Théâtre
“Nos vertiges intérieurs”: impressions de la poétesse Alejandra Pizarnik au Théâtre de l’Opprimé

“Nos vertiges intérieurs”: impressions de la poétesse Alejandra Pizarnik au Théâtre de l’Opprimé

03 avril 2019 | PAR Yaël Hirsch

La comédienne Ambre Kahn incarne la poétesse argentine dans une pièce qui mêle la vie d’Alexandra Pizarnik et l’autofiction de l’auteur, metteur en scène et acteur Jean-Philippe Albizzatti. Nos vertiges intérieurs suggère et campe univers entre rêve et cauchemar qui nous tient sur le fil.

Tout commence dans la pénombre. Robe blanche sculpturale et manteau rouge, Ambre Kahan incarne une Alejandra Pizarnik préraphaélite et commence par lentement mouiller ses longs cheveux noirs dans un baquet. En arrière fond et en projection, des vidéos de Gisèle Rapp-Meichlet alternent des belles images évocatrices qui font le lien entre ici et la, présent et passé avec les mots de la mythique poétesse argentine. Alejandra Pizarnik s’est suicidée à l’âge de 36 ans, non sans avoir laissé une partie de ses fantômes dans une dizaine de recueils dont Arbres de Diane (1962) ou L’enfer musical (1971). Très justement à vif Ambre Kahan campe avec élégance et parfois un brin de colère cette « Princesse sanglante » en nous livrant – bien choisis- des mots éclatants de la poétesse. À temps, soutenue par la vidéo elle entremêle son ombre à celles d’autres grandes artistes du 20e siècle comme Loie Fuller ou d’autres femmes fatales comme la Ophélie de Hamlet quand elle se glisse sous un tas de feuilles mortes. L’irruption de Jean-Philippe Albizzatti sur scène est une surprise et un rebond important. Placide il raconte l’histoire d’un amour impossible, du amour qui finit mal et qui fait échos aux mots drus de la poétesse argentine. Le double monologue devient dialogue dans notre tête et en sortant nous n’avons qu’une envie : ouvrir ou rouvrir un recueil de la poétesse pour y retrouver son intransigeante écriture du vécu.

Nos vertiges intérieurs de Jean-Philippe Albizzatti, avec Jean-Philippe Albizzatti, Ambre Kahan. Durée : 1:00.

Visuel : affiche du spectacle © Joran Tabaud

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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