Théâtre

[Villeneuve en Scène] « L’Echange » par Jean-Christophe Blondel : inspirez fort

[Villeneuve en Scène] « L’Echange » par Jean-Christophe Blondel : inspirez fort

20 juillet 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Sur la Colline des Mourgues, à Villeneuve-lez-Avignon, on a la Chartreuse en vis-à-vis, un fort à notre droite, et du côté gauche, une ville qui s’éclairera bientôt. Les inspirations claudéliennes peuvent s’élancer vers le ciel. Ce soir, quatre interprètes nous offrent un spectacle de bonne tenue. Malgré quelques petits passages à vide, peut-être dus à ce cadre pas évident.

[rating=4]

L'Echange 2Ce soir, les quatre protagonistes de L’Echange jouent sur une « plage » que domine, au loin, un bâtiment religieux. A gauche, une ville, dont ils sont exclus. Ni la Terre, ni le Ciel : ils sont condamnés à un espace indéfini. Dans lequel s’invite, à droite, un fort, qui rappelle le château dont Marthe, la jeune héroïne, parle dans son texte. Celui où Louis Laine, son amant cheval fou et illettré, encore plus jeune, l’aima passionnément… Avant de l’enlever et de l’emmener vers les Etats-Unis, où un drame va se jouer… Vous l’aurez compris : le cadre de la Colline des Mourgues, à Villeneuve, inspire grandement.

Dans cet Echange monté par Jean-Christophe Blondel, Marthe et Louis Laine habitent une caravane. Un pneu suspendu fait office de balançoire. Et la nuit qui tombe progressivement, et les câbles tendus qu’elle révèle, d’effets spéciaux. Le plein air se prête au lyrique et à l’incantatoire. Dès lors, il ne manque plus que des interprètes aptes à déchaîner la langue. Ce soir, ils seront là. La plus expansive sera Valérie Blanchon, l’interprète de la très délurée Lechy, actrice qui séduira Louis. Elle rit et virevolte, criant son texte aux étoiles. Dans le rôle de Thomas Pollock Nageoire, son mari riche, qui convoite Marthe, Pierre-Alain Chapuis alterne cris du cœur et tristesse résignée. C’est à ce dernier endroit qu’il se révélera le plus touchant. De même, Yannik Landrein, qui incarne Louis, sera plus convaincant dans sa première partie, où il sait montrer un talent subtil pour jouer l’innocent emporté.

L'EchangeLorsque la nuit achève de tomber, on sent que l’énergie du quatuor s’est épuisée un peu. Les mêmes tons sont conservés, le texte bouge moins, se trouve moins habité. Est-ce la faute à la stridulation des grillons, très forte ? A un autre spectacle joué en contrebas, qui comporte des percussions ? Au bruit des motos ? Toujours est-il qu’on sent que les comédiens ont peut-être dû lutter, et sont fatigués. En fin de compte, c’est bien dans l’ombre et la simplicité que le spectacle se fait le plus percutant : lorsque Louis vient de tromper Marthe avec Lechy, Marthe (Pauline Huruguen), restée seule, et allongée, se relève et crie au ciel la lettre qu’elle « envoie » à ses parents, disant qu’elle se porte bien. A ce moment, les projecteurs ne l’éclairent pas. Il s’agit d’un passage de sincérité, sans effets. Le cadre, rigoureux, a-t-il trop sollicité la technique des interprètes ? Peut-être. Cependant, la prestation que ceux-ci livrent nous fait entendre Claudel et les tourments de ses âmes. Qui prendront peut-être des couleurs plus intenses encore à Paris, dans l’espace réduit du Théâtre de l’Opprimé.

Spectacle présenté dans le cadre du festival Villeneuve en Scène

Les dates de L’Echange après Villeneuve en Scène : 9 et 10 août à l’abbaye de Grestain (Eure) ; du 4 au 15 mars 2015 à Paris (Théâtre de l’Opprimé) ; le 10 mars à Eu (Théâtre des Charmes) ; le 17 mars à Gisors ; le 30 avril à Vire (Le Préau).

Retrouvez le dossier Festival d’Avignon 2014 de la rédaction

Visuels : © Tormod Lindgren

© Atsuhiko Watanabe

Infos pratiques

Festival Européen Jeunes Talents
Théâtre des Salinières
ortiz-aude

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