[Critique] du film « Otez-moi d’un doute » Vaudeville filial un peu convenu

11 septembre 2017 Par
Gilles Herail
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Otez-moi d’un doute a été vendu un peu rapidement par la presse comme le feel-good populaire de la rentrée. La comédie dramatique de Carine Tardieu ne manque pas d’atouts mais peine à s’extraire d’un discours et de recettes un peu convenues. Lire également notre critique (beaucoup plus enthousiaste!) publiée lors de la présentation du film à Cannes.

Extrait du synopsis officiel : Erwan, inébranlable démineur breton, perd soudain pied lorsqu’il apprend que son père n’est pas son père. Malgré toute la tendresse qu’il éprouve pour l’homme qui l’a élevé, Erwan enquête discrètement et retrouve son géniteur : Joseph, un vieil homme des plus attachants, pour qui il se prend d’affection. Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Erwan croise en chemin l’insaisissable Anna, qu’il entreprend de séduire. Mais un jour qu’il rend visite à Joseph, Erwan réalise qu’Anna n’est rien de moins que sa demi-sœur. Une bombe d’autant plus difficile à désamorcer que son père d’adoption soupçonne désormais Erwan de lui cacher quelque chose…

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La rentrée cinématographique est souvent l’occasion de vendre un feel-good français soutenu par la critique et censé relancer des mois estivaux souvent moribonds pour les productions hexagonales. Otez-moi d’un doute est le candidat 2017, affichant un casting populaire mais plutôt bien vu par la presse, et adoptant une tonalité entre comédie et drame à même de rassembler un large public. Le scénario reprend une histoire classique de vaudeville filial, s’appuyant sur des bouleversements familiaux qui se déclinent en cascade. Un père biologique qui réapparaît, une presque amante qui pourrait être la demi-sœur, un jeune père dont on a un peu honte, etc. La comédie s’appuie sur des recettes à l’ancienne et des quiproquos attendus. En s’abîmant parfois dans une vraie lourdeur, notamment à travers le second rôle gênant d’un simplet caricatural réduit par le scénario à un rôle de bouffon. La mise en scène est invisible, les choix musicaux pas très heureux et le discours sur la parentalité un poil old-school.

Ôtez-moi d’un doute dispose malgré tout de quelques atouts qui peuvent expliquer la bienveillance de la presse. Cécile de France fait le boulot, apportant toujours une vraie fraîcheur, entre élégance et trivialité, aux passages de comédie romantique. Plusieurs seconds rôles tirent leur épingle du jeu et trouvent un décalage bienvenu qui relance un peu la mécanique comique (Brigitte Rouan en détective privée, Sam Karmann en médecin). L’émotion pointe également le bout de son nez lors des séquences entre François Damiens et André Wilms. Une rencontre entre un quadra effacé, bouleversé par la découverte d’un « nouveau » père, et d’un petit vieux cultivé et malicieux, ancien militant qui a conservé la flamme malgré son affaiblissement physique. Un duo plein de complicité qui donne au films ses plus jolis instants. Ôtez-moi d’un doute reste un divertissement agréable mais n’est malheureusement pas à la hauteur de sa réputation. Préférez-lui Petit paysan ou Le prix à payer qui restent les deux meilleurs surprises françaises de ces dernières semaines.

 Gilles Hérail

Ôtez-moi d’un doute, une comédie dramatique française de Carine Tardieu avec François Damiens, Cécile de France et André Wilms, durée 1h40, sortie le 6 septembre 2017

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film