Sortie Ciné : Home, leçon d’image

29 octobre 2008 Par loic | 0 commentaires

homeHome est un film particulièrement insolite sur la vie d’une famille qui habite une maison au bord d’une quatre voies abandonnée. L’ouverture de l’autoroute va bouleverser la vie de famille. Ce qui pourrait être un sujet de société banal (faut-il vivre en retrait de la société ?) devient un drame intimiste où la cinéaste, Ursula Meier, fait preuve d’un prodigieux sens du cadrage.

Home fait partie de ces films, de plus en plus rares dans le cinéma français, qui réjouissent dès la première séquence. Or, si le spectacle est réjouissant, c’est que le scénario d’Ursula Meier n’hésite pas à sortir des sentiers battus. Ici, on est loin du petit quotidien glauque franchouillard du citoyen moyen : les premières images nous montrent une maison au bord d’une quatre voies abandonnée, où une famille profite allègrement de cet avantage (partie de hockey, course de vélo, et barbecue…) D’emblée, on voudrait partager cette joie de vivre, même si elle induit un retrait total de la société. Cette famille vit le plus normalement du monde dans une situation décalée : Ursula Meier saisit l’intimité familiale par le détour d’un dispositif imaginaire. Toute cette première partie est une véritable leçon de mise en scène.

Mais voilà, un jour la route abandonnée ouvre ses portes et la comédie intimiste vire au drame familial. L’enjeu du film est alors de savoir comment réagiront les différents membres de la famille et s’ils quitteront ou non la maison envahie par les bruits et les gaz d’échappement des voitures. Dès ce moment, le film est pris à son propre piège : avant, on n’avait qu’une envie, rejoindre les personnages dans ce paradis loin des conventions ; à partir de l’ouverture de l’autoroute, on n’attend qu’une chose, quitter cette maison devenue invivable. À force d’avoir fait trop rêver sur une situation idéale, le spectateur est plutôt amené à rejeter en bloc tout changement. C’est peut-être là un défaut majeur du film, mais qui pose efficacement une question inhérente au film : comment retrouver un paradis perdu ? Évidemment – et malheureusement… – aucune réponse n’est trouvable. Les seules faiblesses imputables au film sont certainement dans le scénario : la fin tourne un peu court, l’isolement fou de la famille qui s’emmure dans sa maison est difficile à prendre au sérieux, les deux filles sont des personnages un peu trop flous et caricaturaux pour exister vraiment.

Le plus important, c’est que la réalisation est absolument remarquable. Ursula Meier a su s’adjoindre le talent d’Agnès Godard comme chef opérateur afin de faire de son film, une leçon de photographie, peut-être plus encore qu’une leçon de cinéma. Le film joue constamment avec les couleurs, et ce, avec une maîtrise époustouflante. La couleur devient ici un motif, une parole et peut même se transformer en gag (la couleur de la première voiture qui passe). Rarement, on avait vu une telle attention à la valorisation de l’univers chromatique d’un film. Rien que pour cela, on attend impatiemment les prochains films de la cinéaste pour voir comment s’exprimera sa maîtrise et son imagination picturales.


De plus, Home est très touchant parce que, la plupart du temps, il échappe au compromis. Aussi bien dans le domaine chromatique avec ses couleurs vives, que dans le jeu des acteurs rarement dans la retenue, et dans l’intrigue qui vire à la folie, l’imagination de la cinéaste s’exprime toujours sans détours, en poussant chaque idée à son proxysme. On a donc affaire à un film très personnel, dirigé d’une main de maître. Affaire à suivre.

Home, réalisé par Ursula Meier. 1H37
Avec Isabelle Huppert, Olivier Gourmet, Adélaïde Leroux.


L. Barché


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