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Des Chiffres et des Lettres: La Brigade financière au Musée des Manuscrits

Des Chiffres et des Lettres: La Brigade financière au Musée des Manuscrits

21 novembre 2014 | PAR Marie-Lucie Walch

Coup dur pour l‘institut des Lettres et Manuscrits. Mardi 18 novembre, une perquisition a eu lieu au 21 rue de l’Université dans le 7ème arrondissement, tandis  que Le Point publiait en exclusivité les dessous de l’affaire.

Ils étaient une dizaine. Envoyés par la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE), des enquêteurs ont organisé des fouilles dans les luxueux appartements du Musée des Lettres et des Manuscrits, mais aussi nous l’apprend Libération, chez les courtiers de la société Aristophil, à Lyon et Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes). La BRDE avait en effet des soupçons concernant des transactions financières non déclarées à propos de manuscrits, ainsi que de potentiels complices de ces opérations frauduleuses. Ce n’est pas la première fois que le collectionneur et directeur de la prestigieuse institution, Gérard Lhéritier, subit de telles actions. Le Parisien rappelle qu’en 1990, il était déjà au centre d’un scandale financier, celui des « timbres rares monégasques« . A ce moment là, il avait vendu 1000F des timbres qui ne lui en avaient coûté que 400, promettant aux acheteurs un placement à 15% par an. Or, ces fonds auraient été détournés au profit de hauts fonctionnaires et de personnalités françaises. Face aux mêmes accusations qu’il y a dix ans, l’homme d’affaire érudit a pleine confiance en la Justice, et plaide non-coupable.

L’affaire pointe à nouveau du doigts les problématiques que soulève la société Aristophil qui possède l’Institut. Fondée en 1990, elle incite ses clients « à placer leur argent non pas dans des actions ou des obligations, mais dans des lettres et manuscrits anciens ». A partir de là, le marché des documents dépend de la communication d’Aristophil aux acheteurs. Il est donc difficile « de savoir si le marché des manuscrits est réellement en plein boom ou si la hausse est auto-entretenue par Aristophil ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que Gérard Lhéritier a le sens du commerce. Sa société a acheté en moins de 7 ans, plusieurs originaux, et le plus souvent, à un prix inférieur à leur estimation initiale. C’est ainsi que, en 2012, la lettre adressée à Emile Bernard et écrite par les peintres Van Gogh et Gauguin leur a été acquis pour 462 500 euros alors qu’elle était estimée entre 350 000 et 500 000 euros. Assurément, cet ancien assureur connait les rouages de l’administration économique française, et a une audace sans nom. Après avoir été blanchi en 2005 de la précédente « embrouille », il avait publié un livre témoignant de son expérience (Intime Corruption), et avait même créé le Prix Comte de Monte-Cristo qui « récompense chaque année une œuvre littéraire biographique qui relate une histoire personnelle retraçant le parcours d’une injustice judiciaire ».

Sa dernière acquisition, le manuscrit des Cent vingts journées de Sodome qui a longtemps été considéré comme polémique, fait l’objet d’une exposition. Une mise en abyme pertinente?

Sade, marquis de l’ombre, Prince des lumières à l’Institut des Lettres et ManuscritsDu 26 Septembre 2014 au 18 Janvier 2015, 10h-19h du mardi au dimanche, nocturne jeudis jusqu’à 21h30. Tarif: 5€.

Visuels: Captures d’écran de la Présentation de la société Aristophil sur Youtube

© Chaîne Aristophil

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One thought on “Des Chiffres et des Lettres: La Brigade financière au Musée des Manuscrits”

Commentaire(s)

  • Antoine Böhm

    « Le moins que l’on puisse dire, c’est que Gérard Lhéritier a le sens du commerce. »
    A tel point qu’il est attaqué pour des irrégularités et des mouvements suspects d’argent. Rien sur le système Ponzi mis en place, la dérégulation des marchés, la spéculation, l’exonération fiscale dont il bénéficie, le fait qu’Aristophil ne soit pas un établissement financier, et échappe en ce sens à l’obligation de trésorerie, etc. ?

    Quant à la dernière phrase, vous entendez quoi exactement par « mise en abyme pertinente » ?

    novembre 23, 2014 at 8 h 20 min

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