
« Pulvérisés » au Off d’Avignon : la croix du corps mondialisé
C’est l’histoire de quatre travailleurs modernes, éparpillés aux quatre coins de la planète. Exténués, «Pulvérisés » par le rythme effréné et les contraintes. Le texte d’Alexandra Badea, mis en scène par Vincent Dussart sur la scène du théâtre Présence Pasteur (Avignon) du 6 au 29 juillet 2018, interpelle et suscite la réflexion. Passionnant.
« Ne vous asseyez pas sur les gradins » prévient l’ouvreuse. Car pour une fois, les spectateurs sont invités à s’installer directement sur la scène, autour de deux podiums qui se croisent. Deux minces bandes scéniques donc, sur lesquelles les quatre comédiens vont évoluer, vaciller, tomber, se frôler.
C’est tout le sel de cette mise en scène resserrée autour du corps. Elle révèle le sens profond du texte d’Alexandra Badea : l’entreprise broie les corps dans leur plus stricte intimité. Quel que soit le travail, quel que soit le salaire, qu’on travaille pour une usine à Shanghai, ou qu’on soit ingénieur à Bucarest.
L’excellent Patrice Gallet incarne un homme d’une quarantaine d’années, cadre dans une entreprise lyonnaise ; régulièrement éloigné de sa famille pour cause de voyages d’affaires, il s’entretient avec son fils par Skype tout en discutant avec une escort-girl sur l’écran d’à côté. Perturbé, énervé. Simona Maicanescu, merveilleuse comédienne d’une émotion parfaite, se glisse dans la peau d’une femme qui travaille sans cesse et se plie à toutes les exigences… Tout ça pour voir finalement son rival lui passer devant au moment crucial. Éperdus, pressés, infantilisés, les corps qui travaillent perdent tout naturel, et s’épuisent dans des vies absurdes.
Le jeu est juste ; la mise en scène parfaite, immersive. La lumière est crue. On sort de là bouleversés.
Pulvérisés, du 6 au 29 juillet 2018 à 16h40, relâche les lundis, au théâtre Présence Pasteur.
visuel : © Stéphane Szestak
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