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Un singe en hiver Théâtre de Paris jusqu’au 21 juin.

Un singe en hiver Théâtre de Paris jusqu’au 21 juin.

11 mars 2014 | PAR Jean-Christophe Mary

Albert Quentin, ancien fusilier-marin en Chine tient, avec sa femme Suzanne, l’hôtel Stella dans le village de Tigreville, sur la côte normande, près de Deauville. Il a juré à sa femme de ne plus toucher à un verre d’alcool. C’était sans compter avec l’arrivée de Gabriel Fouquet, jeune publicitaire à la dérive que va resurgir la tentation.

Un singe en hiver045©Celine Nieszawer

Adapté du roman d’Antoine Blondin pour le cinéma en 1962, l’œuvre est aujourd’hui adaptée au Théâtre par Stephan Wojtowicz et mis en scène par Stéphane Hillel. Pour certains, la pièce résonnera comme un vibrant hymne à l’alcoolisme dans la lignée des auteurs tels Steinbeck, Faulkner, Hemingway et autres Bukowski. D’autres y verront l’histoire d’une amitié pudique entre un homme à l’automne de sa vie et un jeune perdu qu’il cherchera jusqu’au bout à protéger contre lui même. L’histoire nous plonge dans la France des années 1960, une époque où les bars et bistrots rythmaient la vie des villes et des campagnes. On apprécie ici les décors réalistes, l’ambiance de cette France d’autrefois avec ses zinc de comptoir, ses nappes vichy. Sans chercher à imiter Jean Gabin et Jean Paul Belmondo, Eddy Mitchell (Quentin) et Fred Testot (Fouquet) forment à priori un duo atypique sur le papier mais qui sur scène fonctionne à merveille. Ici le jeu des comédiens est humble, respectueux. Eddy Mitchell installe une rythmique lente dans les gestes, une certaine retenue dans les répliques, certains silences dans les enchainements. Fred Testot a le timbre juste, la gestuelle précise. Son numéro de toréador imaginaire pour exorciser son chagrin d’amour est très réussi. On savoure évidemment les dialogues de Michel Audiard : » Monsieur Esnault, si la connerie n’est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille! » ou ce Oui monsieur ! Les princes de la cuite les seigneurs ! Dis toi bien qu’ils vous laissent à vos putasseries, les seigneurs, ils sont à 100 000 verres de vous. Eux ils tutoient les anges ». Répliques grinçantes et jubilatoires, les deux compères partent « en patrouille » faire la tournée des bistrots et rien ne les arrête jusqu’au feu d’artifice final sur la plage. Une des scènes les plus drôles est celle où ils tournent en dérision Esnault, le patron d’un des bars concurrents de Tigreville. La distribution secondaire est une horloge de précision les comédiens Gérard Loussine (Landru), Stephan Wojtowicz (Esnault) et Evenyne Dandry (Suzanne) n’hésitant pas à jouer sobrement, en retenue, pour laisser les deux comédiens principaux s’exprimer à plein. Cette pièce n’est pas seulement l’apologie de l’ivresse due à l’alcool, c’est aussi un plaidoyer à l’ivresse de la vie, de la vieillesse, de la jeunesse. Courez-y.

Théâtre de Paris. 15 rue Blanche, 9eme. Tél : 01 42 80 01 81. Du mardi au samedi. A 20h30 (séance supplémentaire le samedi à 17h). De 24 à 72 €. Jusqu’au 21 juin.

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