Théâtre

Soulèvement(s) de Marcel Bozonnet et Judith Ertel : un texte sublime pour un spectacle décevant

Soulèvement(s) de Marcel Bozonnet et Judith Ertel : un texte sublime pour un spectacle décevant

17 octobre 2015 | PAR Kalindi Ramphul

C’est sur la scène de la maison des Métallos qu’évoluent, ce mois ci, trois éminents comédiens : Marcel Bozonnet, Richard Dubelski et Valérie Dréville, venus porter un texte parfaitement sublime. Soulèvement(s) parle de révoltes populaires, de révolutions, même. Pendant une heure trente, on a attendu un frisson qui ne nous aura, finalement, jamais parcouru l’échine. Un sujet passionnant pour un spectacle réellement décevant. 

Fruit des longues réflexions et du travail assidu de Marcel Bozonnet et Judith Ertel, Soulèvement(s), dont le titre a été préféré à « révolutions », part d’une idée superbe et à priori puissante : raconter l’histoire des soulèvements populaires, de la révolution française aux printemps arabes. Le spectacle s’ouvre alors sur le visage éclairé d’un Marcel Bozonnet, ancien directeur du conservatoire national d’art dramatique de Paris, qui semble réellement concerné par son texte. Il déclame, comme à son habitude, avec une justesse certaine et une humanité émouvante. Tout chez lui n’est qu’exactitude, précision et harmonie, de son geste sobre à sa diction claire. Marcel Bozzonnet est un monstre sacré du théâtre qui malheureusement s’est perdu dans une mise en scène laborieuse, desservant parfaitement le propos de l’oeuvre. Les neuf textes sont ceux de géants sublimes tels que Bossuet, Victor Hugo, Mirabeau, Aimé Césaire ou Robespierre. On s’attendait alors à ressentir le frisson, le grand, celui qui nous emporte et surtout nous insurge (ce qui aurait été évident vu le propos). Mais d’insurrection il n’y a définitivement pas eu, bien au contraire.

Si les décors sont d’une platitude déconcertante (Une structure en néon, un peu de sable, deux pelles et une pioche), la mise en scène bancale est la principale responsable de ce gâchis. Les comédiens arrivent sur scène en faisant des « percussions » sur des bidons en plastique et des tambours. Le rythme aurait alors pu donner une impulsion aux corps, mais ceux-là se meuvent davantage dans une quasi inertie, entrecoupée parfois de courses effrénées et d’errances faussement étudiées. Le collage kaléidoscope des textes est tout à fait obsolète et désolante d’ennui. Par ailleurs, le choix de déclamer certains pans entiers de textes en chorus relève d’une désuétude bien dommage.  Bref, la mise en scène, création collective de Valérie Dréville, Marcel Bozonnet et Richard Dubelski, manque cruellement de modernité. Ainsi, si le principe du collectif peut parfois mener à des propositions heureuses, force est de constater qu’il peut également desservir un propos et défaire de jolies intentions.

Les révoltes nous rappellent que le peuple existe, qu’il a une voix ! La révolution fait rêver à l’impossible possibilité du changement. Partager le feu qui brûlait dans les corps humiliés, on ne demandait que ça hier, on aurait voulu pouvoir hurler à l’injustice avec les esclaves, et se revêtir des ailes de l’indignation, face à l’horreur. Mais il n’en fût rien. Malheureusement, quand le spectacle se termine : point de soulèvement mais bien du soulagement.

Visuels : ©DR

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