Politique culturelle
[Uméa 2014] Une capitale européenne de la culture sous le signe d’un vivre ensemble désign

[Uméa 2014] Une capitale européenne de la culture sous le signe d’un vivre ensemble désign

25 novembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans un mois ce sera fini. Uméa, une ville de 100.000 habitants nichée à l’hyper nord de la Suède a fait fort en devenant, avec Reykjavík (en 2000), l’une des capitales européennes de la culture à côtoyer au plus près le cercle polaire. L’occasion pour celle qui longe le fleuve Umeälven de se confronter à son histoire et de transformer sa cité en centre d’art, design et contemporain.

Les aléas de la mémoire

La capitale du Norrland a des comptes à régler avec sa mémoire. C’est ce que l’on découvre en visitant le Umedalens Skulpturpark qui a depuis vingt ans remplacé les traces d’un hôpital psychiatrique ancienne version. Pour effacer les trace de cette mémoire blessée, le groupe Baltic a permis le financement d’une exposition permanente dont le commissariat fut alors confié à la galerie Andersson et Sandström. 44 sculptures, dont certaines telles Nostros, cet homme assis tout en lettres de Jaume Plensa, ou la corde à linge glaçante aux centaines de chemises figées de Kaariba Kaikkinen sont monumentales. Les grands noms, Louise Bourgeois, Len Peng… cotoient ceux à suivre, par exemple, Gunilla Samberg qui présente Räddningsplats, un kit de survie dans une cabane, juste beau.

Egalement objet de réparation, la programmation de l’année capitale a mis à l’honneur la culture sami, le terme « Lapon » étant  déplacé. En ce moment, nous sommes dans la huitième saison Sami. Mais auparavant, en fevrier, le Sami Chinese Project a proposé au No ! une rencontre entre les anciennes traditions sami et l’esthétique contemporaine chinoise.

Sami Chinese Project from umea2014 on Vimeo.

La passion du contemporain

Le pays qui a inventé Ikea offre un gout prononcé et bienvenu pour un design dédié à l’épure. Grace à Uméa 2014, certains projets ont pu aboutir. L’Opéra est devenu majestueux, et un centre culturel,  » Väven » a ouvert. Ce dernier se compose de deux hôtels dont l’hyper moderne You and Me, de deux restaurants, d’une épicerie, d’une bibliothèque sur quatre étages et … du seul musée de la femme existant dans le monde.

Ce musée n’a rien d’un musée et tout d’un décor de Philippe Quesne. On entre dans une drôle de forêt ponctuée de vidéo. Elles posent de façon volontairement violente des questions sur les enjeux de pouvoir, sur le fait que les femmes restent perçues comme une minorité. On sort de la pénombre pour entrer dans une vieillesse lumineuse ponctuée des oeuvres de Frida Selander qui fait défiler des grands mères de pierres entourées de textes qui remettent les idées en place sur les relativités de la beauté.

Autre lieu roi de l’ère contemporaine, le Bildmuseet, sorte de mini Palais de Tokyo absolument époustouflant. On trouve des people comme Rafael Lozano qui nous avait séduits avec ses bisous gays à Holon en Israël. Ici, avec A draft of  shadows, ce sont les battements de nos coeurs qu’il mixe dans le sombre avant de faire de nos corps les fréquences d’une radio. Interactives et troublantes ses oeuvres donnent envie de s’y plonger des heures durant. On croise ensuite les frères Campana et leur impressionnante forêt en foin. Le musée offre aussi des oeuvres politiques avec le travail de Anders Sunna qui représente la façon dont le peuple Sami se sent persécuté.

Ce qui est absolument pertinent est que le musée est totalement intégré au pôle universitaire qui dresse des passerelles entre les humanités et les nouvelles technologies. Suède oblige on y trouve aussi une école de design.

Il est fort à parier que cette année changera le regard que le monde a sur Uméa et le regard qu’Uméa porte sur elle-même. C’est dans une transparence totale que les budgets et les objectifs sont annoncés. La rupture est radicale avec la programmation fiasco de Marseille 2013. Ici, la culture devient le lieu du divertissement pointu dans une exigence de chaleur et d’accueil qui ne transige pas sur le beau.

Visuel : ©ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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