Les disques classiques et lyriques du mois de mars 2018

30 mars 2018 Par
La Rédaction
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Qui dit printemps, ne dit pas forcément soleil, en revanche, côté musique, il y a renaissances et profusion. Voici les disques qui nous ont accompagnés ce moins de mars, dans l’harmonie et la joie.


Par Victoria Okada et Yaël Hirsch

1. Musique Baroque et Ancienne

sollazzo parle-qui-veutMusiques médiévales par Sollazzo Ensemble
Fondé à Bâle en 2014, Sollazzo Ensemble rassemble des musiciens passionnés par les répertoires du Moyen-Âge et de la Renaissance. La même année, il est sélectionné pour le programme EEEmerging bénéficie de résidences artistiques intensives à travers l’Europe. Lauréat du York Early Music International Young Artists Competition en 2015, l’Ensemble a publié récemment deux albums. Le premier, « En seumeillant : Dreams and visions in the Middle Ages » propose des escapades imaginaires mises en musique : Rêveries, fantaisies, transes, visions ou cauchemars… de l’Italie du 13e siècle à la France au début du 15e siècle. Le seconde, « Parle qui veut : Moralizing songs of the Middle Ages » réunit des compositeurs français et italiens du 14e siècle qui se trouvent essentiellement dans le Codex Squarcialupi. Ici, l’Art subtilior de l’Italie du Nord et des « cansos » (chansons) plus intériorisées de France sont magnifiquement déployés par les chanteurs Perrine Devillers, Yukie Sato,et Vivien Simon, accompagnés de vielles (Anna Danilevskaia, direction, et Sophia Danilevskaia) et de harpe (Vincent Kibildis).

Sollazzo Ensemble : Dreams and visions in the Middle Ages, 1CD Ambronay : AMY 309, 62’34
Parle qui veut, Moralizing songs of the Middle Ages, 1CD LINN : CKD529, 46′ V.O.

Jeux d’influences à Venise
Véritable plongée dans la musique baroque vénitienne du 18e siècle, L’estro Vivaldiano dresse un beau portrait d’influence du prêtre estroroux, Antonio Vivaldi (l’stro, c’est l’inspiration) : à la découverte de Gentili (1669-1730) que le jeune Vivaldi a secondé, Torelli (1658-1709) mais aussi Albinoni (1671-1751), Ziani (1653-1715) et Schreyfogel (1750), les cordes nous emportent dans un monde de fantaisie et de douceur. Un Canaletto en fond d’écran et c’est parti pour la lagune. Ensemble Mensa Sonora, Gabriel Grosbard, violon, Mathieu Boutineau, orgue, L’estro vivaldiano, Passacaille, 73’30, 17 euros. YH

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A la découverte du Clavecin de Elisabeth Jacquet de la Guerre

Appréciée par la Montespan, la fille de l’organiste de Saint-Louis en l’Île Elisabeth Jacquet de la Guerre (1665-1729) a composé des pièces pour clavecin qui n’ont rien eu à envier à Couperin. Ses « pièces de clavessin », aussi bien que ses cours parisiens étaient recherchés par la plus haute société. Une réussite féminine dans la Musique à laquelle Marie van Rhijn redonne vie en nous faisant entendre non seulement des extraits de deux livres de pièces pour clavecin, mais aussi des suites. Tout un univers d’harmonie s’ouvre à nous. Marie van Rhijn, Elisabeth Jacquet de la Guerre, L’inconstante, Evidence classics, 15 euros, sortie le 16 mars 2018. 66′. YH. 

duchessePour la Duchesse du Maine, l’ensemble La Française nous plonge dans la vie de cour du 18 e siècle
La Duchesse du Maine était la femme du fils légitimé de Louis XIV et de la Montespan. Dans son château de Sceau, elle a donné en 1714 et 1715 de Grandes Nuits de musique et de fête. Le Cd porté par les 5 membres de l’ensemble la Française donne à entendre la musique de la duchesse du Maine à travers le concert de chambre de Jean-Joseph Mouret, professeur de musique de enfants, et de deux cantates : Ariane par Thomas Louis Bourgeois et la sublime Medée de Nicolas Bernier, à o’origine notamment du recueil des « Nuits de Sceaux ». Un ensemble de musique baroque française très cohérent, solaire et très beau où culmine cette Médée à la fois tragique, mythique et passionné. Ensemble La Française, Aude Lestienne, traverso, Marie Remandet, chant, Shiho Ono, violon, Kazuya Gunji, clavecin, Jean-Baptiste Valfré, violoncelle, Pour la Duchesse du Maine, Polymnie, 11 euros.YH

