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Confinement : Les cinémas indépendants bordelais freinés dans leur élan

Confinement : Les cinémas indépendants bordelais freinés dans leur élan

13 novembre 2020 | PAR La Rédaction

Après s’être tenues aux jauges recommandées et aux gestes de prévention, du 22 juin au 30 octobre, les salles de cinéma ont dû refermer leurs portes. Du côté des salles indépendantes, à Bordeaux, le reconfinement met fin au retour progressif des spectateurs en salles.

Par Dorian Rolin, étudiant à l’EFJ Bordeaux*

En Gironde, le cinéma Lux de Cadillac, ainsi que le cinéma Jean Eustache situé à Pessac, font partie des lieux fermés lors de ce second confinement. Équipés de 2 salles pour l’un (Lux), et de 5 salles pour l’autre (Jean Eustache), ces cinémas proposent une sélection de films classés Arts & Essais.

Le souffle coupé

Touchés par la pandémie, les cinémas bordelais résistent coûte que coûte. “On a le sentiment d’un élan coupé, parce que y avait une vraie reprise qui s’était mise en place pendant les vacances de Toussaint. La dernière semaine d’Octobre avant le confinement a été la meilleure semaine de l’année avec des films français qui ont trouvé leur public” explique Florent Lemonnier, directeur du cinéma Lux à Cadillac.

Après avoir travaillé à perte pendant l’été, puis retrouvé un léger sourire à la rentrée scolaire, cet exploitant s’inquiète pour la suite. “Ce qu’on se dit, c’est qu’on va devoir relancer la machine une deuxième fois. Si nous n’avons pas une offre de films conséquente en décembre, nous ne pourrons pas faire 3 mois à perte. Il y a un risque encore plus important” annonce-t-il.

Au cinéma Jean Eustache de Pessac, même constat. “C’est arrivé au pire moment. C’est un coup d’arrêt brutal” signale Audrey Pailhes, adjointe de direction au Jean Eustache. “Les vacances scolaires ont été florissantes. Nous avons du mal à loger tous les spectateurs dans nos salles avec les normes Covid. C’était une respiration pour nous” déclare-t-elle. Pour cette deuxième fermeture, 7 des 14 employés du complexe sont en activité partielle. Ils travaillent 1 à 2 jours par semaine. Les autres, qui pratiquent un travail de terrain (billetterie, accueil des clients…), attendent la fin du confinement pour retourner au travail.

Situation dangereuse hors confinement

 

Avant la décision du Gouvernement, les salles de spectacle vivent une situation déjà compliquée. Si on enlève la première semaine des vacances de Toussaint, l’année cinéma 2020 reste difficile. 50 % de fréquentation en moins, ce dont témoigne Florent Lemonnier au sein de son cinéma à Cadillac. “Au début, c’était 60 % de perte de fréquentation et donc de recettes. Ça a commencé à revenir mi-septembre, mais on est toujours autour de 50 % », explique-t-il. Réouverts depuis le 22 juin, puis désormais fermés depuis les nouvelles mesures, les cinémas indépendants bordelais rament. “Par rapport au dernier prévisionnel avant le deuxième confinement, il nous manque 24 085 entrées et 107 988 €” constate la comptable du Jean Eustache à Pessac.

Les cinémas dits “d’Arts et Essais” bénéficient d’aides de l’État. Interviewé avant le confinement, le directeur du cinéma Lux (Cadillac) indiquait que “l’État s’était déjà engagé à compenser la perte de trésorerie en abondant une aide de 20 centimes sur les entrées perdues au regard de la moyenne des trois dernières années”. Ce soutien doit permettre de conserver une trésorerie menacée par cette crise sanitaire. Cependant, ces aides concernent un plan de relance, et non de survie.

 

De l’actualité et de l’événementiel, même portes closes ?

Avec ce scénario catastrophique du nouveau confinement, le public s’éloigne un peu plus chaque jour du cinéma. Hélas, les exploitants ne possèdent pas de formule magique. Mais il reste quelques idées sorties de leur chapeau. Comme celle de ces deux cinémas bordelais (Lux et Jean Eustache), lors du premier confinement. “On s’est aidé d’une plateforme VOD pour faire des débats en ligne, avec des outils développés par certains prestataires, qui permet de produire des séances à heure fixe. Ça permet économiquement très peu, mais par contre, ça nous fait garder le contact avec notre public et faire vivre les films” explique Florent Lemonnier. “La Toile, c’est le service VOD de votre salle.” Comptant plus de 230 cinémas partenaires, cette plateforme de streaming met à disposition une multitude de films à louer. Un prix variant de 1,99 euros à 5,99 euros. Cette solution permet une légère rémunération pour ces salles de cinéma en manque de public, allant de 30 à 40 pourcents sur le prix d’un film.

Du côté de Jean Eustache, le lien entre le public et le cinéma reste important. “Nous envoyons des newsletter chaque semaine, on alimente nos réseaux sociaux. Nous nous sommes abonnés à Zoom et nous proposons des visioconférences en ligne réservées aux inscrits Unipop (un programme de cours de cinéma, arts, histoire proposé par le Jean Eustache)” explique Audrey Pailhes. Le 5 novembre, la conférence sur Toulouse Lautrec recense une centaine de personnes.

Malheureusement, la recette miracle pour sauver ces indépendants n’existe pas. L’avenir des cinémas indépendants bordelais s’annonce compliqué.

* Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat entre l’École du Nouveau Journalisme de Bordeaux (EFJ) et Toute la Culture, à la suite d’un atelier de journalisme culturel.

Visuel : Image libre de droits d’une salle de cinéma – Pixabay

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