Politique culturelle
[Interview] Frédéric Hocquard : la culture n’est plus prise en compte ou pas prise en compte par les pouvoirs publics.

[Interview] Frédéric Hocquard : la culture n’est plus prise en compte ou pas prise en compte par les pouvoirs publics.

27 février 2014 | PAR La Rédaction

Frédéric Hocquard est secrétaire national à la Culture au Parti Socialiste et Directeur de L’ARCADI, Toute la Culture l’a rencontré car aujourd’hui les sujets sensibles sont très présents.
Dans cette première partie d’interview, il nous fait part de l’intermittence, de ses propositions pour protéger ce statut et surtout le faire évoluer pour le bien des artistes et techniciens.

hocquardPourquoi aujourd’hui et depuis quelques semaines la « polémique » sur l’intermittence arrive dans l’actualité?

Elle arrivera, d’abord, parce qu’on renégocie les annexes 8 et 10 de l’intermittence, il y a une renégociation de l’ensemble des conventions de l’UNEDIC liées à des calendriers qui n’ont rien à voir avec ceux de l’intermittence mais liées à des calendriers de négociations entre les partenaires sociaux. Donc, en 2014, avant le premier avril, les partenaires sociaux, employés et employeurs doivent avoir renégocié l’ensemble des annexes de l’Unedic donc c’est pour cette raison que l’on parle aujourd’hui de l’intermittence. Ensuite, sur le fond il y a depuis un certain nombre d’années une attaque de la part du MEDEF autour de l’idée que la culture ça coûte cher.

Pourquoi est- ce qu’on y consacre autant d’argent?

Ces questions se cristallisent aussi, malheureusement, avec des baisses de budget consacrées à la culture ou des aides publiques consacrées à la culture, mais c’est ça l’idée. Et donc si ça coûte cher, pourquoi est- ce que ce régime spécifique de l’intermittent du spectacle qui est un régime lié par un statut, créé par la gauche puisque les premiers statuts d’intermittent datent du front populaire ne serait-il pas supprimé? Tout bonnement en disant que les artistes sont comme les autres. Ils n’ont pas le droit à un régime d’indemnités chômage qui soit spécifique. De plus, en ce moment, nous sommes dans une société avec une offensive du libéralisme et évidemment, tout ce qui ne rentre pas dans les cases du productivisme ou tout ce qui ne rentre pas dans le cadre de la rentabilité immédiate est vu d’un mauvais œil en disant que ça coûte cher sans aller plus loin dans la réflexion.

Et quelle est la différence entre les artistes et les techniciens au sujet de ce statut.

