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L’historien Zeev Sternhell, grande voix de la gauche israélienne, est mort à 85 ans

L’historien Zeev Sternhell, grande voix de la gauche israélienne, est mort à 85 ans

21 juin 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Survivant de l’Holocauste, vétéran de l’armée Israélienne, historien du fascisme et libre penseur protestataire, sa voix mettait sans répit en garde contre la menace de la fin de la démocratie en Israël. Il est décédé ce dimanche.

 

Le professeur Zeev Sternhell, politologue, figure éminente de la gauche israélienne, est décédé dimanche à l’âge de 85 ans, après la détérioration de son état suite à une opération. Sternhell était un écrivain, essayiste, chroniqueur, un critique de la droite en Israël comme dans le monde. Il était obsédé par la perspective de l’effondrement de la démocratie israélienne.

 

Zeev Sternhell  est né en 1935 à Przemysl, en Pologne. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il perd toute sa famille. Après la guerre, il est baptisé en Pologne et converti au christianisme par crainte d’une montée de l’antisémitisme dans le pays. En 1946, il émigre en France, où il acquiert une nouvelle identité, étudie la culture française et française, tout en laissant de côté ses origines polonaises et son catholicisme. À 13 ans, à la création de l’État, il décide d’immigrer en Israël.  

Sternhell est officier de la brigade Golani de l’armée israélienne et commandait un peloton lors de la campagne du Sinaï de 1956. Au cours de la guerre de Six jours de 1967, il est officier des opérations dans une division sidérurgique. Il sert lors de la première guerre du Liban en 1982.

Parallèlement il entame une brillante carrière universitaire. À partir des années 1980, ses livres ont changé la façon d’aborder la recherche sur le fascisme. Dans ses recherches, Sternhell a démontré que le fascisme était un problème culturel aux racines profondes et variées, une idéologie cohérente qui était le produit de changements sociaux et idéologiques que l’Europe a subis en cherchant des réponses que ni le libéralisme capitaliste ni le socialisme révolutionnaire n’avaient réussi à lui apporter Dans les années 1990, il entreprend des recherches sur un autre sujet brûlant : dans son livre Les mythes fondateurs d’Israël, Sternhell soutient que le principal objectif du mouvement sioniste était d’exercer un contrôle dans le pays plutôt que d’inculquer l’idéologie socialiste. Et dans son livre essentiel  La tradition anti-Lumières, il déchiffre l’histoire intellectuelle européenne comme une bataille entre deux types de modernité.  

En 2008, il reçoit le prix Israël. Pendant de nombreuses années, Sternhell a mis en garde contre l’effondrement de la démocratie israélienne. « Aucune société n’est génétiquement immunisée contre les phénomènes dont l’Europe a été victime. C’est la leçon historique de base de notre génération. » Au cours de ces décennies, il a exprimé son opposition aux colonies juives (un cancer), et à l’occupation militaire des territoires. En 2008, il est légèrement blessé par une bombe qui  explose à l’entrée de son domicile à Jérusalem, posée là par un terroriste juif. Au-delà de ses livres et des ses écrits nous garderons certainement de lui ces remarques mordantes  : 

« Je ne suis pas venu en Israël pour vivre dans un État binational ; si j’avais voulu vivre en minorité, j’aurais pu choisir des endroits où il est à la fois plus agréable et plus sûr de vivre en minorité. Mais je ne suis pas non plus venu en Israël pour être un dirigeant colonial.  Je veux savoir que lorsque je partirai, mes filles et mes petites-filles continueront à vivre une vie normale ici. C’est tout ce que nous voulions. Mais aujourd’hui, je ne vois pas cette vie normale comme assurée. Je ne vois pas l’avenir de mes filles et petites-filles comme assuré. Et cela me hante vraiment. Ce qui me hante, c’est de savoir que ce qui existe aujourd’hui risque de s’effondrer demain ». 

Il laisse derrière lui son épouse, Ziva, maître de conférences en architecture, ainsi que deux filles, dont l’historienne Yaël Sternhell.

 

crédit photos : Wikipédia

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

One thought on “L’historien Zeev Sternhell, grande voix de la gauche israélienne, est mort à 85 ans”

Commentaire(s)

  • luc nemeth

    Bonjour.
    Une notice nécrologique ne peut jamais « tout » dire mais celle-ci me paraît trop discrète sur la fermeté de Sternhell face aux triomphantes nullités (autant dire : Sciences-Po, Sciences-Po et encore Sciences-Po) qui en France et dans une choquante indifférence ont réussi à prendre le contrôle du terrain…
    Cordialement

    juin 29, 2020 at 12 h 21 min

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