A l’Étrange Festival, on a vu « Officer Downe », sympathique délire signé par un membre de Slipknot

19 septembre 2016 Par Geoffrey Nabavian | 0 commentaires

Pour sa première réalisation, produite par Mark Neveldine (Hyper Tension), le percussionniste à tête de clown du groupe Slipknot nous a livré un polar fantastique délirant adapté d’un comic-book, qu’on a pu trouver plutôt inspiré, malgré ses défauts et ses emprunts à d’autres.

Note de la rédaction :

Officer DowneVoici l’histoire d’une ville gangrenée par le crime : Los Angeles. D’un super-flic chargé de tout nettoyer tout seul. Et d’une jeune recrue qui l’assiste. Sauf qu’ici, les grands patrons des affaires illégales portent des masques d’animaux, gorille, tigre, et vautour ; le super-policier est ressuscité par sa hiérarchie après chaque mission, grâce à des pouvoirs psychiques ; le jeune agent mène une équipe chargée de rester en retrait sans rien faire ; et ce tout jeune homme s’attache profondément, jusqu’à se poser des questions existentielles, à ce flic qui revient des morts, pas très aimable, maladivement obsédé par sa mission comme au temps de son vivant.

Bon. Officer Downe est un film référencé : certains ont pu juger que tous les éléments composant son délire provenaient de comic-books, ou de films, qui les avaient déjà exploités jusqu’à la moelle. Ne connaissant pas ces œuvres-là, on a trouvé que cette première réalisation de Shawn Crahan – elle-même tirée du comic-book de Joe Casey et Chris Burnham – tenait la route. On a aimé son personnage principal, inflexible et dur, mais pas pourvu d’une dimension unique. Et son interprète, Kim Coates. On a goûté les scènes avec le jeune flic (Sam Witwer), ses coups de mou dépressifs, ses interrogations face à Downe.

Certes, les scènes d’action, plutôt longues, ne sont pas filmées de façon fluide, enchaînant tout à toute vitesse de manière brouillonne. Elles n’atteignent pas à un vrai délire, car les coups portés ne durent qu’un centième de seconde à chaque fois. Et on aurait pu voir les trois grands bandits être plus exploités, d’autant que leurs voix – proches pour certaines du style Slipknot – marquent, et suffisent pour figurer des personnages. Mais tout de même : cet univers inspire, et balade. Deux dimensions se mêlent au sein du film, le délire et la dureté, d’une manière fort bien dosée. Ainsi, lorsque les trois méchants s’offrent les services de Grand Master Zen, un mercenaire charismatique, pour atteindre l’Officier Downe, on découvre cet ennemi, peint d’une façon très cartoon, mais en même temps menaçant.

Tout du long, on sent une humanité, et une incarnation, derrière ce monde pas très sérieux. Shawn Crahan sait prendre son temps, doser ses effets, transformer des scènes de dialogue anodines en passages rigolos, et montrer qu’il a envie de cinéma. Mais d’un cinéma qui n’oublie pas d’être pensé, et humain. Et pas univoque, aussi : l’esprit de cette histoire n’est pas si innocent, quand on considère que ce méga-policier, sanguinaire en fin de compte, est ranimé à chaque fois en puisant dans les forces vitales de personnes dotées de pouvoirs de télékinésie, séquestrées…

Officer Downe était présenté dans la section « Nouveaux talents » de l’Étrange Festival 2016. Au terme de la manifestation, des prix ont été remis dans la section Compétition. Le Grand Prix Nouveau Genre, décerné en partenariat avec Canal+ Cinéma, est allé, pour la toute première fois, à deux films ex aequo : Jeeg Robot et Headshot. Ces deux œuvres seront achetées par Canal+ Cinéma pour une future diffusion. Le public, appelé à voter, a remis son Prix, lui, à Poésie sans fin – nous avions vu le film à Cannes, notre critique est à lire ici – qui bénéficiera donc d’une campagne publicitaire sur Ciné+. Côté courts-métrages, le Grand Prix Canal+ , en partenariat avec les Programmes Courts et Créations de Canal+, est allé à Klemet le Prix du Public à Strangers in the night. On a beaucoup goûté, cette année, les sections parallèles, dans lesquelles on a pu découvrir le beau Dark Circus – critique à lire ici – et la pépite Where horses go to diedont la critique repose ici. On remercie l’Étrange Festival d’être ce qu’il est : il permet de splendides découvertes, tranchées, ouvertes et humaines. On lui dit à l’année prochaine !

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Visuel : © Neveldine


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