance cachée d’un « Promised Land » d’Elvis Presley sans racisme. Avec les hanches, et les hurlements d’un chat sauvage, « Bear Cat », ou d’un « Wolf » enfants de la nuit. Le voyage et l’écriture photographique sans pornographie sociologique, mais, comme mouvement pur. Le poison et l’obsession. Les obsessions, diront les psychanalystes, nous préservent. Elles nous gardent en vie. Elles véhiculent à la fois les valeurs de liberté des années 1950, l’autodestruction propre au poète maudit et le refus du système en place. Là où le rêve et la danse fédèrent l’identité.

Ici, dans ces deux monuments témoins d’une époque, les deux Gilles offrent un voyage au centre de l’électricité de leurs corps, témoins de l’amplification des guitares électriques et de leurs riffs hurlants comme des loups  donnant le beat de cette famille féline et guerrière,  unique par son métissage sans autre culte que l’insouciance. Insouciance et rébellion que la politique et l’histoire catégoriseront de l’après-guerre aux années quatre-vingts par un stigmate d’infamie: Jeunesse.

Alors, souscrivez. Dans vingt jours il sera trop tard. Long live Rock’n’ roll par ceux qui le font et le vivent !

 Visuels :

1- ©Gilles Elie Cohen

2 et 3 :©Gilles Rigoulet


[1] Groupe de Pub rock britannique qui se fit connaître par leurs concerts dans les bars comme les Honky Tonk Men des 50’s aux USA. Milk and Alcohol tiré de leur album  Private Practice fut leur tube.

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