[Arras Festival] Dans « Francofonia », le grand Sokourov fait trop d’histoire(s)

10 novembre 2015 Par
Geoffrey Nabavian
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Lors de notre visite à l’Arras Film Festival, on a pu voir en avant-première ce projet passionnant. Déception, au final : ce collage d’images commenté par la voix off d’Alexandre Sokourov manque de rigueur.

FRANCOFONIA_castCinéaste risque-tout, le russe Alexandre Sokourov s’est passionné pour la destinée de Jacques Jaujard, responsable du Musée du Louvre au moment de l’Occupation, et du comte Wolff-Metternich, à la tête de la « commission allemande pour la protection des œuvres d’art en France ». Mais bien loin d’être un film historique, le Francofonia qu’il nous livre est un objet expérimental. Un collage d’images d’archives et de séquences – non masterisées – tournées avec des acteurs, accompagné, en voix off, des pensées de notre réalisateur.

Sokourov entend réfléchir sur la notion de possession des œuvres d’art et de la culture. L’exemple du Louvre sous l’occupation demeure pertinent : il est dit, dans le film, que Wolff-Metternich fut relevé de ses fonctions en 1942, car les nazis lui reprochaient de « laisser trop d’œuvres en France ». L’état du célèbre musée pendant le conflit eût pu suffire. D’autant plus que le brillant cinéaste sait filmer tout en subtilité.

Las, il n’a pu s’empêcher de tout compliquer : à un rythme effréné, il saute du coq à l’âne, passant du Louvre en 1940 à son ami Dirk, marin, pris dans une tempête à bord d’un cargo transportant des pièces de musée. Puis à deux figures qui, selon lui, habitent les murs du Louvre : la République, et Napoléon Ier, joués respectivement par Johanna Korthals Altes et Vincent Nemeth. Puis aux oeuvres du musée elles-mêmes enfin. Mais ici, à la différence de L’Arche russe (2003), il fonce, lorsqu’il se penche sur ces pièces. Sans nous laisser le temps de les regarder – à l’exception des portraits, qu’il nous laisse apprécier au début. Et sans ouvrir de perspectives de façon simple et claire. Tout cela est même accompagné de distanciation, telle cette version distordue de la berceuse de Nathalie Boyer sur les poules qui pondent, qui s’invite sur certaines archives.

Comme s’il voulait à tout prix faire du cinéma ou de l’art contemporain, le réalisateur a oublié d’être simple, et de ne traiter que son propos. Au final, les mises en perspectives sont bien trop compliquées. Ce qui fait que les pensées, et le sujet – la francophonie – se perdent. Au final, on dira que les amateurs d’expérimentations peuvent tenter de plonger dans ce film. Mais aussi se tourner vers d’autres oeuvres de Sokourov, mieux dosées. Telles Le Soleil (2006), pièce maîtresse s’il en est, qui savait proposer un équilibre parfait entre critique de l’histoire et destinée humaine.

Le Festival International du Film d’Arras se prolonge jusqu’au dimanche 15 novembre.

*

Francofonia, un film d’Alexandre Sokourov. Film de montage d’archives et d’images retravaillées, avec la voix off d’Alexandre Sokourov. Et, pour les séquences jouées, avec Louis-Do de Lencquesaing (Jacques Jaujard), Benjamin Utzerath (le Comte Wolff-Metternich), Johanna Korthals Altes (La République), Vincent Nemeth (Napoléon Ier), Jean-Claude Caër… Allemagne/France/Pays-Bas, Durée : 1h28. Sortie le 11 novembre 2015.

Visuel : © Sophie Dulac Distribution


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