La Nuit transfigurée resserée d’Anne Teresa de Keersmaeker

11 juin 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Le Théâtre de la Ville accueille, enfin doit-on dire, La V2 de La Nuit Transfigurée de l’incontournable Anne Teresa de Keersmaeker qui faisait en juillet dernier l’ouverture du Festival de Marseille. Elle présente ici la forme courte de ce spectacle créé en 1995 à l’Opéra de Bruxelles, et présenté sous la même forme à Garnier en 2015. Un spectacle qui témoigne que la passion qui relie la chorégraphe flamande à la musique.

Cette pièce étonne dans la grammaire keersmaekeriene. Anne Teresa parle d’amour… La Nuit transfigurée est une oeuvre de jeunesse composée par Arnold Schönberg. La petite histoire raconte que le compositeur a écrit cette pièce pour sextuor à cordes pour sa fiancée qui deviendra sa femme. La réécriture de La Nuit Transfigurée dans une version resserrée date de 2015, vingt ans après la création, comme si il y avait cette volonté de coller au siècle dans un épurement. De Keersmaeker ici élague pour ne garder que l’essentiel.

Il s’agit de faire sienne l’histoire sans chercher à expliquer. De façon plus monumental, c’est ce que traduisent des pièces comme Golden Hours (As you like it) ou Die Weise von Liebe und Tod, deux spectacles ayant pour objet la traduction non littérale d’un mot en geste. Ici, c’est l’histoire d’un adultère. Dans ce poème de Richard Dehmel, une femme avoue à son amant qu’elle attend un enfant d’un autre.

Cette pièce délicieuse est à voir comme une contrepèterie dans la carrière si radicale de la dame. Ils sont trois en alternance :  Samantha van Wissen, Cynthia loemiji, Nordine Benchorf, Igor Shyshko et Mark Lorimer. Un trio composé d’une fille et de deux garçons.

Le ton est lyrique même si comme elle l’a fait dans Partita 2, la danse se consomme en silence. Pourtant le récit est là digne des feux de l’amour. Elle en petite robe rose à fleurs, eux en costard. Les pas des mecs sont guerriers faits de pliés ouverts en deuxième. Il y a rapidement des courses dramatiques. Des mains cachent le visage. Les portés se font souvent sans élan et les corps se cabrent.

Le trio devient vite duo. Elle a choisi mais elle doit le convaincre.

La musique arrive et apporte encore plus de tragique au tragique. Les amoureux de la raideur habituelle des spectacles de la chorégraphes seront déroutés, mais si ils acceptent ce pied de nez, ils riront face à des scènes d’amour figuratives à souhait.

Sur l’immense plateau vide du théâtre de la Ville juste baigné par un halo blafard, la love affair gagne sa place. Les gestes fluides sont rattrapés par des à-coups, et des arrêts qui nous rappellent que nous ne sommes pas ici dans un spectacle juste joli.

Les danseurs démontrent une technique parfaite, devant ici subir les assauts des ruptures de rythme et de style.

Un bonbon à déguster rapidement au théâtre de la Ville. Il reste de la place.

 Visuel : ©Anne Van Aerschot


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