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[Interview] « Gonzaï est un magazine freak, underground, précis : notre distribution doit l’être aussi »

[Interview] « Gonzaï est un magazine freak, underground, précis : notre distribution doit l’être aussi »

17 novembre 2014 | PAR Bastien Stisi

Créé en 2007 afin de faire l’étalage de son savoir minutieux sur le web, Gonzaï est devenu depuis un magazine papier, un créateur d’événements musicaux (il y a une résidence à la Maroquinerie tous les mois), et même tout récemment un label. Et si chez Gonzaï, on le sait, c’est le détail qui compte le plus, réussir sa (périlleuse) campagne d’abonnements 2015 s’avère également une priorité.

Alors, il y a le lancement de votre campagne d’abonnements au magazine pour 2015. Les punks à chiens, les post soixante-huitards un peu anars et les bobos hyper révoltés du IIIe sont-ils encore les seuls lecteurs de Gonzaï, ou le magazine parvient-il à parler à un public plus large ?

Thomas Florin (cofondateur du magazine web et rédac-chef adjoint de Gonzaï papier) : Ne recrutant pas notre lectorat sur photo, nous ne pouvons dire si ce dernier s’est « élargi ». Si les chiffres vous intéressent, sachez seulement que pour l’année 2014, le nombre d’abonnés progressent encore. Sinon, faisant toujours les envois des magazines nous-mêmes, nous pouvons assurer que la moitié de nos abonnés habitent hors Paris et qu’une petite partie vit même à l’étranger. Mais la véritable progression, c’est la multiplication des lieux de vente avec une mise en place dans les libraires depuis cette année. Voilà : Gonzaï Magazine suit son cours, bien que tout soit à nouveau remis en cause, comme chaque année pour nous, d’où notre nécessité de faire cette campagne Ulule.

Bastien Truchot (diffuseur, journaliste) : On remarque en effet que la plupart des magazines sauf exception (Causette, So Foot, Télé Z sont les rares indépendants à progresser encore en kiosques) ne survivent pas à la distribution en arrosage traditionnel. Notre magazine est freak, underground, précis ; notre distribution doit aussi être de la mécanique de précision. On est en vente dans une centaine d’endroits en France, des disquaires, des libraires, et j’ai appelé chacun de ces vendeurs, ou les ai rencontrés pour expliquer ce qu’est Gonzaï.

À côté de ça, il y a aussi le lancement de Gonzaï Records, un label qui porte notamment en lui la volonté de réhabiliter les musiques oubliées d’hier…

T. F. : Gonzaï Records a la même mission que l’ensemble des « activités Gonzaï » : « redistribuer les cartes, punir les menteurs et sauver les martyrs ». En clair, on va sortir et soutenir des groupes de l’époque, dont la phase de création se déroule sous nos yeux, dans les années 10, surtout en France, par le biais d’une collection qui s’appelle Note For Sale – dont la 1ère sortie est l’album Position Normal de Steeple Remove, un groupe que Bester (ndlr : le fondateur de Gonzaï) défendait avant même de s’appeler Bester. Puis nous avons notre collection de rééditions vinyles, nommée Feedback, qui remettra à disposition des albums devenus rares, hors de prix ou simplement jamais sortis sur ce support. J’aimerais préciser ici que, contrairement à ce qui a été écrit dans certains articles par des gens qui pensent pouvoir deviner les intentions des autres sans jamais poser de questions, que cette collection n’a absolument pas l’intention de ne sortir que des artistes français, bien au contraire : les Anglais et les Américains ne se gênent pas pour rééditer nos catalogues, nous en ferons de même avec le leur.

Magazine (web + papier) / label / résidences mensuelles à la Maroquinerie …quel genre de marque a l’ambition de devenir « Gonzaï » ?

T. F. : Contrairement à ce que certaines personnes pensent, nous n’avons aucune conscience de l’impact réel de Gonzaï et, par pudeur ou pessimisme, nous avons certainement tendance à le voir à la baisse. Notre ambition est avant tout de prouver que « quand on veut, on peut », et de faire toutes nos « activités » avec le plus de sérieux possible. Cette rigueur, beaucoup d’entre nous l’ont apprise dans les heures passées à écrire. D’où notre maxime : seul le détail compte.

Mais, rappelons que la grande majorité des choses entreprises dans la musique tiennent sur la passion des gens. Seulement une petite poignée de personnes arrivent à gagner du fric avec, et c’est rarement les groupes.  On nous demande souvent notre stratégie, mais il n’y en a pas vraiment si ce n’est de fuir le grand ennui que représente le mode de vie de l’Homme occidental, être persuadé qu’on n’a rien de mieux a faire de notre peau, garder un maximum de liberté et, si cela peut amuser et donner de l’estomac à quelques personnes au passage, nous en sommes très heureux.

Y a t-il d’autres développements de prévus dans les mois à venir ?

T. F. : Pour nous, il va surtout s’agir de consolider les bases. Il y a deux ans, nous avions à l’esprit la difficulté que représente le fait de lancer un magazine seul, sans autre fond que les précommandes des lecteurs. Sauf que dans la pratique, cela est réellement périlleux. Nous n’avons aucun souci à le produire grâce à l’équipe de Gonzaï qui met énormément d’énergie, aime expérimenter et semble assez fière de notre magazine. C’est la partie financière, « marketing » disons, qui est la plus difficile pour nous, celle qui, sincèrement, nous amuse le moins. Alors que tous les médias papier vont sur internet et que Vice vaut des milliards grâce à la vidéo, nous cherchons la viabilité pour notre magazine… Niveau cause perdue, on plaide coupable.

Vous revendiquez votre ambition de conquérir le Monde. Une fois que ce sera fait, concrètement, vous allez en faire quoi ?

T. F. : Personnellement, je n’aimerais pas être propriétaire de ce Monde : il est souvent médiocre, s’aplanit à grande vitesse alors que nous le transformons en parc d’attractions en ayant l’impression de bien faire. Je le laisse donc volontiers au 1% de gros messieurs qui le possèdent. Puis, tous les grands empereurs l’ont constaté : ce qui est intéressant dans la conquête du monde, c’est justement la conquête.

La campagne Ulule se complète par ici.

Visuel : (c) Gonzaï

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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