Théâtre
« Neuf petites filles » : piquant parfois, mais trop rapide

« Neuf petites filles » : piquant parfois, mais trop rapide

25 novembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Stanislas Nordey place neuf comédiennes sur scène. Pour réfléchir sur la cruauté de l’enfance. Un texte intéressant, signé Sandrine Roche, mais un résultat pas totalement abouti. Car cette fois, le talentueux metteur en scène a opté pour un rythme plus alerte et rapide. Malgré des passages percutants, les figures peinent un peu à se dessiner. Et le spectacle semble trop court…

[rating=3]

Neuf petites fillesLe programme annonçait une heure et demie. Le soir où on l’a vu, Neuf petites filles n’a duré qu’une heure. De quoi regretter les longues traversées qu’on avait pu vivre précédemment, en compagnie des comédiens dirigés par Stanislas Nordey. D’un autre côté, le sublime Sodome ma douce  faisait lui aussi une heure… Mais il prenait son temps. Le défaut de Neuf petites filles semble être son rythme.

La pièce prend pour sujet la violence de l’enfance. Réunies dans une cour de récré, nos jeunes héroïnes, sans identités précises, discutent entre elles. De quoi parlent-elles ? d’une camarade, une « grosse », qui ne veut pas leur offrir de son gâteau ; des « châteaux » où elles vivent, qu’elles ont le plus souvent imaginés de toutes pièces, pour se faire croire qu’elles sont heureuses, et que leurs parents vivent toujours ensemble… Elles jouent à des jeux, dangereux parfois. Elles font des rondes, excluantes à des moments… On se rend bien vite compte qu’elles parlent comme des adultes. Le choix de la dramaturge de ne procéder que par histoires racontées est très juste. Et lorsqu’Anaïs Müller, intense tout du long, commence à relater l’histoire des petites filles attachées à un arbre, dans la forêt, et qu’une de ses camarades tente de l’arrêter à coups de « Non ! Je ne veux pas savoir ! », on atteint au malaise et à la dureté. Le conte du château, livré par la fillette qui n’a plus qu’un parent, qui l’aime peu, sonne juste également.

Pour traduire les jeux, Stanislas Nordey a inclus plus de mouvement qu’à l’accoutumée. Mais le spectacle va trop vite. L’objectif était sans doute de retrouver l’énergie de cette jeunesse. Le texte se trouve entraîné dans ce tourbillon, et… ne s’incarne pas. On n’a pas le temps de voir les comédiennes rajeunir. Retrouver un état d’enfance. Qui aurait sans doute rendu les mots de Sandrine Roche, dignes d’adultes, troublants dans leur bouche… Autre bémol, le texte comporte des suites de phrases qui décrivent des gestes. Une façon de « raconter les scènes de manière physique ». Stanislas Nordey, avec sa volonté très juste de laisser l’imagination libre, fait défiler ces phrases sur les murs. Tandis que nos comédiennes restent immobiles. Là encore, les mots s’enchaînent trop rapidement. Pas le temps de les recevoir…

Au final, on capte un rythme. Mais les mystères contenus dans la pièce résistent. Et la vraie noirceur ne se manifeste qu’assez peu. On se souvient que Stanislas Nordey a signé de grands spectacles : Sodome ma douce, où l’immobilité totale servait le récit, ou Tristesse animal noir, dans lequel le jeu physique sobre des comédiens suggérait admirablement. Sur ce texte de Sandrine Roche, on eût aimé retrouver la densité habituelle de ses mises en scène… Tant pis. On emporte quelques petites histoires troublantes, et le visage d’une comédienne (A. Müller)… Déjà ça.

Visuel : © Brigitte Enguerand

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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