The Long Excuse: c’est quoi l’excuse ?

26 octobre 2017 Par
Guillaume Laguinier
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En donnant à son personnage principal, un homme qui reste stoïque après le décès de sa femme, des contours de caractères trop stéréotypés, Miwa Nishikawa fait de The Long Excuse une dissection psychologique en forme de plaidoyer social trop évident.

excuse

Vit on toujours, alors que 2018 approche, autour d’une lecture du caractère humain qui voit, comme une ultime retombée marxiste dans les mœurs, le riche être forcément un salaud, le pauvre un humaniste ? Faut il toujours, dans cette même époque, que la rédemption chez l’adulte passe par l’innocence chez l’enfant ?

Car  enfin, comment lire autrement entre les lignes de ce The Long Excuse de Miwa Nishikawa, proposé dans les salles françaises le 29 novembre? Une histoire de classe sociale déguisée en lent apprentissage de la compassion, dans laquelle s’affronte deux idéaux. Les riches contre les pauvres. Les riches, comme Sachio (Masahiro Motoki), un romancier auréolé de succès, habitent dans de beaux appartements, trompent leurs épouses, et portent des complets soignés. Les pauvres, à l’image de Yoichi (Pistol Takehara), vivent dans des deux pièces étriquées avec leur famille nombreuse et leurs adorables garnements qu’ils ne voient pas suffisamment, trop occupés dans des activités professionnelles où les 35 heures n’existent pas. Quand les épouses respectives de ces deux hommes perdent la vie lors d’un accident de car, leur destin se lient. Sachio demeure froid et imperturbable, Yoichi, à vif, éclate en sanglot.

Alors d’accord, il n’y a peut-être pas de 35 heures au Japon. D’accord, il fallait bien un support scénaristique pour porter cette dissection du deuil, de  la manière de vivre son trouble et du rapport aux autres. Reconnaissons mêmes d’habiles choix de mise en scène : le refus du flash-back montre un gout certain de la construction. On retrouve, dans une certaine mesure, la poésie qui fait le charme et le succès du cinéma asiatique dans l’hexagone. Mais ce trop peu de nuances exploitées dans le caractère des uns et des autres donne le sentiment d’une analyse sans substance. Les personnages, trop fidèles à leur modèle, sociaux là encore, laissent peu de place à l’empathie. Entre portrait du deuil, manifeste pour une vie humble et altruiste,  reposant encore et toujours sur la bonne vieille cellule familiale inébranlable, seul cercle semble t-il, qui autorise l’épanouissement personnel, le film lance trop de pistes qu’il peine à approfondir, et multiplie les caricatures.