En vérité, il n’y en a pas,  les deux annexes ont été séparées en 2003, la 8 et la 10 de manière à mon sens un peu artificiel. Il n’y a donc pour moi aucune différence. D’abord parce -que ce régime est un régime qui est un régime où les gens y vont de l’un à l’autre. Il y a quand même une partie des artistes qui a la possibilité de décompter des heures avec l’annexe 8 puis de décompter des heures sur l’autre annexe, ça c’est la première chose. Ensuite c’est comme des emplois qui fonctionnent ensemble n’importe quel artiste expliquera qu’à un moment donné il a besoin de techniciens et vice versa. Et j’insiste sur ce qui fait la force du régime de l’intermittence c’est que c’est un régime qui au point de départ était créé pour les techniciens de cinéma, en disant on a, grosso modo, une exception culturelle en France dans le domaine du cinéma dans les années 30 sans s’en rendre compte à l’époque. Qui grâce à ce nouveau statut on la renforce et soutient. Et ensuite on l’étend aux artistes à partir des années 60. Les effets sont doubles c’est sur la question des techniciens, on va continuer à avoir dans le domaine du cinéma et dans le domaine du spectacle vivant une capacité de production et quand on va l’étendre aux artistes ça va aussi créer des éléments qui sont des éléments de dynamiques artistiques. C’est pour ça qu’il faut faire attention à une chose c’est que l’on maintienne un équilibre à cet endroit. Une des conséquences que rappelle le rapport parlementaire de Jean Patrick Gilles qui est sorti l’année dernière, du protocole de 2003 c’est à dire du mauvais rapport de forces imposé par le MEDEF avec malheureusement le soutien de la CFDT à l’époque, c’est que le nombre d’intermittents techniciens augmente et le nombre d’intermittents artistes baisse. C’est à dire que pour la première fois depuis 20 ans on l’a eu il y a 3 ans, un croisement dans les courbes, c’est à dire majorité de techniciens et une minorité d’artistes. Or ce régime fonctionne parce qu’il a justement ces deux pieds là, il est hors de question de remettre en cause le nombre de techniciens et qu’on voit que les artistes ont plus de mal à garder leurs nombres d’heures qui puissent leur permettre d’ouvrir les droits à l’intermittence.
Alors qu’est- ce qu’il faudrait faire?
Ce qu’il faudrait globalement c’est qu’il n’y a pas de traitement spécifiquement des artistes et des techniciens, et cela ne doit pas être le sujet.
Le sujet que je propose c’est que l’on revienne à la date anniversaire et à 12 mois effectifs car les 10 mois sont ridicules, elle déstabilise et encore plus sans date d’anniversaire. Ces deux changements permettraient de lutter contre la précarisation dans laquelle est le régime de l’intermittence aujourd’hui. Parce que, en dehors de la question du croisement des groupes, on a aussi un milieu qui est un milieu précaire, avec beaucoup de gens qui cotisent et beaucoup de gens qui sortent de ce régime de l’intermittence. Donc ça lutterait contre la question de la précarité des métiers du spectacle qui est quand même forte, et qui est révélée par le rapport parlementaire de Jean-Patrick Gilles. Le sujet c’est aussi de permettre, aux artistes de compter mieux les heures qu’ils peuvent faire dans le domaine de l’action artistique. Aujourd’hui on a, d’un côté, un plafond qui oscille entre 55 heures et 90 heures. En effet, aujourd’hui, le gouvernement dit qu’il veut consacrer l’éducation artistique et culturelle. Le marché de l’emploi, dans le domaine de la culture évolue, qu’il y a de plus en plus de propositions d’action artistique et de moins en moins de propositions, peut être malheureusement, de temps de création de répétitions ou de temps tournages etc. C’est pour ça qu’il faut faire évoluer le régime d’assurance chômage spécifique de ce côté-là. On devrait permettre que l’on puisse compter plus d’heures, déplafonner en fait, qui sont liées par les hommes de d’action artistique, un plafond aujourd’hui de 55 heures sur 507 heures donc 10 pour 100, on pourrait largement le mettre à 90 voire à 150 heures. C’est-à-dire que les intermittents qui travaillent dans ce régime d’assurance-chômage spécifique que s’ils font des heures d’action artistique, de transmission, de travail sur les publics, de démocratisation culturelle et bien on va mieux vous les compter. Et je pense que ça serait aussi donner un sens politique à l’action que l’on pourrait donner.
Mais les intermittents les artistes ne  se sentent pas rassurés par le climat actuel pourquoi ?
Il y a quand même globalement le fait que la culture n’est plus prise en compte ou pas prise en compte par les pouvoirs publics. Le premier signe c’était le débat à la présidentielle de 2007 au 2ème tour on ne parle pas de culture c’est la première fois que ce sujet là n’est pas abordé dans le débat public, qui doit être un débat public au plus haut sommet qui détermine l’avenir du pays dans les 5 ans.
Donc on a vu que, petit à petit les questions de culture qui sont pourtant extrêmement présentes dans le pays par rapport à la création et aux pratiques artistiques, et culturelles des français, extrêmement présentes en termes économiques, extrêmement présentes en termes de nombre de gens qui y travaillent. Il faut savoir que la culture est une des premières filières, au sens large du mot culture, dans lequel s’inscrivent les étudiants à l’université. Et ces questions ont disparu du champ du débat public. Du coup de par cette absence on a l’impression de ne plus être porté politiquement. Ensuite il y a des baisses budgétaires à tous les niveaux, Etat, régions et autres collectivités territoriales. Du coup cette crainte se trouve renforcée en allant jusqu’à dire que c’est parce qu’on a disparu du débat public que vous voulez arrêter de nous financer. Or le mécanisme, le modèle, quand on parle de l’exception culturelle, c’est qu’en France on considère que la culture n’est pas un « bien » comme les autres. La culture a un rôle social, un rôle émancipateur, un rôle éducatif, un rôle fédérateur, un rôle démocratique, elle doit peser sur la société. Et c’est pour ces raisons que la France a prévu des dispositifs qui sont des politiques économiques et sociales spécifiques pour soutenir cette culture. L’intermittence en est un exemple et si elle a été créée pendant le Front Populaire c’est  que l’on considère que la culture a besoin d’être soutenue. La question de la culture est une question politique de fond, et c’est pour cela que ce champ est investi par la gauche avec des valeurs qui sont portées là dessus. C’est presque une bataille culturelle et elle est en train de disparaitre, c’est l’impression que ça donne. L’exception culturelle est un combat que l’on doit mener pour se défendre des grands groupes tel que Google pour que la culture ne devienne pas un bien quelconque.
Il y a une offensive mondiale, de ces sociétés nord-américaines pour imposer leur modèle de répartition de la richesse sur la filière culturelle qui soit complètement autre c’est à dire on transforme la culture en un pur bien marchand: c’est rentable on en tire le maximum de profit ; c’est pas rentable ça n’existe pas on la fait disparaître.

Par Isaac Marlo

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