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Culture : What is serious ? La fabuleuse et subversive histoire de serious publishing

Culture : What is serious ? La fabuleuse et subversive histoire de serious publishing

12 novembre 2014 | PAR Aaron Zolty

Part one : Porno, Rockabilly, Fu Manchu et Tigres du ring.

Plus que quelques jours avant d’être la ou le privilégié du double opus majeur sur les derniers Rockers des années 80’s édité par les audacieux et cultissimes éditeurs de Serious Publishing ! Quid de ce qui est sérieux et de ces adeptes d’une culture dite « légère » et néanmoins subversive.

 Serious Publishing est une maison de publications cultes que les sociologues nomment Subculture. Non pas perdue dans la junte romanesque des gloires de l’édition nationale, mais accrochée à une paire de fesses rondes sur un tabouret de Pigalle, une affiche des « yeux sans visage », un masque de catcheur mexicain, un duckstyle made in Aubervilliers, la voix d’Elvis et ses idolâtres, sur fond sonore de Harley Davidson. Dans cette petite boîte d’éditions, le culte c’est du sérieux. Le souci du document original prime. Du visuel ! Du sensible, authentique, quasi anthropologique. Subversifs, créatifs, voyageant entre  la langue du Lucien (BD de Franck Margerin) et le « droit à l’os et sans métaphore » de Charles Bukowsky, Filo Loco, Jimmy Pantera,  Christophe Bier et Géraldine Dura, les éditeurs, attaquent tout sujet dans le vif. Depuis dix ans, Porno et VHS, Rockabilly et Bikers, Catcheurs mexicains et films fantastiques, c’est du lourd, du très sérieux. Jouissif. Alors, What is Serious ? La subversion, ses acteurs, ses témoins, ses productions et ses objets racontés par ses auteurs. Cultissime. Une niche au-delà de l’underground dont les œuvres cinématographiques et écrites sont réservées aux amateurs éclairés, en tirage de luxe et limités,  sous forme de souscription.

Serious Publishing vue par Filo Loco : Serious Publishing est née deux fois. La  première, c’était il y a dix ans ans. Elle avait la forme d’un magazine. Sur les conseils des NMPP (Nouvelles Messageries de Presse Parisiennes)  et d’un grand groupe de presse qui s’était entiché de notre projet. Nous l’avions débaptisé de « Serious » en « Cultures, le magazine des cultures populaires ». L’idée de base : parler « sérieusement » de sujets plutôt légers mais fortement ancrés dans la vie des gens et leur mémoire collective épaulés par l’intervention des meilleurs spécialistes ou de passionnés reconnus. C’est ainsi que Christophe parla de Betty Page, Bernie Bonvoisin de la DS Citroën, Yvan Levaï de l’Olympia, Daniel Darc de Billie Holiday, Christophe Bier de Fumetti (BD bon marché vendues en kiosques dans les 60’s) . Un seul et unique numéro vit le jour mais l’envie était là, de continuer et de faire perdurer le concept sous une autre forme.

C’est ainsi que quelques temps plus tard (après avoir créé Deadlicious, (un concept de pâtisseries et chocolats rock’n’roll), je m’associais avec Christophe Bier, Géraldine Dura et Jimmy Pantera pour monter Serious Publishing. A l’origine, le but était de publier leDictionnaire des films français pornographiques et érotiques en 16 & 35 m de Christophe Bier, pour lequel nous ne trouvions aucun éditeur sur la place. Dix ans de travail précis, exhaustif et inédit. Un objet hors norme de près de mille cinq cents pages et deux kg, vingt-cinq chroniqueurs ! Une année de plus consacrée à la mise en page, relecture et impression et le « Bier » voyait le jour. Nous ne nous attendions pas à un tel succès dès la parution : articles élogieux dans la presse « classique », du monde aux Inrocks, ARTE, France Culture. Bref, ce fut un beau succès d’estime et de reconnaissance pour le sérieux et le bien fondé de notre entreprise : le traitement des cultures populaires sous un angle pointu et éclairé. « Editer les livres que nous aimerions lire », le concept est toujours d’actualité et il guide nos choix. Après le Bier, vinrent Orgasmo Tome 1 et 2 (anthologie visuelle du cinéma de sexploitation), pendant iconographique du dictionnaire, puis Bikers, alors que notre collection « chapitre 13 » accueillait les improbables « Héros de l’ordinaire » et les « Real life super heroes ».

