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Le monde de la nuit: la nouvelle Atlantide

Le monde de la nuit: la nouvelle Atlantide

29 janvier 2021 | PAR Lise Ripoche

Evoquée par Platon, l’Atlantide est une cité mythique, qui se serait abîmée dans la mer suite à une défaite. Elle demeure l’image d’une civilisation et d’un monde engloutie, dont la tragique disparition ne cesse de hanter les récits. Aujourd’hui, le monde de la nuit est-il en train de devenir une nouvelle Atlantide ? 

 

Le naufrage

La triste nouvelle, au début de cette année de la fermeture définitive du dancing mythique Le Tango, avait rendu soudainement très concrètes les conséquences de ce contexte sanitaire. Si l’on peinait encore à mesurer pleinement l’impact que pourraient avoir les mesures de restrictions liées à la crise sanitaire, on savait pourtant que le pire certainement était à redouter. Selon le Syndicat des discothèques et des lieux de loisirs, 430 établissements seraient actuellement en redressement fiscal. A terme, ce serait plus de 30% de ces lieux qui seraient condamnés. Les aides demeurent insuffisantes à maintenir à flot ces lieux désertés. Fermés depuis le premier confinement, cela fait plus d’un an que les discothèques, les clubs, les boîtes, de toutes générations et de toutes sortes n’accueillent plus personne. L’absence de perspectives a raison des espoirs les plus tenaces, et poussent certains, essoufflés et sans plus de ressources à abandonner. 

Ce que les chiffres confirme est cette impression glaçante de voir un univers disparaître, presque silencieusement. Un à un les lieux mettent la clef sous la porte, sans personne pour venir célébrer comme il se doit la fin d’un monde. Un monde dans lequel il était possible de danser ensemble, de chanter toujours moins fort que la musique, de renverser son verre sur des étrangers et parfois de s’embrasser à pleine bouche dans le noir les yeux fermés. Un monde dans lequel les sols collent et les lumières ne sont pas celles blafardes des bureaux. 

 

Témoignage

Ce monde là, c’est encore ceux qui l’aiment qui en parle le mieux. Ju travaillait dans un club nantais:

 » Dans un mois et demi cela fera un an que mes week-ends ne débutent plus par un gong retentissant le vendredi, amenant des danses endiablées jusqu’au petit matin, pour encore mieux recommencer le samedi soir. Un an que je ne nettoie plus les toilettes de ce club techno nantais qui était ma seconde maison. Mon poste je l’ai aimé, j’étais au cœur de la liesse, spectateur des gens qui laissent leur costume de semaine au vestiaire pour se montrer tel.le.s qu’elles/ils sont; la nuit libératrice. Les coups d’œil complices, les rires, les vrombissements des enceintes, l’énergie de la nuit me manquent. L’arrêt était brutal, et la frustration est immense face à l’afflux de gens dans des centres commerciaux et ailleurs… Je ne comprends pas. La fête a été condamnée, jugée « non essentielle » dès le début de la pandémie, mais pourtant la fête est nécessaire, c’est un exutoire pour beaucoup de gens, moi y compris, une façon de s’affranchir des règles et des problèmes du monde extérieur pour partager le moment présent. J’espère que l’on pourra à nouveau aller en club, rencontrer des gens que l’on ne connait pas pour une minute, une heure ou une nuit, que l’on pourra sentir la musique et la chaleur des gens qui dansent autour de nous… Malheureusement rien de cela n’est encore certain, en attendant parfois je mets la musique à fond dans mon casque, je ferme les yeux et j’essaie de me souvenir.  » 

Visuel : Laetitia Larralde

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Lise Ripoche

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