Pièces de viole de Marin Marais par l’Ensemble La Rêveuse
marais-la-reveuseFlorence Bolton aborde enfin Marin Marais, rassemblant dans cet enregistrement des pièces de caractère. Mais quel caractère ! Son archet, tour à tour délicat, espiègle, mélancolique, violent…, dépeint la juste couleur proposée par chaque pièce qui porte un titre à une image évocatrice : Le Jeu du volant, Gavotte singulière, Fête champêtre, La Badinage, Rondeau Le Bijou… Dans son interprétation, on sent quelque chose de personnel, un ressenti profond ou un cri du cœur, peut-être lié à la vie de la musicienne, mais sublimé jusqu’à ce que cela devienne universel, si universel que forcément, son jeu touche la corde sensible de chacun. Formant un tandem idéal avec Benjamin Perrot (théorbe, guitare baroque), et accompagnée de Carsten Lohff (clavecin) et de Robin Pharo (basse de viole) selon les morceaux, Florence Bolton se montre extrêmement inventive dans les expressions : Le Jeu du volent qui vole de tous les côtés et La Rêveuse dans un quasi-état de trans statique plongé dans l’intérieur de soi-même, en sont les deux exemples extrêmes. Deux ingénieuses transcriptions pour le théorbe de Pièces de clavecin de François Couperin (Les Barricades mystérieuses et Le Dodo), par Benjamin Perrot, apportent un vent de fraîcheur.
Florence Bolton et l’Ensemble La Rêveuse, Pièces de violes de Marin Marais ; François Couperin (Les Barricades Mystérieuses, Le Dodo), 1CD Mirare, MIR386, 64’ V.O.

Atsushi Sakaï joue François Couperin
atsushi-sakaiMaître incontestable du clavecin, François Couperin (dont on fête 350 ans de la naissance cette année) a écrit aussi des pièces de viole, mais la paternité ne lui en est attribué que très récemment, du fait qu’à l’époque, seuls les violistes osaient se mettre à écrire de la musique pour leur instrument. Atsushi Sakai, violiste et violoncelliste omniprésent sur la scène baroque française, restant toutefois très discret pour le grand public, se lance dans l’interprétation de F. Couperin, selon lui le sommet de la musique française de son époque. Avec le claveciniste Christophe Rousset et les violistes Marion Martineau et Isabelle Saint-Yves, Atsushi Sakai crée un univers intime et personnel, tout en explorant le profondeur que recèlent les dernières œuvres du grand Couperin.
Atsushi Sakaï, Marion Martineau, Isabelle Saint-Yves, viole de gambe, Christophe Rousset, clavecin : œuvres de François Couperin et de Forqueray 1CD Aparté AP166, 62’57 V.O.

2. Piano(s) : Écoutes de rattrapage

ancelleArthur Ancelle bouleverse Haydn
L’autre moitié du duo Berlinskaïa (voir nos chroniques disques du mois de janvier) / Ancelle propose ce mois-ci une vision vibrante et personnelle de trois sonates de Haydn. L’enregistrement a eu lieu dans la grande salle du conservatoire de Moscou, le label est le mythique Melodiya et la composition des trois sonates n° 30 et 31 et la Sonate n° 62 en mi bémol majeur, s’étend sur plus de 40 ans. Choisissant le piano et décidé à nous convaincre de la créativité et du « fun » de Haydn, Arthur Ancelle interprète et déborde avec vivacité son sujet pour nous entraîner dans un flot de musique puissant et irrésistible. Arthur Ancelle, Haydn, 3 sonatas, Melodya, 69,25 ‘, Sortie le 30 mars, 16 euros. YH.

perahia-beethovenL’éternel retour de Murray Perahia dans Beethoven
Après de gros soucis de santé, le pianiste new-yorkais avait fait son retour au disque avec Bach et récemment à la scène. Il poursuit avec l’un de ses compositeurs de prédilection: Beethoven. Murray Perahia a choisi deux sonates emblématiques : la Hammerklavier op 106 et la Clair de lune op. 27/2 pour un album phare chez Deutsche Grammphon. Le disque est sorti début février mais nous l’aons couté tout le mois de mars, galvanisé par l’énergie du maestro, par son interprétation unique et forte qui s’apparente à un combat. Il y a quelque chose d’immémorial dans cette interprétation entre hier et aujourd’hui, tant et si bien qu’on croit entendre parfois l’épaisseur et les craquèlements du microsillon comme autant de fantômes magnifiques. Murray Perahia, Beethoven, Hammerklavier op 106, Sonatas, Clair de lune op. 27/2, Deutsche Grammophon, sortie le 9 février 2018. YH.

