Une Odyssée, un père, un fils une épopée de Daniel Mendelsohn

10 septembre 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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A la manière d’un Philip Roth avec Patrimoine une histoire vraie, Daniel Mendelsohn interroge son père, sa vie, la sienne, la transmission et la question de l’origine, en substrat l’Odyssée d’Homère. Une Odyssée, un père un fils une épopée chez Flammarion sort le 13 Septembre.

9782081240926

Daniel, le fils écrit et son roman commence ainsi :

« Par un soir de janvier, il y a quelques années, juste avant le début du semestre de printemps au cours duquel je devais enseigner un séminaire de licence 1 sur l’Odyssée, mon père chercheur scientifique à la retraite alors âgé de quatre-vingt-un ans m’a demandé pour des raisons que je pensais comprendre à l’époque s’il pouvait assister à mon cours, et j’ai dit oui. »

Daniel, le fils est anxieux et il a des bonnes raisons de se sentir anxieux; le père a peu de respect pour Homère, à qui il reproche de ne pas être un héros, car il pleure (Daniel se souvient qu’enfant il ne laissait jamais son père le voir pleurer), à qui il reproche aussi d’avoir bien facilement trompé sa femme.

On l’a compris; les chants d’Homère vont ainsi servir de tiers dans la relation entre le père et le fils, vont devenir sujets de discussion, de querelles entre les deux hommes. Métaphoriquement. Le roman est un livre sur les pères et leurs fils. C’est aussi un livre sur les classiques. C’est un livre sur la difficulté parfois d’être le fils de son père surtout lorsque celui-ci est dur, rigoureux et intraitable et que celui là est sensible, gay, et pas particulièrement bon en mathématiques.

Père et fils s’embarquent dans une croisière à thème en méditerranée Quand ils rentrent de leur croisière autour de Homère le père tombe malade, occasion, à l’instar du roman de Roth d’autres mises au point, d’autres explorations cette fois intellectuelles.

A l’image de la structure du poème d’Homère, le récit circule entre les époques, renvoie souvent à des événements antérieurs dans la vie des personnages. Daniel Mendelsohn intrique son présent, son passé et le passé de son père. De ces cercles et de cette archéologie intime trempée dans l’antiquité grecque émerge la vérité, ce sujet  qui depuis Les Disparus occupe l’auteur.

Le lecteur voyage entre toutes ses strates, tous ses niveaux et tous ses temps logiques, sans se perdre. Ce voyage procure pour cela et par instants un plaisir de lecture. Le livre est accompli courageux et érudit. Toutefois l’absolu besoin de l’universitaire de pousser chaque argument, de disséquer, d’argumenter au plus près du texte chaque leçon d’antiquité grecque dilue le propos. La tendresse pour le père qui va mourir ne s’entend pas ou peu noyée dans le cours magistral et l’encyclopédisme du Professeur Mendelssohn.

Daniel Mendelsohn, Une Odyssée, Un père, un fils, une épopée, Traduction (Anglais) : Isabelle Taudière, Clotilde Meyer, Flammarion, Hors collection – Littérature étrangère, À paraître le 13/09/2017, 432 pages