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Tourisme d’ auteur : Week-end au Pays basque, guidé par Roland Barthes

Tourisme d’ auteur : Week-end au Pays basque, guidé par Roland Barthes

12 septembre 2015 | PAR Sabina Rotbart

Les 26 et 27 septembre, deux jours de pur plaisir sont prévus à Bayonne, autour de l’auteur du Discours amoureux. Avec un colloque, du théâtre et en point d’orgue, une rencontre orchestrée par Francis Marmande et où jouera Michel Portal. Il faudra absolument en être. Et en profiter pour passer du temps au bord de l’Adour. Dans la « lumière lumineuse » du Sud.

Si vous voulez mettre vos pas dans ceux de Barthes, rejoignez Bayonne, ville d’odeurs. C’est une autre façon de visiter une ville que d’aller à la recherche de ses parfums, une démarche immédiatement sensuelle dont Barthes était familier. Quelles odeurs d’ailleurs? Celle des sandales de corde qu’ici on ne nomme pas espadrilles, celle, lourde et sensuelle de l’huile ramenée d’Espagne et celle du chocolat, la vraie spécialité d’ici.

Barthes appréciait tant le chocolat de chez Cazenave qu’il aimait le qualifier de meilleur chocolat du monde. Si le chocolat règne sur cette ville, c’est grâce aux juifs qui l’ont amené là après avoir été chassés d’Espagne par l’Inquisition. Un vrai bienfait. Ils préparaient à domicile pour leur clientèle enthousiaste la liqueur suave qui faisait alors fureur. Il y a des tas de bonnes raisons pour s’installer chez Cazenave. D’abord parce que c’est un pur moment d’excitation calme, parce que le chocolat chaud est sobrement sublime et pour l’ambiance heureusement datée. C’est le conservatoire charmant de la petite bourgeoisie provinciale dont Barthes appréciait non les valeurs mais le style de vie discret.

Après cette halte odorante, gagnez en voiture les abords de l’Adour. Passez par le pont Saint Esprit, vous ne rencontrerez personne ou presque sur la route défoncée, plus ou moins réservée actuellement d’ailleurs aux seuls riverains qui borde ce « petit fleuve ». Raison de plus pour s’y aventurer. En longeant la verdure mousseuse des berges, vous comprendrez ce que RB appelle être « saoulé de chlorophylle ». Et cette grande lumière du Sud-Ouest qu’il évoque dans un texte où elle devient presque palpable (paru dans Communications, n°26, accessible directement sur le site Persée). Cette lumière unique par la « qualité éminemment habitable qu’elle donne à la terre, car elle illumine chaque chose dans sa différence «, Barthes la rencontre en chemin chaque fois qu’il descend –comme disent les gens du Sud- de Paris à Urt. La lumière joue comme une étoile du berger qu’on verrait en plein jour, pour signaler l’approche du lieu de l’enfance.

Un artiste, Pascal Convert a installé au bord d’une route cette « lumière lumineuse », la traçant en lettres géantes de néon bleu, dans la twilight zone d’un faubourg ouvrier de Bordeaux. L’œuvre réinstalle ainsi l’esprit, le goût et la beauté dans un paysage strictement utilitaire, où se croisent l’avenue Lénine, la voie ferrée et les rails au chant glissando du tramway. Mais nous dérivons, revenons à notre Adour.

Enflée, la rivière s’étale, la nappe d’eau s’emmêle à la prairie. Plus de limites entre terre et étendue liquide. Le temps est un peu moite, avec ce vent du sud qui vient d’Espagne. Est-ce celui qui fait du brouillarta, cette soudaine tempête de sable, là-bas à Biarritz ou bien un sirocco qui remonte du désert, démon crachant l’automne sur toute cette région ? On ne le saura pas. Il faut passer un de ces ponts de fer construits par Eiffel et voilà Urt. La maison qu’Henriette, la mère de Barthes, achète en 1961 et où il viendra très souvent est au bout du village. Il tiendra à préserver ce séjour, on comprend vite pourquoi. « Le délice de ces matinées à U. : le soleil, la maison, les roses, le silence, la musique, le café, le travail, la quiétude insexuelle, la vacance des agressions ».

Barthes se disait simple résident à Urt, et basque il l’était plutôt à Paris, où il jouait parfois à porter le béret, ne collant jamais à une illusoire identité, cultivant plutôt le pas de côté, l’écart à soi-même et au texte. Mais lui, ce prince du royaume d’ atopie, goûtait le temps d’ici, les paysages et les saveurs. Pour le rejoindre en toute sensualité, un impératif, faire ensuite un tour à la Galupe, restaurant d’une aimable simplicité, tapi au bord de la rivière. Barthes y allait souvent à l’époque où, sans doute, Christian Parra, un des grands chefs de ce Sud-Ouest gourmand, officiait. Sûrement on appréciait ici l’interlocuteur amoureux du vin, de la bière bien fraiche et des piments. Parra est aujourd’hui disparu, mais il a conseillé, aidé, soutenu, l’éditeur devenu aubergiste qui cuisine là et sert aimablement avec sa femme des nourritures simples mais parfaites. Du jambon de truie moelleux, de l’alose pêchée par un voisin, du boudin avec sa vraie purée, ou des laitages bio. Une entrée en matière si suave risque de vous conduire ensuite à une autre retraite replète et extatique, l’abbaye de Belloc toute proche, où Barthes allait chercher du fromage, lui qui faisait les courses pour Henriette.