Jean-Baptiste Fonlupt, live recital au Festival L’Esprit du Piano

fonluptLe Festival L’Esprit du Piano à Bordeaux publie le quatrième disque de son propre Label. Il s’agit d’un récital de Jean-Baptiste Fonlupt, enregistré en directe lors de son concert au Festival, le 23 novembre 2016. Jean-Baptiste Fonlupt, pianiste français né en 1976, travaille avec Bruno Rigutto au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, ensuite avec Georges Pludermacher et Elisso Virssaladze, avant d’aller se perfectionner avec Michael Endres à Berlin. Peu connu en France, c’est un pianiste d’une virtuosité à couper le souffle et d’une musicalité qui coule de source, curieux de tout répertoire : Si son CD de Sonates de Carl Philipp Emanuel Bach a fait l’unanimité, il a créé à Caracas Anamorphoses de Joseph-François Kremer. Le présent disque qui réunit des chefs-d’œuvre du piano romantique, saisit d’emblée l’auditeur par sa fluidité et par sa liberté. Le degré de perfectionnement est tel que si on n’entendait pas d’applaudissements, il serait difficile de croire qu’il s’agit d’un concert devant un public… Il est urgent de découvrir ce pianiste absolument fabuleux. Jean-Baptiste Fonlupt, Chopin (Prélude en ut dièse mineur op. 45, Ballade n° 4) ; Schumann (Arabesque op. 18 ; Novellette en fa dièse mineur op. 21 n° 8) ; Liszt (Bénédiction de Dieu dans la solitude, Rhapsodie espagnole). Esprit du Piano : EDP04 (distribué par Socadisc), 69’09 V.O.

Les « Boys » ressuscités par Duo Jatekok

alpha-388_cover_itunes-768x768Le duo de pianistes Arthur Gold (1917-1990) et Robert Fizdale (1920-1995) connut une immense célébrité dans les années d’après guerre. Poulenc leur écrivit une pièce, ainsi que Darius Milhaud, Samuel Barber, Luciano Berio ou John Cage… Ils enregistrèrent avec Leonard Bernstein. Appelé « The Boys », ils parcourent le monde. Le Duo Jatekok (« Jeu » en hongrois, tiré d’un titre de Kurtag), formé par Adélaïde Panaget et Naïri Badal, rend hommage à ce tandem mythique avec un programme d’œuvres écrites pour eux, complété par Trois pièces de Baptiste Trotignon dont une est dédiée à Poulenc. Le jazzman a beaucoup apporté aux Jatekok dans la manière de jouer du jazz qui exige une technique assez différente du jeu classique. Le dynamisme et la joie de ces deux jeunes femmes sont contagieuses, et vous risquez de passer une journée ou une soirée (selon l’heure de votre écoute) en pleine forme !

Duo Jatekok, Baptiste Trotignon (Three pieces for two pianos), Francis Poulenc (Sonate pour deux pianos, élégie pour deux pianos), Dave Brubeck (Points on jazz for two pianos). 1 CD Alpha-Classics : ALPHA 388, 65’22 V.O.

