Disparition du grand cinéaste Michael Cimino

4 juillet 2016 Par Juliette Monnier | 0 commentaires

Le réalisateur américain Michael Cimino est mort samedi 2 juillet dans sa demeure de Los Angeles à l’âge de 77 ans. Confirmé sur Twitter par Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes puis par un ami et ancien avocat du cinéaste, Eric Weissmann, auprès du New York Times, la nouvelle a chamboulé les adeptes de son cinéma aussi adulé que critiqué. 

Réalisateur américain de deux des grands chefs d’œuvres de l’histoire du cinéma , Voyage au bout de l’enfer (1978) et La porte du paradis (1980) sur sept film réalisé, Michael Cimino reste un des réalisateurs qui aura marqué le cinéma de sa patte et de son audace. Michael Cimino est né à New York le 3 février 1939. Il entame sa carrière cinématographique en tant que scénariste, signant notamment les scripts de Silent Running et de Magnum Force (le second opus de la saga de l’Inspecteur Harry). Il passe à la réalisation en 1974 avec Le Canardeur, un road-movie où Clint Eastwood et Jeff Bridges sont en tête d’affiche. Mais il commence véritablement à se faire un nom quatre ans plus tard avec Voyage au bout de l’enfer, considéré comme le premier film traitant de la guerre du Vietnam .Une fresque somptueuse qui conduit des ouvriers d’origine ukrainienne depuis les hauts fourneaux de Pennsylvannie jusqu’à la guerre sanguinolente du Vietnam. Voyage au bout de l’enfer affirme les futurs motifs de Cimino: la brutalité  des ellipses, l’inconsolable chagrin des illusions perdues, l’attachement viscéral aux personnages ballottés dans la lessiveuse de l’Histoire… Le triomphe du film est total, ou presque: cinq Oscar, des critiques dythirambiques et un carton au box office. (TéléramaLe long-métrage a reçu cinq Oscar, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur. Au contraire La porte du paradis n’est à l’affiche qu’une semaine en 1980 preuve d’un film dérangeant qui ne plaît pas au public comme à la critique… Il y critique le mythe fondateur du melting pot, c’est un fiasco financier, qui coûta cher aux studios United Artists. Longtemps, Michael Cimino a exprimé son espoir que le film soit reconnu un jour comme un chef d’oeuvre. Ce qui arrivera en 2012, lorsqu’une version intégrale et remastérisée est dévoilée. Le directeur de la Mostra de Venise, Alberto Barber, qualifie même de « chef d’oeuvre absolu » cette évocation du combat sanglant de riches éleveurs du Wyoming contre des immigrés d’Europe centrale, avec l’accord tacite des autorités fédérales. (voir 20 Minutes)

Après cet échec commercial, Cimino doit attendre cinq ans pour revenir en 1985 avec L’année du dragon sur la mafia chinoise. Il signera dans la foulée Le Sicilien en 1987, sur le bandit Salvatore Giuliano, que ses détracteurs l’accusent de glorifier, Desperate Hours, remake de La maison des otages de William Wyler, en 1990, et The Sunchaser en 1996, road movie sur les Navajos dans les montagnes du Colorado. Ces dernières années, Michael Cimino n’apparaissait plus que dans le cadre d’hommages qui lui étaient consacrés. Comme pour d’inoubliables projections de La Porte du paradis enfin restauré, ou pour la sortie de son livre, Conversations en miroir, en 2005, manière de répondre crânement à une industrie qui ne l’a pas épargné. Nous retiendrons désormais de ce marginal ces œuvres inscrites dans la prospérité mais espérons que comme tout homme qui n’est plus, beaucoup lui trouverons un intérêt, il n’est jamais trop tard pour ce rendre à l’évidence ! Restons en sur ces paroles de Cimino  lors d’une interview en 2014 pour le magazine Sofilm: «Moi, on m’a collé toutes les étiquettes. J’ai été traité d’homophobe pour Le Canardeur, de fasciste pour Voyage au bout de l’enfer, de raciste pour L’année du Dragon, de marxiste pour La Porte du Paradis et de violent pour La Maison des otages…»

Visuel : ©DOMINIQUE JACOVIDES / BESTIMAGE


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