Politique culturelle

Un anniversaire très institutionnel pour les 50 ans de Mai 68

Un anniversaire très institutionnel pour les 50 ans de Mai 68

18 janvier 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Ce matin, Serge Lasvignes, président du Centre Pompidou avait convié la presse pour présenter le programme du cinquantième anniversaire de Mai 68. Une seule force : le collectif.

La prouesse est la réunion des grandes institutions culturelles parisiennes et franciliennes. Neuf lieux réunis pour offrir autre chose qu’une commémoration à la Révolution de mai. L’Université de Nanterre, la Cité de l’architecture et du patrimoine, les Archives Nationales, Le théâtre de Nanterre-Amandiers, les Beaux-Arts de Paris, la Bibliothèque nationale de France, le Centre Pompidou, la Cinémathèque française, et (mais absent de l’affiche) Le Palais de Tokyo.

Serge Lasvignes l’annonce comme un credo, il y a la « Volonté d’aller au delà de la commémoration. L’approche commune est une approche critique ». « Sortir de la nostalgie ».

Alors ces neufs lieux vont déployer des programmations visant à interroger l’héritage et ce que l’on peut apprendre de mai. Le logo commun réalisé par Sabrine Sidki et Nora Duprat nous montre le chiffre 68 ponctué de points noirs comme si la date était un plan. Et à regarder le programme on repense à Tout ce qui nous reste de la révolution, c’est Simon du Collectif l’Avantage du doute qui, avant Charlie, avant le Bataclan interrogeait la notion d’engagement.

Certaines propositions sont dans l’axe du joli mois de mai et rappellent et interrogent la notion d’occupation. Ce sera le cas à Nanterre, à la fac, où le 22 mars 1968 tout a commencé. Jean-François Balaudé, président de l’université de Nanterre veut donner de la place aux étudiants dans des événements ouverts qui impliquent la Cité. Le 25 janvier, Une nuit des idées : street art, performances, débats mettra tout le monde dehors. Et le 22 mars, aura lieu un printemps des utopies et des libertés. Ce sera le cas, toujours à Nanterre, aux Amandiers, où le Philippe Quesne offrira son plateau aux frères Chapuisat. Dans leur immense installation il y aura des performances : Gwenaël Morin d’après le living Theater, Massimo Furlan… Cela annonce du lourd, et la marche dansée de Foofwa d’Imobilité qui parcourra les 14 kilomètres qui séparent les Amandiers de Paris est une proposition totalement dans l’esprit libre de 68. A la Cinémathèque aussi on rappelle les fondamentaux : « Mai 68 a commencé le 9 février quand Malraux a demandé à la Cinémathèque de virer Henri Langlois. » Costa-Gavras cite William Klein, Chris Marker, l’IDEC , et rappelle qu’il y a eu 40 ciné-tracts filmés, dans des conditions rocambolesques. Car rien n’était facile, tout était bloqué, fermé. Au centre Pompidou, Romain Lacroix proposera trois semaines de manifestations « Mai 68 Assemblée Générale ». Pompidou se plaçant comme lieu d’héritage. Et c’est là que tout devient intéressant : comment résister ? comment agir ?

Le reste du programme ne répond pas à cette question et choisit un angle très officiel. Plusieurs expositions vont interroger les images. La plus intéressante sera certainement celle des Archives Nationales qui va se placer du côté du pouvoir, du côté de l’agenda du Général de Gaulle. Elle nous fera passer de l’autre côté. Aux Beaux-Arts, Eric de Chassey, commissaire avec Philippe Artière présenteront: « Images en lutte : la culture visuelle de l’extrême-gauche en France (1968-1974). 1000 m2 d’exposition dans ce lieu qui symbolisait en mai la culture bourgeoise. Exposition à laquelle la Cité de l’Architecture fera à partir du 16 Mai « Mai 68, L’architecture aussi » 68 : la fin du « système Beaux-Arts ». Le Palais de Tokyo Invite l’artiste Escif qui interviendra de façon secrète dans le lieu. Une proposition qui semble faire du Street art un totem sans âme.

En 68, l’un des slogans les plus célèbres fut « Oubliez tout ce que vous avez appris. Commencez par rêver ».
Il faudra juger sur place, et aller voir. Faire confiance aussi. Mais sur le papier, ce programme choque. Il érige 68 non pas en commémoration mais en mausolée, sans intégrer les penseurs d’aujourd’hui, loin, bien loin des actions populaires telles que Nuit debout et des revendications de la France Insoumise. Loin des questions politiques et éthiques qui se posent aujourd’hui sur l’Université et son accès. Il y a 50 ans, en 68, l’Université n’était pas verrouillée, mais seule l’élite y allait, cela avait changé. En 1968, 20% d’une classe d’âge accédait au bac, en 2017, 65 %. 68 était-il déjà une institution à son époque, c’est finalement cela la question à laquelle ce collectif devra répondre.

Tout le programme est à retrouver sur soixantehuit.fr

Visuel : affiche officielle et ABN

Trahisons, de Harold Pinter mise en scène Christophe Gand au Lucernaire
Des raretés de Berlioz et de Beethoven servies par une dynamique direction de Jérémie Rhorer
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. a[email protected]

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