[Critique] « Gaz de France » de Benoît Forgeard : un film politique expérimental vivifiant

9 janvier 2016 Par Olivia Leboyer | 0 commentaires

Ayant loupé Gaz de France lors de sa présentation cannoise à l’ACID, nous nous sommes heureusement rattrapés en ce début d’année : cette toute dernière projection accompagnait la sortie de l’excellente BO du film, composée par Bertrand Burgalat. Étrangeté, flottements, absurdité du microcosme politique, Benoît Forgeard (auteur de court-métrages étonnants) livre une réflexion intéressante et qui, surtout, évite l’esprit de sérieux. A découvrir en salles dès ce mercredi 13 janvier.

Note de la rédaction :

Gaz de France

En France, le film politique commence à trouver ses marques depuis le stupéfiant L’Exercice de l’Etat de Pierre Schoeller. Pour le spectateur, une impression de familiarité s’installe peu à peu (Bernard Lecoq incarnant Jacques Chirac par deux fois, et ici Olivier Rabourdin, qui joue le conseiller spécial du Président et que l’on avait repéré en ministre dans la série Les Hommes de l’ombre). Précisément, c’est ce confort que Bernoît Forgeard entend bousculer.

On retrouve bien les codes de la satire politique : peinture de l’absurdité ambiante, Président soumis au règne de l’image, entouré d’un cénacle de conseillers-publicistes en panne d’idées neuves, politique de l’immédiateté, goût du scandale, etc. Mais en confiant à Philippe Katherine le rôle d’un Président-chanteur-oiseau, élu grâce à un tube improbable sur le PIB, Benoît Forgeard introduit une poésie étrange. Dans les sous-sols de l’Elysée, les animaux empaillés et les vieux dossiers sont remisés, atmosphère inquiétante, légèrement bleuâtre, tandis que, dehors, l’opinion gronde (ou plutôt cui-cuite). Entre les propositions aberrantes pour sauver la cote du Président, les vraies-fausses bonnes idées pour le torpiller et les manœuvres en tout genre, le petit comité spécial de conseillers s’agite en roue libre : quelques longueurs n’entament pas la dynamique d’ensemble de ce film percutant, astucieux et vivifiant.

Un peu snob, un peu arty, Gaz de France n’est pas prétentieux pour autant. Le film séduit par son désir de poser des questions essentielles sur le lieu vide du pouvoir et ses paradoxes et parvient, dans certaines scènes, à instaurer un malaise très intéressant.

Gaz de France, de Benoît Forgeard, France, 1h26, avec Philippe Katherine, Olivier Rabourdin, Alka Balbir, Philippe Laudenbach, Darius, Antoine Gouy, Jean-Luc Vincent, Elisabeth Mazev. Sortie le 13 janvier 2016.


Visuel : (c) DR


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