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Le délicieux cynisme d’Eva Baltasar dans « Permafrost »

Le délicieux cynisme d’Eva Baltasar dans « Permafrost »

02 septembre 2020 | PAR Chloé Hubert

Permafrost est le premier roman d’Eva Baltasar traduit en français. Le récit délicieusement cynique d’une vie engourdie par la mélancolie, imperméable puisque perpétuellement gelée. Un permafrost qui manque toutefois de se fissurer, par la chaleur de la caresse d’une amante, du sourire d’une enfant ou de l’écriture en elle-même.

40 ans, lesbienne, dépressive et suicidaire, c’est ainsi que se décrit la narratrice de Permafrost. Sa vie se compose de deux éléments principaux: La lecture et le sexe. Nous pouvons en rajouter un troisième, omniprésent: penser à la mort. Les deux premiers ne l’éloignant d’ailleurs jamais vraiment du dernier. C’est donc une vie sous permafrost qui nous est racontée dans ce roman, une vie où la surface est gelée et difficilement pénétrable. Si le quotidien y est engourdie par une mélancolie permanente, l’esprit lui, est plus vif que jamais, et la narratrice d’un cynisme délicieux. « Je ne suis rien d’autre que quarante-deux kilos de solitude et de plaintes, un vrai trésor ».

En effet, si elle n’offre qu’au monde cette surface froide et impénétrable sur lequel elle souhaite qu’on glisse, c’est une chaleur fertile qu’elle protège en dessous et qu’elle n’offre – partiellement –  qu’à ses amantes. Pour le reste, réfugiée dans d’autres vies, elle se tient à l’écart du monde et surtout des femmes de sa famille, qui disparaissent toutes derrière leurs rôles de mère et d’épouse. Avec ces portraits pathétiques qui sont dépeint, cette héroïne au désintérêt méprisant envers les hommes et l’idée de famille n’en apparaît que d’autant plus réjouissante et finalement plus libre, même si enfermée dans une forme de lucidité dépressive. 

La poétesse Eva Baltasar nous propose un récit entre désespoir et cynisme, où ce dernier apparaît comme une dernière pudeur qui supprime toute tentation de céder au pathos. C’est l’histoire attachante d’un permafrost, surface imperméable et impénétrable puisque perpétuellement gelé, qui toutefois menace de se fissurer, par la chaleur de la caresse d’une amante, du sourire d’une enfant ou du processus d’écriture lui-même. Une très belle découverte pour ce premier livre d’une trilogie qui n’est pas encore achevée mais dont le deuxième tome vient de paraître en catalan. 

 

Eva Baltasar, Permafrost, Verdier, 128 p. 15,50 €, sortie le 2 septembre 2020.

Visuel: ©Couverture officielle

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Chloé Hubert

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