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À Bordeaux et dans la région, des lecteurs solidaires des libraires

À Bordeaux et dans la région, des lecteurs solidaires des libraires

21 avril 2020 | PAR La Rédaction

« La question des libraires sera dans nos priorités. » Sur les ondes de France Inter ce jeudi, le ministre de la Culture Franck Riester a promis d’épauler la profession, durement touchée par la crise. En attendant un plan de relance, des libraires indépendants de Nouvelle-Aquitaine se tournent vers la vente à distance.

Par Corentin Barsacq, étudiant à l’EFJ Bordeaux*

Nichée au sein d’un cadre bucolique caractéristique des Landes de Gascogne, la librairie-café de Nathalie Schreiber affiche grise mine. Dans un quartier reculé de Belin-Béliet en Gironde, la libraire ne cache pas son inquiétude : « C’est très difficile d’attendre. Tous nos projets sont en suspens et j’ai peur pour l’avenir », témoigne celle qui a monté Le Café en l’Eyre l’an dernier. Pour sa toute jeune librairie et malgré le soutien apporté par les clients fidèles, la priorité est de limiter la casse. Avec 1800 ouvrages dans sa bibliothèque, Nathalie Schreiber réfléchit sérieusement à s’exporter sur Internet : « J’envisage de mettre en ligne mon catalogue afin que les clients puissent commander à l’avance des ouvrages. » En effet, si le lieu ne peut accueillir de public, la librairie peut néanmoins vendre en ligne à l’instar des grandes plateformes comme Amazon. Une manière d’entrevoir sensiblement une reprise d’activité, pour le moment incertaine.

« Nos clients nous soutiennent »

À Bordeaux, sur la place du Parlement, La Machine à Lire a opté pour cette solution. La librairie indépendante bordelaise est certes fermée mais les clients continuent de commander des ouvrages. Un soutien précieux pour l’entreprise comme l’indique Hélène des Ligneris, à la tête des lieux : « Il s’agit d’un soutien moral important. Bien que cela représente une part financière moindre, cela permet de soutenir notre trésorerie. » Un choix pragmatique pour la librairie, qui préfère anticiper un après-confinement aux contours flous et dont les rentrées littéraires risquent d’être bien moins pléthoriques : « Aujourd’hui, toutes les sorties sont repoussées. Des éditeurs ayant supprimé leurs parutions, moins de livres devraient paraître prochainement », indique la libraire. Pour continuer d’exister dans cette nébuleuse, La Machine à Lire peut compter sur une offre culturelle variée entre ses murs : « Nous avons fait le choix de garder des livres de fonds, des ouvrages fondamentaux de la littérature, tout en proposant des nouveautés. »

Un drive solidaire face à la crise

Pour estomper une possible perte sèche de leur chiffre d’affaires, trois librairies indépendantes des Pyrénées-Atlantiques ont décidé de faire front commun. Dans un marché du livre qui a perdu 31 % de sa valeur en mars, selon les chiffres communiqués par l’institut allemand « GfK » en charge d’étudier le secteur, les librairies Tonnet et L’Escampette, implantées à Pau, ainsi que l’Escapade, à Oloron-Sainte-Marie, ne veulent pas se laisser abattre. Ensemble, elles ont signé un communiqué commun qui annonçait le lancement d’un service de livraison sous forme de drive, sans accès aux librairies : « Le retrait des livres se fera aux portes des librairies dans le plus grand respect des gestes barrières », explique Cédric Laprun de L’Escapade. Selon des modalités propres à chacune des enseignes, la clientèle pourra passer commande à distance et récupérer ses ouvrages dans des créneaux horaires de deux heures consécutives fixés par chaque commerce.

Vers la création d’un fonds de soutien ?

À minima, ces professionnels veulent « sauver les meubles », tout comme le Syndicat de la Librairie française, qui a récemment lancé un appel pour demander la création d’un fonds de soutien aux libraires : « Une question de vie ou de mort », selon le syndicat en quête d’une réponse. Pour Cédric Laprun, comme pour ses homologues, l’initiative collective est vouée à rendre service, plutôt qu’à incarner une planche de salut : « Il y a une demande forte de la part de nos clients, mais d’un autre côté, toute la chaîne logistique du livre est à l’arrêt. On sait que les recettes seront moindres. On ne pourra pas commander d’autres livres à nos fournisseurs, mais les lecteurs peuvent au moins renouveler leur stock. » Un moyen de préserver leur activité, bien que l’âme de ces librairies indépendantes soit difficilement préservée sans contact : « Il faudra du temps pour qu’elles redeviennent pleinement ces lieux d’échange, de sérendipité et de vie qu’elles ont toujours été. »

Visuels : Café en L’Eyre.

* Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat entre l’École du Nouveau Journalisme de Bordeaux (EFJ) et Toute la Culture, à la suite d’un atelier de journalisme culturel.

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