Théâtre

Oh ! Les beaux jours de Samuel Beckett, au théâtre de l’Atelier

Oh ! Les beaux jours de Samuel Beckett, au théâtre de l’Atelier

28 mars 2013 | PAR La Rédaction

De quoi parle le théâtre de Beckett ? Du rien. Il nous dit qu’il n’y a rien à faire au monde. Et comment représenter ce vide sur scène lorsque l’on sait que la vocation première du théâtre est de montrer une action ? Marc Paquien met en scène, au théâtre de l’Atelier, le long monologue d’Oh les beaux jours de Beckett (1963), déclamé par Catherine Frot. Les  acteurs et le metteur en scène ont-ils  pu révéler un texte de l’absurde qui parle pour ne dire rien ?

Oh les beaux jours est une pièce de théâtre qui apparaît comme une séance de psychanalyse comique, où l’auteur nous explique à quel point la vie est vide, dénuée de sens malgré tous les efforts que l’on fait pour lui en conférer ; et il n’y a plus à l’homme que la parole – non pas même ce que l’on dit, qui est dérisoire, mais le simple fait de parler et d’être entendu – qui soit une voie de salut, une façon de vivre malgré tout. Sur scène, durant plus d’une heure, c’est la morne journée de Winnie, la cinquantaine, qui est montrée. Elle est engluée dans un monticule de sable jusqu’à la taille puis jusqu’au cou ; à portée de main, elle a une ombrelle et un sac d’où elle sort tous les petits outils dont on se sert pour se faire une vie minuscule : une brosse à dent, un rouge à lèvre, une boîte à musique, un flingue… Et elle parle à Willie, son mari qu’on ne voit pas, qui n’entend pas d’ailleurs ; elle parle de tout, de rien, parce que c’est la seule façon pour elle d’attendre la fin d’un jour, d’une vie, qui n’arrive pas. Il n’y pas une intrigue sur scène, ni même un mouvement  –  sauf à la fin où Willie surgit, hagard, sur le devant de la scène. Le texte, l’interprétation des acteurs et le décor parviennent-ils à maintenir l’intensité dramatique ?

Beckett offre une écriture qui se maintient à la lisière d’une gravité désespérée et d’une désinvolture qui, dans le fond, ne l’est pas moins. Mais le monologue, avec son précipité de cynisme et de drôlerie, parvient à rendre compte de ces existences tenues à bout de bras, où il s’agit de se concentrer sur les détails pour ne pas voir la tragédie du vide. Car tout y passe. L’amour ? C’est le pitoyable soliloque d’une femme qui ergote à côté de son mari, sans plus espérer de réponse. La religion ? Ce sont ces prières que l’on dit « au réveil et au sommeil » et qui n’ont pas d’échos. Le partage ? Il se réduit au récit que Winnie fait de ce moment où un homme s’est approché d’elle en disant à sa femme : « tu crois qu’elle est à poil ? ». Et lorsque la parole s’épuise elle-même, plus ne reste que ce ricanement partagé entre Willie et Winnie.

Catherine Frot réalise ici un tour de force, en interprétant une partition difficile qui navigue entre une noirceur et un je ne sais quoi de toujours plaisant. Cela dit, on peut regretter que l’actrice ne consente jamais vraiment, même au deuxième acte, au tragique de l’absurde. On aurait espéré, à partir d’un certain moment, que son interprétation s’épaississe, se fasse plus sombre et que nous, spectateurs, cessions de sourire, mais retenions  notre souffle devant la qualité d’un silence ou d’une parole chargée petit à petit d’une insupportable tension. Enfin, la mise en scène d’une pièce où parler c’est ne rien dire, est réduite à plus simple expression. Le décor est sans vie : dans le fond, c’est une mer morte, à marée basse que l’on voit à perte de vue ; sur le devant de la scène, le monticule dans lequel s’enfonce Winnie est minéral, comme une carapace dure qui finit par engloutir le personnage. Il n’est pas jusqu’aux lumières qui ne soient blêmes, plus chaudes au début et froides à la fin. Tout concourt à laisser à la parole de Catherine Frot une place cruciale. Force est de constater que l’actrice l’incarne avec virtuosité et ainsi la pièce demeure émouvante ; mais elle aurait sans doute gagné à assumer, avec plus de lyrisme, la vision noire et sans espoir sur laquelle son récit repose.

MQ

Visuel : (c) Pascal Victor

 

 

 

 

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La Rédaction

One thought on “Oh ! Les beaux jours de Samuel Beckett, au théâtre de l’Atelier”

Commentaire(s)

  • Frans Tassigny

    Avec votre accord ? J’ai relayé vos info sur : Oh! The heyday of Samuel Beckett / Catherine Boskowitz: « The idea was to dramatize the interview and not make a public psychoanalysis. » (fr-angl)
    Microsoft Word 6 pages

    Publié par Frans Tassigny

    Created by Catherine Boskowitz the centenary of Jean Genet, The last interview offers a provocative dialogue between the dramatist and playwright Dieudonné Niangouna.
    In 1985, a few months before his death, Jean Genet gives his last interview to BBC journalist Nigel Williams. During the interview, apostrophe technicians, dodges questions and asked to turn Williams. In short, the author of Good transgressing the interview and had fun with cool insolence.
    &

    What is it about the theater of Beckett? Of nothing. He tells us that there is nothing to do in the world. And how to represent the empty stage when we know that the primary purpose of theater is to show action? Marc Paquien staged at the Theatre de l’Atelier, the long monologue Happy Days Beckett (1963), recited by Catherine Frot. The actors and the director could they be a text that speaks absurd to say nothing?

    http://fr.calameo.com/books/00134338895e10994d81d

    Cordial

    ft

    mars 29, 2013 at 4 h 07 min

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