Théâtre

Une ronde de Schnitzler délicatement transposée à la Comédie Française

Une ronde de Schnitzler délicatement transposée à la Comédie Française

25 novembre 2016 | PAR Yaël Hirsch

La pièce mythique et sulfureuse du dramaturge viennois, La Ronde (1897) a été  créée à Berlin. C’est donc à Berlin mais dans les années 1960 que cette nouvelle production de la Comédie Française situe la chaîne implacable des duos d’amants…

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La Ronde, c’est la circulation mécanique du désir à travers toutes les couches de la société. Le soldat aussi bien que le comte ont des relations sexuelles avec la jeune et fraîche prostituée qui ouvre et ferme le bal. Entre-temps, tous se rencontrent deux à deux et en suivant toujours l’un des deux personnages dans ses prochains ébats,  comme un animal mène à l’autre comptine enfantine. Dans le texte, l’acte sexuel est figuré par l’ellipse de trois petits points. Ce qui est formulé, c’est la montée du désir, puis la gestion de l’après coït, où l’on parle en général d’amour, un peu penaud. Tout ça pour retrouver un des deux partenaires dans les bras d’un autre à la scène suivante,,,

A la fois très ancrée dans le social et très éthérée, la pièce est transposée par la mise en scène de Anne Kessler et la traduction ajoutante de Guy Zilberstein dans le Berlin de l’érection du mur. Avec un micro, personnage du plasticien (l’auteur peu connu des Chromosomes énigmatiques, Ludwig Höeshdorf ) commente les scènes de la ronde. Sur scène le mouvement se fait grâce à un plateau tournant  plutôt neutre (sauf une phrase de Guy Debord à sa base) aux murs duquel les personnages accrochent parfois temporairement un peu d’eux-mêmes. Un autre cercle fait écho au chœur de la scanographie : ils’agit joliment d’une porte battante d’hôtel mitteleuropéen en bois. La musique est très « piano bar »,  sensuelle et rétro. Si un écran relève parfois la simplicité du dispositif de projections plus symboliques ou d’extraits du discours de JFK « Ich bin d’un Berliner », on oublie quand même bien vite le décor pour se concentrer sur les personnages. Incarnant chacun magistralement des archétypes pourtant très  réduits, les comédiens du Français parviennent magistralement à nous enjoindre à nous identifier. Même si la couche critique et sociale inspirée par Fassbinder et la deuxième école de Francfort est toujours là, le miracle et la délicatesse de cette Ronde est que la théorie ne tue ni l’émotion, ni la catharsis. Une version fidèle et bien emmenée d’une œuvre magistrale.

La Ronde, d’Arthur Schnitzler, mise en scène Anne Kessler, traduction et adaptation de la pièce Guy Zilberstein, avec Sylvia Bergé : La Comédienne, Françoise Gillard : La Femme mariée, Laurent Stocker : Le Comte, Julie Sicard : La Grisette, Hervé Pierre : L’Auteur, Nâzim Boudjenah : Le Mari, Benjamin Lavernhe : Le Jeune Homme, Noam Morgensztern : Le Soldat, Anna Cervinka : La Jeune Fille au pair,Pauline Clément : La Prostituée. Durée : 2h20.

Photographies © Brigitte Enguérand

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “Une ronde de Schnitzler délicatement transposée à la Comédie Française”

Commentaire(s)

  • La mise en scène de Anne Kessler est très réussie, et on ne se lasse pas d’admirer le talent des acteurs de la Comédie Française. Toutes les émotions sont magistralement transmises.

    janvier 25, 2017 at 16 h 05 min

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