Piet Kuijken sur pianoforte et piano moderne dans Beethoven
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Avouons que la photo de ce coffret fait peur ; elle ne correspond pas non plus aux belles musiques interprétées sur deux instruments (piano Steinway Hambourg de 2008 et pianoforte Tomkinson construit à Londres en 1808)… Ceci dit, la proposition du pianiste de confronter deux pianos, l’un d’époque du compositeur et l’autre moderne, révèle deux univers sonores fort différents et à ce titre, l’enregistrement attire une grande curiosité, notamment musicologique, dans l’ère de « l’interprétation historiquement informée » — même si l’interprétation relève toujours la question de goût et d’affinité personnels… Le CD 1 comprend notamment les Sonates « Pathétique », « A Thérèse » et op. 110, sur le pianoforte, et le CD 2, « Appassionata », op. 111 et des extraits des Bagatelles op. 119, sur le piano moderne. Grâce aux deux « bonus » à la fin de chaque disque avec l’autre piano, la comparaison sonore devient plus pertinente. Pour ceux qui n’ont jamais écouté la « Pathétique » sur un instrument d’époque, ses premiers accords peuvent provoquer un choc, tellement ils sonnent différemment… d’autant que l’interprétation tient bien compte, nous semble-t-il, de la spécificité des deux pianos.
Piet Kuijken, Pianoforte Tomkinson et piano Steinway, Beethoven : Sonates n° 8, 24, 31, 23, 32; Rondos op. 51 n° 1, 2; Andante favori ; Bagatelles op. 119. 2CD Fuga Libera : FUG 745, 78’00, 78’04 V.O.

Chopin par Tiberghien
tiberghienAprès les mazurkas, le pianiste Cédric Tiberghien continue le répertoire Chopin avec les fameux 24 préludes, qu’il fait suivre de la fameuse sonate n°2 célèbre pour son troisième mouvement de « marche funèbre » et du Scherzo n°2 en si bémol mineur. Ces pages mythiques, Tibergien les joue avec fluidité, maîtrise, légéreté et à temps, on dirait presque avec détachement Un Chopin aérien d’une précision intéressante à découvrir chez Hypérion. Cédric Tiberghien, Chopin, Préludes Sonata n°2  Scherzo n°2, Hyperion, 60’35,  Sortie novembre 2017. Y.H.

Les Barcarolles de Fauré, élégance et grâce
faure-barcarollesLes 13 Barcarolles, depuis la première en la mineur op. 26 de 1880 jusqu’à la dernière en ut majeur op. 116 composée en 1921, couvrent la totalité de la vie créatrice de Gabriel Fauré. On peut y suivre l’évolution de son style et même l’état de santé du compositeur (surtout de son ouïe). Si l’influence de Chopin est évidente dans les premières pièces, il s’en émancipe petit à petit et à partir de l’op. 66 (en fa dièse mineur), il y établit son univers avec des enchaînements harmoniques uniques, qui paraissent parfois singuliers, résultant d’une polyphonie proprement fauréenne. Billy Eidi met toutes ces lignes polyphoniques à leurs places, rendant le discours musical intelligible et agréable à l’écoute, ce qui n’est pas aussi aisé que l’on ne puisse imaginer pour ces partitions… Le pianiste produit une sonorité ouverte, inondée de lumière qui éclaire tout. C’est certainement l’une des clés de son interprétation. Une nouvelle référence pour l’œuvre pianistique de Fauré.
Billy Eidi, Fauré, les 13 Barcarolles, 1 CD Timpani Records, 61’04 V.O.

« Album d’un voyageur » raretés et transcriptions par Florian Noack
noack-album-d-un-voyageurLe jeune pianiste belge Florian Noack a tout l’air d’un OVNI. Extrêmement virtuose, il aurait pu se contenter de sa formidable capacité pianistique au service de Chopin, de Beethoven, de Rachmaninov et bien d’autres. Mais non contente du répertoire habituel, il déniche des partitions méconnues, voire totalement inconnues, et si cela lui tient au cœur, peu importe s’il est écrit pour le piano ! Car il a ce deuxième don, celui de transcripteur, digne d’un héritier de Franz Liszt. L’impossible semble ne pas exister dans son dictionnaire, il joue tout, et de façon vraiment rafraichissante et remarquable. Ainsi, près de la moitié de ce disque est remplie de ses transcriptions, premiers enregistrements mondiaux. À l’origine de ce voyage en musique, « la fascination et l’émerveillement que pouvaient exercer, lorsque j’étais enfant, les musiques évoquant des contrées lointaines » dit le pianiste. Puis, la lecture de La Musique au piano de Guy Sacre qui parlait de certains répertoires rares avec tant de conviction. Le livret (entretien avec Stéphane Friedrich) évoque en détail de ses trouvailles. La clarté des propos musicaux rend ses réécritures pourtant complexes bien intelligibles. Un pianiste atypique au talent surprenant.

Florian Noack, « Albun d’un voyageur ». Œuvres de Percy Grainger, Johannes Brahms, Sergueï Rachmaninov, Komitas, Edvard Grieg, Paul Ladrmirault, Franz Schubert, Leos Janacek, Joaquin Nin, Karol Szymanowski, Giuseppe Martucci. 1CD La Dolce Volta : LDV43, 66’37 V.O.

