« C’est tout à fait possible », Valli nostalgique, Thomasset radical,(LA)Horde hypnotique

4 février 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Le festival de danse Faits d’hiver propose ce soir à la MPAA Saint Germain un trio de chorégraphes très pointu et de façon exponentielle avec comme fil conducteur le handicap.

Note de la rédaction :

Perrine Valli est la première à présenter sa forme courte La chaise humaine. Magali Saby se balance sur une balançoire au centre d’un plateau ponctué de chaises à accoudoirs. Un texte de Ranpo Edogawa aux accents fantastiques à la façon d’un Théophile Gautier nous raconte l’histoire d’une femme qui se dit laide et qui veut se fondre dans le cuir. Elle disparaît, devient le fauteuil, dans une allégorie de désir. Magali Saby est handicapée, elle ne peut pas marcher. En duo avec Ariel Martinez, elle va danser. Les chaises seront les appuis manquants et les corps se glisseront au sol. La performance se fait lente dans un geste qui dit la douleur en la soulignant trop, ici, nous sommes dans l’illustration du handicap. La chaise humaine est un acte beau mais qui ne transcende pas son sujet.

A la Chaise humaine succède le travail de Vincent Thomasset, Lila. Le metteur en scène et chorégraphe est désormais un « nom ». Ses spectacles ont été montrés à La Ménagerie de Verre ou au Festival d’Automne. Il bosse la question de la perception depuis longtemps, celle de l’audition en particulier. Récemment il mettait en scène les Lettres de non motivation de Previeux dans un éclat de rire. Thomasset sait faire cela, il sait faire du grand spectacle sans en avoir l’air. Ici, un exercice de voix nous embarque dans une espèce de méthode Assimil pour apprendre le français, à moins que ce ne soit un jeu pour enfant. La voix est métallique, hachée, comme le sont les gestes empêchés de Lila Derridji coincée sur son fauteuil. Et puis elle va glisser, danser, et contrairement à la première performance, elle  ne va chercher ni l’esthétisme ni l’émotion. En pliant, et montrant le dos elle offre des pas qui en sont dans une radicalité glaciale non dénuée d’humour; le tout sous le regard et la démarche un peu étonnée de Thomasset.

 

La soirée se termine par Night Owl de (LA) Horde. Ce collectif désormais composé de trois artistes, Martine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel se passionne depuis le début pour les bords de falaises. On les a vu bosser avec des vieux, on les a vu animer des ateliers pour les ados au Studio 13/16 de Beaubourg. Ils sont curieux, inventifs et absolument connectés à leur époque. Ici, ils nous amènent sur un dance floor où tous sont aveugles. Un DJ balance du son, de la techno pure. Il est accompagné de deux autres musiciens. Sur le plateau cinq danseurs et deux chiens vont se mouvoir. L’un d’entre eux danse à fond. Les autres agissent comme dans un défilé de mode. Les lignes des costumes prêtés par Julian Zigerli et Drône font penser aux lignes médicales de Comme des Garçons, Margiela et Calvin Klein à la fin du siècle dernier. Fin de siècle. La formule semble juste ici, tant la sensation de Rave est là, tant ils arrivent en 30 minutes à nous faire croire qu’une nuit entière est passée dans cette boite et que le jour a du se lever sans qu’on le voit. Les danseurs ne se voient pas, leur pas sont donc séparés de toute interaction. Seul le rythme compte ici et leurs images qui reflètent la lumière sont le signe une nouvelle fois que la danse et les arts plastiques sont un couple qui fonctionne toujours à merveille.

Photo : © Xavier Samré


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