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[Interview] Girls In Hawaii : « Regarder nos morceaux depuis un point de vue nouveau »

[Interview] Girls In Hawaii : « Regarder nos morceaux depuis un point de vue nouveau »

17 novembre 2014 | PAR Bastien Stisi

La tendance paraît être à la célébration des anniversaires par le biais de la réinterprétation discographique. Après Wax Tailor il y a quelques jours, qui a fait paraître une relecture électro-classique faisant office de bilan de ses dix années de carrière, les Girls In Hawaii livrent avec Hello Strange un album live acoustique qui réinvente et réincarne quelques-une des compositions émanant de leurs trois albums studio. Attablés au sein du disquaire-café Walrus (tiens, le cathartique et sublime Everest traîne dans les bacs), c’est avec le chanteur et multi-instrumentiste Lionel Vancauwenberghe que l’on évoque un disque bien plus intéressant que ce que le propos initial laissait initialement penser…

Vous sortez d’une année au cours de laquelle vous avez donné une centaine de concerts, dont un nombre important de dates devant un public de festival (le Printemps de Bourges ou le Solidays) qui n’était, automatiquement, pas exclusivement venu pour vous. Proposer une tournée en acoustique, c’est vouloir se rapprocher d’un format plus intime, plus proche de votre véritable publique ?

Lionel Vancauwenberghe : Exactement. Clôturer cette très longue année de tournée avec quelque chose de plus proche des gens, après avoir enchaîné des types de festivals que l’on n’avait pas forcément l’habitude de fréquenter jusqu’ici…Jouer avec Daho, Détroit, Massive Attack, Metronomy, FAUVE…c’était assez inhabituel pour nous ! Et puis, jouer en festival n’est en réalité pas la chose la plus délirante qu’il soit…on avait vraiment envie de voir les têtes des gens dans les salles, de reconnaître ceux qui nous suivent depuis le début, de retrouver vraiment le public !

Il y avait eu un premier essai en live acoustique en 2009, dont il est aujourd’hui assez difficile de trouver une trace. Fallait-il cette fois graver cette expérience dans le marbre du disque pour la faire connaître pour de bon ?

L. V. : Tu as raison de parler de ça, surtout que cette première expérience acoustique avait été une grande frustration pour nous, puisque l’on avait fait au final que trois dates relativement confidentielles…Le titre de l’album, Hello Strange, vient d’ailleurs un peu de ça : on se lance dans cette expérience bizarre (enregistrer un live avant de débuter véritablement la tournée, c’est quand même spécial…), et on voit ce qu’il se passe !


Hello Strange, on pourrait voir ça aussi comme le côté : « tiens c’est bizarre, je joue ce morceau depuis des années, mais là, pas de la même manière que d’habitude… »

L. V. : Il y a aussi de ça oui ! Regarder nos morceaux depuis un point de vue nouveau, un point de vue peut-être un peu « étrange », comme l’indique le titre. Mais tu sais on s’habitue vite : là maintenant si on devait revenir dans l’instant aux électriques, ce serait très compliqué pour nous ! Tout ça est une sacrée question d’automatisme, on se planterait tout le temps si l’on passait sans arrêt de l’un à l’autre !

Cet album met en avant votre capacité de multi-instrumentistes, une facette qui parait presque faire figure de véritable leitmotiv chez vous…Hello Strange, c’est un album de musiciens, au sens premier du terme ?

L. V. : Oui, clairement. On pourrait même voir ça comme un album un peu égoïste, dans la mesure où l’on a voulu aussi penser un peu à nous. On s’est fait notamment plaisir en s’achetant pas mal d’instruments ; notre local  en est maintenant bourré ! Des claviers datant des années 60 (les mêmes qu’utilisait Jean-Michel Jarre), un harmonium indien, un piano, un marimba, un lap steel…On vient de faire un an de tournée, on est tous un peu multi-instrumentistes de base, on sent que l’on joue bien tous ensemble, on avait envie de continuer à le faire ! C’est comme si l’on avait fait de la muscu pendant un an et que l’on avait envie de se montrer torse nu à la fin ! C’est un peu ça cet album !

Les morceaux retravaillés sur Hello Strange proviennent des trois albums d’une discographie étirée sur dix ans. Y avait-il aussi chez vous une volonté d’établir une sorte de bilan de compétences ?

L. V. : On évite en réalité toujours un peu d’employer le terme de « bilan » parce que ça fait un peu vieux, mais il faut bien admettre que tu as peut-être raison ! Après c’est clair que ça n’arrive pas à un moment anodin pour nous : notre dernier disque Everest a vraiment bien marché, on a su trouver de manière collective une sorte de renaissance après la tragédie de ces dernières années (ndlr : le décès du batteur Denis Wielemans, le frère du chanteur Antoine), un nouveau souffle que l’on a ressenti cette année durant la tournée…En fait tu as vraiment raison, c’est juste le mot « bilan » qui me fait mal !

Il y a aussi le fait que l’on a intégré sur notre dernière tournée deux nouveaux membres  (François Gustin et Boris Gronemberger), et que l’on a tenu sur cet album à les incorporer au processus créatif. Tout le monde avait son mot à dire sur ce nouveau projet : cet album live est un peu une rampe de lancement pour préparer la création du prochain disque.

Se servir du passé pour préparer l’avenir ?

L. V. : Oui, c’est ça. Ne pas oublier les morceaux du passé, et envisager un album qui sera sans doute un peu influencé par ce que l’on a fait ici. On pense à un côté plus « swing », plus tribal que sur les autres. Enfin ce ne sont encore que des envies !


Comment avez-vous fait la sélection de ces morceaux à réenregistrer ?

L. V. : Les singles que l’on joue tout le temps, genre « Flavor », on les a un peu mis de côté. On joue par exemple « Bees And Butterflies » qui est l’une de nos toutes premières chansons, qui est finalement très post-adolescente. C’est assez marrant de retravailler ce genre de titres…

À propos justement de cette idée de « retravailler », est-ce que tu penses qu’il peut y avoir un processus de création dans la recréation ?

L. V. : Oui, bien sûr. La part créative d’un arrangement nouveau est réelle. Un morceau comme « Rorschach » par exemple est ici hyper synthétique, alors qu’à la base, c’est un morceau voix + guitare…On a aussi essayé de donner un petit côté Calexico à « Misses », avec vibraphone et flûte, alors que bon, ça ne l’est pas franchement à la base…

Vous avez déjà choisi les morceaux que vous jouerez sur votre prochaine tournée ? Acoustique ou électrique ?

L. V. : Après la tournée acoustique, on va faire une longue pause, et enchaîner sur la préparation d’un prochain disque qui devrait être électrique. On s’est rendu compte tout de même que ces dates acoustiques fonctionnaient, qu’elles nous plaisaient, et elles mettent en avant des questions. Il y a peut-être un compromis à trouver entre les deux…


Girls In Hawaii, Hello Strange, 2014, Naïve

En concert à La Cigale le 17 novembre.

Visuel : © Sigurdur Gudmundsson

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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