[Critique] du film « La nouvelle vie de Paul Sneijder » magnifique Thierry Lhermitte dans une fable endeuillée

11 juin 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

La nouvelle de vie Paul Sneijder (adapté d’un roman de Jean-Paul Duboisrappelle dans ses intentions le Démolition de Jean-Marc Vallée, avec une même envie de traiter autrement la question du deuil. Thomas Vincent signe une fable étrange, grise sans être plombante, qui sait prendre son temps pour contempler le passionnant visage de Thierry Lhermitte. La seconde partie cède un peu trop aux exigences du « film existentiel » à l’américaine mais la puissance du comédien principal nous maintient embarqué dans ce voyage d’une grande sensibilité. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Suite à un rarissime accident, Paul Sneijder ouvre les yeux sur la réalité de sa vie de « cadre supérieur » à Montréal : son travail ne l’intéresse plus, sa femme l’agace et le trompe, ses deux fils le méprisent…Comment continuer à vivre dans ces conditions ? En commençant par changer de métier : promeneur de chiens par exemple ! 

On peut parler de deuil sans désespérément chercher des flots de larmes et donner de grandes leçons sur l’acceptation de la mort et La nouvelle vie de Paul Sneijder en est un nouvel exemple, après Démolition de Jean-Marc Vallée. Thomas Vincent nous intrigue, dès la première séquence, qui voit le personnage principal récupérer les cendres de sa fille au funérarium. La scène est décalée, la tonalité hésitante entre drame et comédie, et Thierry Lhermitte crève immédiatement l’écran, le visage fatigué, la démarche boiteuse, les yeux dans le vague, donnant le sentiment d’essayer sans y parvenir de se raccrocher à une situation qu’il regarde en spectateur. Paul Sneijder a perdu sa fille dans un accident d’ascenseur auquel il a lui survécu. Une chance sur plusieurs milliards, sans responsable ni coupable, qu’il doit dorénavant gérer comme il le peut. Il aimerait peut-être pleurer mais reste mutique, résilient, hébété, tentant comme il le peut de répondre aux attentes et aux sollicitations de ses proches, qui veulent tous son bien.

Cet état entre-deux, accompagné d’une gêne physique qui l’oblige à marcher avec une canne, l’enferme dans une forme de routine ralentie, empreinte d’une tristesse plus latente qu’explosive et asaillie par des peurs paniques claustrophobes incontrôlables.  La nouvelle de vie Paul Sneijder n’est pas la comédie enneigée vendue par ses affiches et sa bande-annonce et a comme première ambition de parler d’un état plutôt que d’un parcours, travaillant son instabilité, son étrangeté, cachée derrière la douceur résignée du personnage. Les dialogues sont lettrés, aiment les mots, et les conversations avec l’avocat de la compagnie mise en cause dans l’accident forment de magnifiques interludes. Le scénario valorise également les obsessions, qu’elles soient scientifiques (la passion des nombres premiers du nouveau patron, l’intérêt du protagoniste sur la mécanique des ascenseurs) ou animalière (l’univers des promeneurs de chien et des concours canins).

Le scénario évite de psychologiser la gestion du deuil, suivant simplement une manière comme une autre de réagir et d’être transformé face à un traumatisme inacceptable. La deuxième partie du film perd malheureusement un peu ce fil, pour tirer le récit vers une histoire de renaissance. Où le protagoniste va s’émanciper de sa famille (Géraldine Pailhas, mal-à-l’aise dans un rôle caricatural), son travail, et les codes de la société dans laquelle il vit. Le message « politique » devient très signifiant, les mots, moins aériens, mais le regard de Thierry Lhermitte garde une profondeur toujours aussi émouvante. L’élégance dramatique du comédien permet au film de conserver sa singularité, de distiller une émotion complexe et de faire oublier un final moins original.

Gilles Hérail

La nouvelle vie de Paul Sneijder, une comédie dramatique franco-canadienne de Thomas Vincent, avec Thierry Lhermitte, durée 1h54, sortie le 08/06/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film

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