Danse

Filipe Lourenço, Christian Ben Aïm et Herman Diephuis imposent leurs transes au Off d’Avignon, à la Belle Scène Saint Denis

Filipe Lourenço, Christian Ben Aïm et Herman Diephuis imposent leurs transes au Off d’Avignon, à la Belle Scène Saint Denis

17 juillet 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au Off d’Avignon, le second programme de la Belle Scène Saint Denis, qui est toujours la collaboration entre le Théâtre Gérard Philipe et le Théâtre Louis Aragon, fait le lien entre trois notions d’emprises.

Tout commence avec une percussion très particulière. Filipe Lourenço se tape le torse avec la paume de sa main. On a la sensation que son corps est un ferda, ce tambour plat algérien. Puis le son de son corps devient tempo enregistré et il peut entrer dans le rythme sans tomber dans le folklore. Lui qui dansait dans D’après une histoire vraie de Christian Rizzo a gardé de lui les bras écarts et les jambes qui se croisent. Vient la transe, la vraie, tourbillonnante qui montre une nuque au relâchement total, aussi rapide qu’une toupie. Il utilise la vibration comme outil chorégraphique de façon très intéressante. Ce que nous avons vu est un extrait de sa dernière pièce Pulse(s). A l’opposé, en miroir plutôt; la pièce Tremor and More d’Herman Diephuis créée en mai 2017 aux Rencontes chorégraphiques est désormais très aboutie. Avec comme seul accessoire une table, Jorge Ferreira, jeune danseur brésilien de 23 ans, étale la rage de danser. Elle part des doigts de la main pour s’emparer du corps, tout entier dans un tremblement incessant qui laisse penser à une possession. Cette transe installe un principe de répétition sur les paroles de Nutbush City Limits chantées par la rageuse Tina Turner. Pour sortir de cette possession, le danseur devra trouver la cage pour le retenir, n’ayant lui, aucune volonté. Au cœur, entre les deux garçons totalement dépossédés d’eux mêmes, Anne-Flore de Rochambeau sait ce qu’elle veut.  Instantanés  est un projet des frères Ben Aïm. Là aussi, il y a de la transe et de la possession, mais elle diffère des deux autres car la danseuse prend le pouvoir. Elle choisit sa danse très intime qui questionne sa relation à ses longs cheveux frisés et à son long corps qui, semble-t-elle raconter par ses gestes, ses grimaces, et ses crispations, n’a pas toujours été un allié. L’idée d’Instantanés est de dresser des portraits intimes de danseuses, sur-mesure. L’idée n’est pas neuve, Jérôme Bel la pratique depuis plus de vingt ans, Mickaël Phelippeau depuis quelques années de moins, mais elle est ici très bien amenée. De la danse, rien que de la danse, libre, parfois facile car très relâchée. À la fin, on a la sensation de connaitre la fille. Fou non ?

Un beau programme très cohérent donc, à voir jusqu’au 20 à la Parenthèse à 10h. Durée 1h30.

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Visuel : ©ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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