Politique culturelle
Le Royaume-Uni fait un pas en avant avec la première restitution d’objets d’arts à l’Inde

Le Royaume-Uni fait un pas en avant avec la première restitution d’objets d’arts à l’Inde

07 juillet 2022 | PAR Rachel Rudloff

La ville de Glasgow a annoncé en début de semaine la restitution d’objets d’art pillés en Inde pendant la période coloniale. D’autres restitutions devraient suivre au cours des prochains mois, notamment celles d’objets nigérians et amérindiens. 

 

Une victoire pour les militant.es décoloniaux 

La décision fait suite à un vote qui date de mars dernier, annonçant que le Royaume-Uni s’engageait à entamer des négociations pour restituer des objets et œuvres d’art volés. C’est la ville la plus populaire d’Ecosse qui a été choisie pour être la première à incarner cette prise de position dans ce débat qui agite la culture depuis longtemps. 

Il s’agit de six objets volés (et un septième acheté illégalement) au début du XIXe siècle en Inde dans des lieux sacrés hindous qui avaient été offerts à la ville de Glasgow. Aujourd’hui, les musées les rendent aux descendants des propriétaires spoliés. Duncan Dornan, responsable des collections de Glasgow Life (organisation culturelle de la ville) a pris la parole pour accompagner cette restitution : « En réparant les erreurs du passé, nous pensons que ces restitutions aideront à renforcer les relations existantes avec ces communautés de descendants. » Il a aussi souligné le caractère nouveau de cette démarche, qui marque le début d’une nouvelle époque « La restitution de ces objets des musées de Glasgow Life à leur propriétaire légitime représente le plus grand rapatriement d’objets d’arts de la part d’un musée anglais, et c’est un moment symbolique pour notre ville : précisément, ce rapatriement de sept antiquités est la première de la sorte qui se fait entre l’Inde et le Royaume-Uni« . 

Mais ce dédommagement ne peut pas être attribué seulement à la ville, mais aussi aux militants antiracistes qui luttent depuis des années, en Europe et dans les pays anciennement colonisés, pour le retour de leurs œuvres culturelles. David Olusoga, historien britannique d’origine nigériane déclarait déjà il y a quelques années « ces pays [du Commonwealth] se souviennent de ce qui s’est passé, et ils se souviennent des objets qui ont été pris. Il y a un vrai sentiment de perte dans ces pays – il serait bénéfique pour nous de prendre en compte ces requêtes. » Il prenait particulièrement l’exemple des bronzes du Bénin (actuelle région du Sud du Nigéria). 

D’autres négociations en cours 

Ces statuettes chargées symboliquement sont justement sur la liste des prochains objets d’art à restituer, une discussion étant actuellement en cours entre les ministres  des affaires étrangères du Royaume-Uni et du Niger. Il s’agit de dix-neuf bronzes du Bénin, fabriqués par le peuple Edo, saisis par l’armée britannique lors d’une expédition punitive en 1897. « Je pense que c’est un cas très clair d’appropriation et de vol […] Le palais a été détruit ; les objets ont été pris et vendus pour payer le coût de l’aventure militaire » analysait David Olusoga. 

Mais les dégâts de la colonisation s’étendent encore plus loin : d’autres restitutions de la part de la ville de Glasgow concerneront aussi des objets sacrés volés à des tribus sioux Cheyenne River et Oglala (Dakota du Sud), après le massacre de Wounded Knee (en 1890), dans lequel au moins cent cinquante personnes avaient été tuées alors qu’elles étaient sur le point de se rendre. Ainsi au total, la ville de Glasgow devrait rendre une cinquantaine d’œuvres dans les prochains mois. 

En France, au début de son premier mandat, Emmanuel Macron avait assuré que « D’ici cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour un retour du patrimoine africain à l’Afrique ». Pourtant, aucune décision n’a été prise à ce jour concernant les 90 000 objets d’art du continent présents dans les musées français. 

 

Visuels : © CC BY-SA 3.0 

               © CC BY-SA 3.0

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