Avec le projet en cours consacré aux rockers des années 80, nous quittons le champ cinématographique pour aborder celui de la photo. Les travaux de Gilles Elie Cohen et Gilles Rigoulet donnent une vision particulière et inédite d’un pan très particulier de la jeunesse française, celui des cats et des teddy boys. Que ce soit à Evreux ou Paris (villes dans lesquelles les séries ont été réalisées), on retrouve l’énergie et l’insouciance de jeunes revisitant l’Amérique des 50’s. Ce projet d’édition est ambitieux. Le sujet marginal, le peu de connaisseurs de ce phénomène Rock n’Roll, nous poussent à aborder un nouveau terrain, celui de la photo, pour pouvoir le mener à bien. C’est un pari pour notre jeune maison. Grâce à une souscription en ligne, nous comptons bien valider l’intérêt d’un public curieux et esthète pour nous permettre de concrétiser Rocaille 2 et Vikings & Panthers !

Pour Jimmy Pantera « Tout a commencé avec le rock’n’roll. Ma mère vénérait Elvis et les albums du King ont hanté une partie de mon enfance. Plus tard, dans les années 80, durant mes études artistiques, j’ai découvert la scène rock bruxelloise et surtout un de ses groupes les plus incroyables, les Wild Ones. En 1986 ils ont eu un hit, “The Best Way To Jive”. J’ai assisté à plusieurs de leurs concerts survoltés, et même avec le succès ils demeuraient d’irréductibles voyous.

Ensuite, grâce au rock garage, surf et psychobilly, je découvris le cinéma bis… et le catch mexicain qui me fascina instantanément. Pour vivre cette passion j’entrepris de visiter le Mexique et ses salles de catch (je m’y suis déjà rendu cinq fois). Puis je pris la téméraire décision de consacrer un livre à ce sujet. C’est à cette époque que je fis la connaissance de Filo, par l’intermédiaire de Jean-Luc Fromental (éditeur chez Denoël et légende de l’édition – il fut l’un des rédacteurs en chef de Métal Hurlant. Mon premier ouvrage, “Los Tigres Del Ring”, fut publié par Ankama en janvier 2009. Il m’offrit entre autres l’opportunité d’organiser des spectacles de catch avec les “luchadores” mexicains les plus renommés.

Au milieu de cette effervescence, Filo me proposa de fonder, avec lui et Christophe Bier, notre propre structure éditoriale dans le but de publier des ouvrages très pointus ressuscitant des cultures populaires méconnues. Sur le plan personnel, ce travail faisait écho à des expériences vécues et à mes rencontres avec des stripteaseuses liées au cinéma ABC, une des dernières salles de Belgique à projeter des pornos en 35 mm avec striptease live sur scène (cette salle est aujourd’hui fermée et menacée de destruction). »

Vous avez dit subculture ?

Quand les aspects souterrains de la culture populaire remontent à la surface, faisant fi d’une forme d’impérialisme  culturel elle devient une contre-culture. Et pour le moins, mémorielle donc essentielle à l’histoire et ses tranches de vie, disséquées à même la page. Non, la subculture n’a rien à voir avec une sous culture mais avec une expression du réel enfouie qui, archivée, mémorisée, conservée, rejaillit comme un appui à l’art, la sociologie, l’anthropologie dans la lumière du nécessaire plaisir. Un objet de désir convoité, dérangeant, ambigu, référencé par les territoires qu’elle habite, appartenant à des individus devenus clans. Clans qui hurlent leur ligne de démarcation et leur refus de la banalité. Chez Serious Publishing, la subversion dans toute sa dimension éditoriale est « The meaning of style ». Et le mieux, c’est de le faire vivre. Deadlicieux !

A suivre, What is serious ? Rock contre la montre et autres Rockabs. (80’s)

 

Lien :
http://www.serious-publishing.fr/fr/

Souscription sur Ulule.

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Aaron Zolty

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