Heroes, séquence dansée au Centquatre

20 mars 2017 Par
Bénédicte Gattère
| 0 commentaires

Le Centquatre est le lieu par excellence de la danse hip-hop à Paris. Il est surtout vu comme espace d’entraînement par les danseurs : c’est cette dimension du training à plusieurs que choisit d’évoquer le chorégraphe Radhouane El Meddeb dans Heroes. 

el-meddeb

La pièce Heroes trouve son origine dans une commande pour la manifestation « Monuments en mouvement » qui a pour but d’offrir à des chorégraphes de renom –telle Carolyn Carlson –des espaces de représentation inhabituels ; les spectacles sont joués dans le cadre de sites ou bâtiments patrimoniaux afin de les rendre en retour plus « vivants ». Heroes, prélude a ainsi été exécuté au Panthéon en avril dernier.

Pour le Centquatre, El Meddeb en propose une version plus élaborée. Il a gardé neuf de ses dix danseurs, toujours en justaucorps flashy. Un solo ouvre le bal puis les corps se rapprochent, s’observent, se jaugent, s’imitent ou se confrontent dans une dynamique de groupe. Chaque danseur a une place spécifique au sein de cet ensemble mais tous se répondent en écho à un même rythme, imposé par  la musique. Un épuisement du geste se fait jour chez chacun d’entre eux. La recherche de la justesse dans le mouvement s’élabore sous nos yeux. D’esquisse, elle devient tableau vivant sans cesse recomposé. Comme le décrit le chorégraphe tunisien, il est question « dans cette fièvre », de faire voir « la trace d’une faim dévorante », de « dévorer la danse sans trêve ».

C’est de cette fièvre dont nous avons été témoins en tant que spectateurs faisant la queue pour le spectacle donné en salle 400… On répète avec obstination dans les espaces ouverts à tous du Centquatre, pour s’améliorer, en vue d’un spectacle peut-être… On s’épuise et surgit la grâce d’un déhanché ou d’un mouvement du bras dans la continuité des gestes saccadés. Un instant et la beauté est en suspension, fugitive, prête à être rattrapée, sans cesse. Tout ce dynamisme un peu brut et certes imparfait, nous n’en n’avons pas réellement retrouvé la teneur dans la pièce de Radhouane El  Meddeb. En effet, Heroes pêche par un manque d’énergie durant les deux premiers tiers du spectacle. Et quand la musique fait s’envoler les danseurs durant la dernière partie, l’attention du public s’est émoussée.

De manière générale, on regrette ici une vision du hip-hop relativement lisse, qui se rapproche un peu trop à notre goût de la scène de la danse contemporaine établie. Ce type de spectacle donne l’impression qu’afin d’être légitime, il s’agit plus de faire du Merce Cunningham que d’accueillir toutes les techniques propres au hip-hop, comme le popping ou le locking, telles qu’elles sont pratiquées par les visiteurs du lieu. Alors que la pièce avait pour projet de rendre palpable cette réalité du Centquatre, il semblerait plutôt qu’elle échoue à en faire sentir toute l’intensité.

Cette création est présentée au sein du festival Séquence Danse, qui se poursuit jusqu’au 9 avril.


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *