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Interview du réalisateur Jean-Yves Guilleux : Sortie d’un DVD sur le compositeur culte François de Roubaix

Interview du réalisateur Jean-Yves Guilleux : Sortie d’un DVD sur le compositeur culte François de Roubaix

08 octobre 2018 | PAR Gregory Marouze

Toute La Culture a rencontré le réalisateur Jean-Yves Guilleux à l’occasion de la sortie du DVD François de Roubaix Une plongée dans ses univers. Le DVD regroupe documentaires, images d’archives, courts-métrages, qui retracent le parcours et dessinent le portrait d’un compositeur culte de musiques pour le cinéma et la télévision (Le Samouraï, Le vieux fusil, Chapi Chapo, …). Jean-Yves Guilleux nous parle du grand François de Roubaix, au destin tragique, et qui a influencé plusieurs générations de musiciens.

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Qui était François de Roubaix ?

François de Roubaix est le compositeur culte du cinéma français des années 60-70, notamment connu pour Chapi Chapo, mais aussi parce qu’il a signé la musique de quelques grands films français Le Vieux Fusil, Les Aventuriers, Le Samouraï sans oublier La Scoumoune qui est certainement la pièce majeure de son œuvre.

Avec quels cinéastes a-t-il travaillé ?

Au départ François a travaillé avec son père Paul de Roubaix, producteur de documentaires et de nombreux courts métrages. C’est comme ça qu’il a rencontré Robert Enrico et que les films se sont ensuite enchaînés avec Giovanni, Melville, Korber, Duvivier, Mocky, Boisset… Il aimait travailler avec ses amis, c’était sa seconde famille.

Pourquoi lui avez-vous consacré un documentaire, François de Roubaix, l’Aventurier ?

C’est une longue histoire ! J’avais découvert le film La Scoumoune et son thème musical à l’aide d’une guimbarde m’avait totalement fasciné, j’avais donc acheté le 45 tour. Ensuite j’ai vu enfant, en 1976, la première Cérémonie des César où l’on remettait à son père le César du meilleur film. François de Roubaix était en effet décédé quelques semaines avant dans un accident de plongée qui était sa seconde passion. J’étais troublé et ému par cette disparition soudaine. Je m’étais alors dit qu’un jour je ferai un film sur cet homme… et puis le temps à passé, j’avais toujours l’idée en tête et lors d’une soirée hommage, j’ai pu rencontrer Patricia de Roubaix, sa fille, qui m’a donné carte blanche pour faire le film ! La SACEM et le CNC ont suivi grâce à un copain devenu producteur, Henri Magalon.

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Fut-il difficile de produire un documentaire sur ce compositeur ?

Oui et non au départ cela fut un vrai parcours du combattant. Nous avons essuyé refus sur refus de la part des diffuseurs qui prétextaient de ne pas connaître ce compositeur, et puis à force de persuasion nous y sommes arrivés.

Aujourd’hui, sort un DVD consacré à François de Roubaix, et dans lequel on retrouve votre documentaire. On trouve aussi dans le DVD des interviews d’artistes comme Calogero. Qu’est-ce qui fascine ces artistes chez François de Roubaix ?

Je crois que ce qui fascine la génération des compositeurs comme Calogero, Bertrand Burgalat, Fred Pallem ou Loik Dury, en dehors du talent de mélodiste, c’est qu’il avait avant tout la fraîcheur et n’avait pas peur de mélanger les genres, les styles, avec ce coté bricoleur et novateur identifiable tout de suite. De Roubaix est l’inventeur du Home Studio. Il était un multi instrumentiste, faisait des effets sonores, il s’enregistrait… c’était un génie musical ! Il a d’une certaine façon décomplexé les musiciens d’aujourd’hui. Comme me l’avait confié Loik Dury, François de Roubaix c’est un peu notre grand-père à tous.

On découvre également les courts-métrages de François de Roubaix. A votre avis, s’il n’était pas mort si jeune, serait-il passé à la mise en scène de longs-métrages ?

C’est possible ! C’est en tout cas ce que pense effectivement son ami Yves Boisset. N’oublions pas que le père de François était producteur, donc il baignait dans le cinéma depuis l’enfance et comme les portes ne se sont pas ouvertes pour lui il a « plongé » dans la musique. Il a quand même réalisé deux courts-métrages qui sont des petits bijoux de poésie. Il a d’ailleurs reçu le premier César du court-métrage pour Comment ça va je m’en fou en 1977.

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Il y a également un documentaire très étonnant, FrançoisDeRoubaix.Fan’s, réalisé par la fille de François de Roubaix, Patricia de Roubaix. La popularité de François de Roubaix ne s’est jamais démentie ?

François a effectivement et c’est assez rare une aura culte, c’est assez incroyable et pas uniquement en France. Le Japon adore De Roubaix. Quand j’ai fait le film, je n’ai pas rencontré une seule personne me disant du mal de cet homme. Il était la bonté et la grâce incarnées, c’était un personnage solaire. Il rayonnait tout simplement.

Musicalement, comment pensez-vous que de Roubaix aurait évolué ?

Il serait à la pointe de la technologie, il était tellement avant-gardiste, il adorait bidouiller l’électronique. Je pense qu’il aurait pu, après Le Vieux Fusil, travailler avec des gens comme Sautet, Tavernier. Son ami Pierre Richard aurait également adoré collaborer avec François. Je pense qu’il serait allé dans un cinéma peut être un peu moins commercial. On peut aussi imaginer qu’il serait allé voir à l’étranger ce qui s’y passe…

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Pour finir, qu’est-ce qui différencie François de Roubaix des autres compositeurs de musiques de films ?

Son indéniable talent de mélodiste, cela ne s’apprend pas, il avait cela en lui et puis il n’avait peur de rien, c’était un homme libre… Sa musique vous attrape et ne vous lâche plus, il vous envoûte, c’est fascinant. Une écriture musicale très personnelle. Un artisan génial.

Comme disait son ami José Giovanni : « De Roubaix était comme Lino Ventura. Avant même l’artiste il y avait d’abord un homme tout court. »

Interview Grégory Marouzé

Pour se procurer le DVD François de Roubaix Une plongée dans ses univers

Editions Pucci Records La Flibuste company

Visuels : Pucci Records La Flibuste company / Documentaire François de Roubaix, l’Aventurier de Jean-Yves Guilleux

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Gregory Marouze
Cinéphile acharné ouvert à tous les cinémas, genres, nationalités et époques. Journaliste et critique de cinéma (émission TV Ci Né Ma - L'Agence Ciné, Revus et Corrigés, Lille La Nuit.Com, ...), programmation et animation de ciné-clubs à Lille et Arras (Mes Films de Chevet, La Class' Ciné) avec l'association Plan Séquence, Animateur de débats et masterclass (Arras Film Festival, Poitiers Film Festival, divers cinémas), formateur. Membre du Syndicat Français de la Critique de Cinéma, juré du Prix du Premier Long-Métrage français et étranger des Prix de la Critique 2019, réalisateur du documentaire "Alain Corneau, du noir au bleu" (production Les Films du Cyclope, Studio Canal, Ciné +)

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