« Athanor » : Album Liszt de Beatrice Berrut
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C’est une histoire de coup de cœur. La pianiste suisse raconte à propos de Totentanz de Liszt :
« J’écoute cette œuvre en boucle depuis mon adolescence ! C’est un diamant brut absolument magnifique, qui nous fait passer par tous les états d’âmes. Je suis fascinée par Liszt. Il aime mettre en musique les profondeurs de l’humain : que choisir entre le bien et le mal ? » Beatrice Berrut associe à cette pièce hautement cinématographique (regardez le teaser !) et mystérieuse — elle a choisi d’intituler ce CD « Athanor », terme qui désigne en alchimie le fourneau à combustion prolongée permettant de réaliser la pierre pholosophale —, les deux concertos du même compositeur, qui font briller tous les talents de la pianiste. Son interprétation est dominée par une énergie débordante mais admirablement maîtrisée.

Beatrice Berrut, Czech National Symphony Orchestra,  Julien masmondet (direction) : « Athanor », Franz Liszt, Totentanz, Concertos pour piano n° 1 et 2. 1 CD Aparté. Sortie le 13 avril.
Concert de sortie : 13 avril 2018, 20h30 au Bal de la rue Blomet (33 rue Blomet Paris 15e) V.O.

3. Et quelques autres…

a. Deux incontournables enregistrements de Mahler

mahler-thielemanThielemann dans le Wunderhorn
Pour le 100e anniveraire de la mort de Gustav Mahler, en 2011, Christian Thielemann dirigeait le Münchner Philharmoniker dans ce que Mahler a transmis de la célèbre 10e symphonie inachevée. Enregistrée live en même temps qu’une version puissante du cycle de chants folklorique « Wunderhorn », chantés par le baryton Michael Volle, elle constitue une vision puissante et contrastée de l’art du maître viennois. Mahler, Wunderhorn-Lieder, Symphonie n°10 (Adagio) par Christian Thielemann, Münchner Philharmoniker, Br Classik/ Warner Classics, sortie le 9 mars 2018, 18 euros.YH.

Mariss Jansons dans la 7e
Une version inspirée d’une des trois grandes symphonies instrumentales de mahler-jansonsMahler, réputée pour ses bonds, ses contrastes et son modernisme que certains comparent déjà à la musique de Chostakovitch. A la direction du Royal Concertgebouw Orchestra le maestro letton Mariss Jansons fait la part belle à la maîtrise face aux éléments déchaînés de cette symphonie indomptable. Mahler, Symphonie n°7, Mariss Jansons, Royal Concertgebouw, RCO Live, 16/02/2018, 19 euros.  YH

Mitteleuropa

Bartok par Capuçon
Alors que sous sa direction, le Festival de Pâques d’Aix bat son plein, le nouvel album du violoniste français star s’attaque aux concertos de Bartok. C’est après avoir joué la sonate avec Argerich que Renaud Capuçon a voulu se plonger dans ces deux oeuvres qu’il interpréte à la fois avec intensité et langueur, avec le London Symphonic Orchestra dirigé par son chef d’orchestre invité principal : François-Xavier Roth. Bartok, Concertos, Renaud Capuçon, François-Xavier Roth, LSO, Warner Classics  23/03/2018, 17 euros. YH. 

 

Les quatuor à cordes de Smetana
Accomstring-quartets-smetanapagné par la pianiste Nathalia Milstein, le quatuor Prazak a gravé les deux quatuors (1876 et 1883) et le trio pour piano (1855) de leur compatriote Bedrich Smetana. Les quatuors forment une musique intime, à temps sombres, pleine de fantômes que Smetana a écrit quand il était déjà sourd, tandis que Milstein explose dans le romantique et claironnant concerto pour piano, empreint de lumière, de joie et de romantisme. Un disque habité, pour découvrir ou redécouvrir les mille nuances et couleurs folkloriques et amoureuses dans la musique de Smetana.
Smetana, Quatuors et Trio avec piano, Quatuor Prazak, Nathalia Milstein, Praga Digitals, 76.52, 13 euros. Parution le 13/01/2018. YH.


