Danse

Herman Diephuis et Vera Mantero, deux versions de l’incantation aux RCI

Herman Diephuis et Vera Mantero, deux versions de l’incantation aux RCI

17 mai 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Tina Turner et les Serrenhos, réunis lors d’une même soirée. C’est possible et c’est un miracle réalisé par Les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis, qui se tiennent jusqu’au 17 juin.

[rating=4]

Tout commence avec Tremor and more d’Herman Diephuis. Ce travail encore fragile nous met face à une transe, celle qui vous fait vous lever. Et justement le chorégraphe de Bang ! a le sens du rythme. Il questionne ce moment là : celui où vous avez envie de quitter votre chaise, où vos orteils gigotent malgré vous mais que danser est encore impossible. Avec comme seul accessoire une table, Jorge Ferreira, jeune danseur brésilien de 22 ans, étale la rage de danser. Elle part des mains pour s’emparer du corps, tout entier dans un tremblement incessant qui laisse penser à une possession. Cette transe installe un principe de répétition sur les paroles de Nutbush City Limits chantées par la rageuse Tina Turner. On regrette un passage à vide, debout où la puissance du début n’est plus. Mais la fin de la performance mettra tout le monde d’accord. Herman Diephuis nous fait rire aussi en nous montrant ce personnage dépossédé de lui.

Tout se poursuit ensuite avec Les Serrenhos du Caldeirao, exercices en anthropologie fictionnelle , une belle arnaque dont on ne vous dévoilera pas le ressort. Vera Mantero joue les ethnologues en nous offrant une conférence tout ce qu’il y a de plus classique  : écrans vidéos montrant des archives des Serrenhos, ce peuple qui se raréfie dans l’Algarve au Portugal et elle au pupitre.

Faire de la conférence un art désormais entendu, Guy Cassiers le prouvera cet été à Avignon avec Le sec et l’humide. Ici, c’est un travail de commande qui a poussé la danseuse et chorégraphe qui ici ni ne danse ni ne chorégraphie, à parcourir ce territoire. Elle utilise les sources de Michel Giacomettti pour les croiser, et là ça devient assez foutraque pour être intéressant, avec John Cage ou Artaud. Est-ce que la parole est une danse ? On doute. Est-ce que le fait de manipuler des archives est gênant ? Evidemment. Mais, la performance fait son chemin, on l’écoute et on écoute ces chants oubliés qui pourtant appartenaient à des rites encore vifs  dans la deuxième partie du XXe siècle. Elle malaxe les éléments, les mélanges, joue la carte de l’installation en manipulant un tronc d’arbre posé là et cela commence à faire sens. Et il y aura une surprise, dont on ne vous ne dira donc rien et qui bouclera tout, nous faisant comprendre que l’on entend ce que l’on veut et que surtout, danser est un travail, autant que bêcher la terre est un travail. Tout est une question de chant.

Visuel : © Herman Diephuis – Tremor and more © Galeria Aê, photographes Ester Teixeira et Ananda Guimarães

Herman Diephuis : les 17 et 18 mai à 19H ( durée 30 minutes)

Vera Mantero : les 17 et 18 mai à 20H30 ( durée 1H15)

Au Centre National de la Danse, 1 rue Victor Hugo, Pantin, Métro Hoche

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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