Barthes rejoignait parfois le littoral vers Tarnos ou Biarritz, pour les charmes toujours ambigus, mêlés d’ennui, de la plage. Biarritz, son premier poste, un an passé au lycée tout juste créé. Avant de tâter le sable doucement granuleux, on fera d’abord un détour mondain vers chez Miremont, un autre lieu de perfection désuète, avec ses plafonds de cuir repoussé et sa vue directe sur la mer. Très concentrées, des dames qui sortent d’un grand magasin que les habitants appellent encore « Biarritz bonheur », discutent noces et naissances. On pense à la grand-mère de Barthes que « le potin mondain brûlait comme une passion amoureuse «. Fond de conversations, goût poudré du gâteau russe. Biarritz a toujours été follement russe. Rendez-vous des russes blancs avant comme après la Révolution… Le soir, il est fortement conseillé de dîner chez Hernani, une cidrerie à grandes tablées, pour goûter la douceur démoniaque des piments à la morue. Se rappeler ainsi, dans une douce communion, le gout de Barthes pour les piments devrait nous fortifier, comme son goût à lui nous soutient encore!

Sabina Rotbart

Les adresses des plaisirs

° Où déjeuner : à Urt, bien sûr à la Galupe, au bord de l’’Adour. (Réservez, car c’est minuscule. www.lagalupe-urt.fr). Des assiettes à moins de 15 euros, avec de délicieuses petites nourritures, hommage à Parra tout juste disparu ou à 8 euros pour de la charcuterie sérieusement locale.

°Où diner : faire une dérive en vous laissant porter de bar en bar à Bayonne. Ou bien à Biarritz, rejoindre la cidrerie Hernani (www.cidrerie-hernani.com, réserver aussi). Plus cher mais délicieusement luxueux, l’auberge basque www.aubergebasque.com

°Où loger : dans la campagne, la ferme Ostalapia à Ahetze est à la fois une délicieuse chambre d’hôte avec les Pyrénées dans le lointain, mais aussi un restaurant de nourritures simples et roboratives (www.ostalapia.fr )

° Où sentir l’odeur du chocolat et des sandales de corde ? Pour le chocolat chaud, chez Cazenave à Bayonne bien sûr (www.chocolats-bayonne-cazenave.fr). Pour croquer chocolat et ganaches, aucun doute, rejoindre chez Henriet, le meilleur de Biarritz, avec des tablettes aux grains de café totalement irrésistibles (www.chocolaterie-henriet.com )

° Où retrouver l’odeur marine des sandales de corde ? Nous vous conseillons fortement de rejoindre un lieu improbable, au fond d’une zone artisanale perdue. Vous y trouverez un adorable patron (oui, oui cela existe, les choses ne sont pas si simples !) qui permet à des dames entre deux âges d’arrondir leurs fins de mois en cousant les espadrilles à domicile. www.donquichosse.com. Ce façonnier fabrique encore les sandales très graphiques que portait Picasso et il façonne aussi pour la haute couture italienne. Ou bien cherchez-les à Ascain chez Lartigue, (www.lartigue1910.com ), les coloris des tissus sont très réussis et Lartigue vient de créer une sorte de fouta basque très réussie, appelée baïna (bain).

° Où dénicher un vin digne de ce périple? Une dégustation s’impose, celle du seul vin élevé sous la mer, par 15 mètres de fond ; cela complexifie rapidement son nez et ses arômes d’être ainsi maintenu « sous pression ». Pour visiter, aller dans la poudrière, le chai est là, dans la baie de Saint jean de Luz à Socoa. A Egiategia, le vin est élevé par un jeune pionnier, Emmanuel Poirmeur. ( www.ciboure.fr)

Pour en savoir plus : tourisme64.com

Visuels : ©

 Côte :©Cdt 64

Portrait de Roland Barthes : ©CC

Espadrilles : ©Maman

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme. [email protected]

One thought on “Tourisme d’ auteur : Week-end au Pays basque, guidé par Roland Barthes”

Commentaire(s)

  • Pierre Vilar

    Bonsoir, auriez-vous la gentillesse de corriger une formule, s’agissant du programme des journées Barthes à Bayonne et à la Petite Escalère? Il ne s’agit pas d’un « concert orchestré par Francis Marmande et où jouera Michel Portal », mais d’un dialogue-improvisation entre les deux, où il y aura des instruments bien sûr, mais je ne voudrais pas décevoir les attentes, ni que les deux intervenants puissent se sentir en porte à faux devant leur auditoire…
    Je vous en remercie par avance
    Bien cordialement
    Pierre Vilar – coordinateur de ces journées RB.

    septembre 12, 2015 at 21 h 30 min

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