 

Bach, Cello, volume 2
Iandreyev-bachl y a peu, pour notre enquête sur le solo, la violoncelliste Elena Andreyev nous confiait « C’était le bon moment, je commençais à me sentir prête ». Entre la Bretagne et la Pologne, la musicienne des Arts Florissants et du trio AnPaPié a réussi ce graal : l’intégrale des suites de Bach. Après les 3 premières l’an dernier, le volume deux contient les 3 dernières, à la hauteur de toutes nos espérance, avec une douceur qui fait fleurès notamment dans la mythique sarabande de la 5e suite. Elena Andreyev, Jean-Sébastien Bach : Suites pour violoncelle seul Vol 2, Son an ero / Petit Festival, 08/02/2018, . YH.

Une messe pour notre temps : Bernstein
mass-bernsteinQuelle joie que de pouvoir retrouver à la Maison notre grande claque live du mois. L’Orchestre de Paris et Aedes nous ont bouleversé dans la Messe de Bernstein – dont on célèbre le centenaire- à la Philharmonie. L’on retrouve le même effet live dans l’enregistrement du Philadelphia Orchestra dirigé par Yannick Nézet-Séguin. la même révolte et la foi bigarrée dans le syncrétisme des genres musicaux. Le minimaliste « Our father » côtoie la kermesse brillante et bluezzy du « I believe in God ». Un monument de spiritualité. A noter : pour le Centenaire DG sort tout Bernstein en Cds… Bernstein, Mass, Philadelphia Orchestra, Yannick Nézet-Séguin, Kevin Vortmann, Deutsche Grammophon, 2CDS, 16/03/2018.YH.

George Crumb : Makrokosmos volumes I et II par Stéphanos Thomopoulos
thomopoulos-makrokosmosLe pianiste greco-français Stéphanos Thomopoulos est un véritable expérimentateur du piano. En quête perpétuelle de nouvelles possibilités sonores, il s’aventure dans un terrain peu exploré, ce qui fait de lui un musicien à démarche unique. Dans le cadre de la collection Printemps des Arts de Monte-Carlo, créée par Marc Monnet, directeur artistique du Festival du même nom, Thomopoulos publie un disque tout à fait à son image : 24 pièces de Makrokosmos de George Crumb, compositeur américain né en 1929. Sous-titré « Fantasy-Pieces after the Zodiac », le recueil, composé en 1972 pour piano amplifié, « représente […] dans la musique contemporaine l’une des rares tentatives suivies de synthèse entre (selon les propres termes de l’auteur) le « traditionnel » (clavier) et le « non-conventionnel » (à l’intérieur du piano) », explique le texte de Vincent Lajoinie dans le livret — qui comprend d’ailleurs des analyses intéressantes de pièces, avec quelques extraits de la partition très graphique. À l’écoute de ce disque, on sent pleinement l’investissement, physique et… vocale, de Stephanos Thomopoulos comme « performeur musical » en mouvement. Et cela est d’autant plus réjouissant quand on sait que la musique et toute autre forme d’art se créent toujours dans un dynamisme de renouvellement !
Stéphanos Thomopoulos, Makrokosmos volumes I et II de George Crumb, Printemps des Arts de Monte-Carlo : PRI 025, 61’11 V.O.

Quatuors de Schumann, servis frais par le Quatuor Modigliani
modigliani-schumannDéjà 15 ans ! Créé en 2003 au Conservatoire de Paris, le Quatuor Modigliani est devenu une formation incontournable de musique de chambre sur le plan international. Pour ses 15 ans, les musiciens reviennent à un compositeur de la première heure : Schumann. En effet, ils ont inauguré en mars 2006 leur discographie avec le Quatuor op. 41 n° 1 de Schumann, qui comprenait également Wolf et Mendelssohn. Plus de 10 ans plus tard (l’enregistrement date d’avril 2017), leur amour pour cette musique semble intact. Dominé par un romantisme terre à terre sans se perdre dans une grandiloquence, leur jeu met en valeur des rythmes obsessionnels de scherzo, des phrases à grand haleine de mouvements lents, des tempos en avant, une épaisseur harmonique et même de l’humour, dans un dialogue constamment renouvelé. Les instruments trouvent leurs échos les uns auprès des autres, en une heureuse connexion entre eux. Un disque bonheur.
Quatuor Modigliani, Robert Schumann, Quatuors à cordes op. 41. 1 CD Mirare, MIR 346, 79′ V.O.