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Centre Pompidou : rupture avec l’oligarque russe Vladimir Potanine ?

Centre Pompidou : rupture avec l’oligarque russe Vladimir Potanine ?

13 mai 2022 | PAR Capucine De Montaudry

Les financements privés fournis au musée Georges Pompidou par la fondation de Vladimir Potanine, deuxième fortune de Russie, ont été suspendus. La collaboration mise en place depuis 2015 suscite aujourd’hui l’embarras. Deux postures en contradiction : maintenir la communication culturelle coûte que coûte ou témoigner d’un soutien sans faille envers l’Ukraine ? 

Septembre 2016-mars 2017 : l’exposition « Kollektsia ! Art contemporain en URSS et en Russie. 1950-2000 » est le premier événement né de la collaboration entre le Centre Pompidou et la fondation de Vladimir Potanine. Près de 250 donations privées ont été faites au musée dans le cadre de ce programme. Elles sont maintenant au nombre de 550, tandis que le total du financement apporté par la Fondation Vladimir Potanine s’élève à 1,3 millions d’euros. Aujourd’hui le Centre Pompidou choisit de suspendre ses relations avec l’oligarque russe. 

Histoire d’une amitié franco-russe

Tout commence lorsque Bill Gates et Warren Buffet lancent un appel aux grandes fortunes du monde en faveur des actions caritatives. Le francophile Vladimir Potanine, deuxième fortune de Russie et proche du pouvoir depuis la fin de l’URSS, y répond favorablement. Il a créé la Fondation Vladimir Potanine en 1999, et dès 2015 les curateurs Nicolas Iljine et Olga Sviblova entrent en contact avec le Centre Pompidou. Pas de projet précis à l’origine, mais une volonté de collaborer. Ils entament leur travail avec Bernard Blistène et Nicolas Liucci-Goutnikov. 

L’exposition « Kollektsia ! » est ainsi le premier accomplissement de ce travail. Il s’agit de représenter l’art non-officiel russe et soviétique. La directrice de la Fondation Vladimir Potanine, Olga Oracheva, explique que le don des œuvres exposées relève d’une volonté de représenter la Russie à l’étranger. Pourtant, lorsque le ministre de la Culture de l’époque, Vladimir Medenski, se rend à l’exposition, il demeure sceptique sur la valeur artistique de ces acquisitions. Il qualifie en effet l’art contemporain de « barbouillé », de « froissé » et d' »incompréhensible ». Potanine, lui, demeure très discret et ne s’est jamais prononcé sur les artistes exposés, pas plus qu’il ne s’y est opposé. 

Les relations entre la Fondation  et le Centre Pompidou semblent donc indépendantes du softpower russe. À partir de début 2017, les liens s’approfondissent avec l’organisation de conférences, de publications et de programmes d’échange entre jeunes curateurs. Or aujourd’hui la guerre en Ukraine met leurs relations en péril. 

Du point de vue de la Russie 

En janvier 2020, Vladimir Medinsky, aujourd’hui membre de la délégation diplomatique chargée de négocier avec l’Ukraine, a laissé place à Olga Lioubimova. Le contraste est vif avec la censure abondamment pratiquée par son prédécesseur. Une interview du 28 septembre 2021 avec Jean-Marc Sylvestre témoigne de ses valeurs humanistes. Elle est alors présente à l’inauguration de l’exposition Morozov à la fondation Louis Vuitton : des œuvres d’artistes impressionnistes français ont été prêtées à la fondation. L’événement est réputé pour témoigner de l’amitié franco-russe. Vladimir Poutine et Emmanuel Macron ont eux-mêmes préfacé cette exposition. 

Olga Lioubimova défend une logique de partage et de collaboration avec l’étranger. Elle fait notamment référence à Malraux, qui considère la culture comme un facteur fondateur des relations entre les peuples. Pour elle cette communication devrait être permanente, même dans les périodes plus difficiles. L’exposition de la collection Morozov et la collaboration du le Centre Pompidou avec la Fondation Vladimir Potanine ont ainsi une forte valeur symbolique. 

Continuer la collaboration ? La décision du Centre Pompidou

Continuer ou non de collaborer avec la Fondation Vladimir Potanine est donc un problème complexe. D’une part, les artistes représentés sont non-officiels et relativement indépendants du softpower russe. D’autre part, Vladimir Potanine soutient implicitement Poutine et l’invasion de l’Ukraine. Faut-il défendre, à l’instar d’Olga Lioubimova, la communication culturelle entre les peuples ? Mais peut-on avec bonne conscience garder des liens de proximité avec un collaborateur du pouvoir russe ? D’autant plus que le Centre Pompidou a déclaré que « Potanine n’est pas venu […] avant 2018 […] et personne au centre Pompidou  ne l’a rencontré avant cette date. La Fondation n’a pas interféré dans la construction du projet artistique et le choix des œuvres. »

La décision a été radicale. « Le Centre Pompidou a immédiatement décidé de suspendre le financement , ce qui est conforme aux directives gouvernementales et européennes« , nous a expliqué le service de presse (joint par mail) : « nous nous sommes contentés d’aviser les différentes partis prenantes ». Plus aucun contact avec la Fondation Vladimir Potanine donc. 

Visuel : logo du Centre Pompidou. 

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Capucine De Montaudry

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